Confinement et déconfinement au Portugal : "Un exemple à suivre pour toute l'Europe", selon un acteur touristique belgo-portugais

Le Portugal entame ce lundi la troisième phase d’un déconfinement progressif entamé à la mi-mars.

Au programme : réouverture des centres commerciaux, des cafés, des restaurants, des salles de spectacle, des lycées et des universités. Un retour à une vie presque "normale" qui permet d’envisager une reprise des activités touristiques pour cet été.

Mais pour y arriver, les Portugais ont dû consentir à d’importants sacrifices.

3 mois de confinement strict

Fin janvier, le Portugal enregistrait quotidiennement 16.000 contaminations et 300 décès liés à l’épidémie de Covid-19.

Une troisième vague particulièrement violente qui a forcé les autorités portugaises à choisir la méthode forte.

"De la fin janvier à la mi-mars, nous avons connu un confinement strict. Bien plus strict que ce qui a été imposé en Belgique, explique David Dos Santos Batista, un entrepreneur belgo-portugais qui gère un complexe hôtelier comprenant une cinquantaine de villas, à Lourinha, le long de la côte atlantique. Seuls les magasins jugés essentiels sont restés ouverts. Et encore, ils devaient fermer le samedi à 13h jusqu’au lundi matin. Le week-end il était interdit de passer de ville en ville ou de village en village. Même les balades sur la plage, qui sont une tradition au Portugal, étaient interdites !"

Pendant près de trois mois, les Portugais ont ainsi vécu reclus à domicile, renonçant même aux traditionnels repas dominicaux avec la famille élargie. Horeca, écoles, secteur culturel, tout a été mis à l‘arrêt. Les frontières ont également été fermées. Un coup dur pour David Dos Santos Batista, comme pour beaucoup d’autres personnes actives dans le secteur touristique. "Nous avons dû nous réinventer, parce que nous n’avons reçu aucune aide de l’Etat, poursuit David. Nous nous sommes donc lancés dans la production de masques en tissus certifiés que nous avons massivement vendus en Belgique, à des universités, à des banques et même à certaines zones de police. Cette activité nous a permis de survivre et surtout de ne pas devoir licencier notre personnel. On a même engagé des gens. Beaucoup de petits indépendants ont fait pareil. Les restaurants se sont transformés en "take-away", etc."

Consentement de la population

Ces sacrifices n’ont pas été consentis de gaieté de cœur par la population portugaise. Mais le pays n’a pas connu de vagues de protestation contre le confinement comme on en a vu en Belgique et dans d’autres pays européens. Les images de files d’ambulances à l’entrée des hôpitaux et des maisons de repos en plein cœur de l’hiver ont, semble-t-il, profondément marqué les esprits.

"Les gens ont adhéré aux mesures parce qu’ils ont eu peur pour leurs aînés, explique David. Ce qui contraste avec certains comportements qu’on a pu observer en Belgique. Déjà l’été dernier, on voyait nos clients belges se relâcher en arrivant ici. Et ils se faisaient régulièrement sermonner par les habitants du coin qui leur rappelaient de porter le masque et respecter les mesures de distanciation physique. Je pense que le respect des personnes âgées est plus important au Portugal. Et c’est un exemple à suivre, parce qu’aujourd’hui, on peut dire qu’on récolte tous les fruits de nos efforts."

Résultats probants

Après trois mois d’efforts intenses, le nombre de nouveaux cas détectés s’est stabilisé autour des 500 contagions quotidiennes au Portugal. Une évolution positive qui s’observe dans pratiquement toutes les communes du pays. A peine 11 d’entre elles (sur 300 au total) n’ont pas obtenu le droit d’alléger les mesures sanitaires dès ce lundi. "Le résultat de ces efforts, c’est qu’on va pouvoir accueillir nos clients cet été, se réjouit David. Les réservations arrivent les unes après les autres. On est déjà archi-complets pour juillet et août !"

Pour le secteur culturel, les perspectives sont aussi meilleures. Après plus de trois mois de fermeture des salles de spectacle, la lumière apparaît enfin au bout du tunnel. "Nos prochains spectacles sont déjà pleins, explique Antonio Pires, directeur du Théâtre do Bairro, à Lisbonne. On voit bien que la demande du public est forte. C’est une bouffée d’oxygène. Mais ça a été très compliqué parce que les artistes au Portugal ont très, très, très peu de protection sociale. Nous vivons dans un pays où les acteurs n’ont pas de statut. Beaucoup de gens n’avaient plus rien à manger, littéralement."

Pour le secteur Horeca, les témoins passent également au vert dès ce lundi. Une bonne nouvelle pour les restaurateurs et autres patrons de café, même si la reprise risque d’être limitée dans un premier temps. "Durant le confinement, les gens ont pris de nouvelles habitudes, explique Manuel Joao, restaurateur à Lisbonne. Les clients vont sans doute mettre quelques jours à revenir chez nous. En principe, nous ne tournerons donc pas à plein régime car, pour l’instant, nous ne pouvons donc accueillir que quatre personnes par table."

Vaccination des enseignants

Les établissements scolaires du secondaire et du supérieur vont également pouvoir rouvrir leurs portes à partir de ce lundi. Un déconfinement rendu possible grâce à des campagnes de dépistage et de vaccination réalisées auprès personnel enseignant. Près de 170.000 enseignants et autres membres du personnel scolaire ont reçu leur première dose de vaccin anti-Covid ce week-end, alors que 2,5 millions de doses de vaccin ont déjà été administrées aux Portugais jusqu’ici.

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