Check Point: Juncker met en garde Macron sur les dépenses françaises, à raison?

Au soir de l'élection présidentielle en France, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker n'a pas tardé à féliciter Emmanuel Macron.

Mais, le lendemain matin, le même Jean-Claude Juncker ne tardait pas non plus à mettre en garde le nouveau chef de l'État français.

"Nous sommes confrontés avec la France à un problème particulier, les Français dépensent trop d'argent (…). Les Français consacrent entre 53 et 57% de leur Produit Intérieur Brut à leurs budgets publics. Compte tenu du niveau relativement élevé de la dette, cela ne peut pas fonctionner dans la durée", a déclaré le Luxembourgeois à la presse à Berlin.

Bravo. Bienvenue. Mais il va falloir faire un effort.

Le ton est donné.

Des dépenses au-delà de 50% du PIB dès 1991

Mais les chiffres mentionnés par le président de la Commission sont-ils exacts ?

Si l'on regarde aux dépenses publiques, un rapport daté de 2011 publié par la direction Budget du ministère français de l'Économie montre "qu'au milieu des années 80, la valeur des dépenses publiques atteint près de la moitié de la richesse nationale produite en un an. Elle dépasse désormais ce seuil depuis 1991". Autrement dit, depuis le début des années 90, les dépenses publiques ont toujours dépassé l'équivalent de 50% du PIB.

Et ces dix dernières années, les dépenses publiques françaises, exprimées en PIB, sont bel et bien restées dans la fourchette citée par Jean-Claude Juncker.

Alors qu'en 2008, les dépenses représentaient 52,7% du PIB français, dès 2009, elles atteignent 56% sans jamais plus redescendre sous ce seuil. Une pointe à 57,1% du PIB est même enregistrée en 2014.

On le voit sur le graphique ci-dessous, la fourchette évoquée par le président de la Commission européenne est donc exacte.

À titre de comparaison, notons que les dépenses publiques belges sont moins importantes, toujours en termes proportionnels vis-à-vis du PIB national : 53,3% en 2016, indiquait l'Institut des comptes nationaux (ICN) en avril dernier. Un chiffre en baisse depuis 2012 et 2013 où les dépenses totales représentaient 55,9% du PIB.

Dette et déficit dans le rouge

Mais si, pour la France, ces chiffres sont exacts, cela signifie-t-il pour autant que l'Hexagone "dépense trop" au vu de sa dette ? Au sens où l'entend Jean-Claude Juncker, il faut ici confronter les résultats français aux critères de convergence imposés par l'Union européenne à l'ensemble des États membres.

Un premier critère concerne le déficit : il ne peut excéder 3% du PIB national. Or, même s'il n'a fait que diminuer depuis 2009 et la crise financière, le déficit français était encore de 3,4% en 2016. La France dépense donc effectivement trop par rapport à ses recettes et ne respecte pas ce critère de convergence.

D'après les chiffres d'Eurostat, seul un autre État membre a fait pire en 2016 : l'Espagne (4,5%). Deux autres pays flirtent avec la limite : la Roumanie et le Royaume-Uni, tous deux à 3%. Quant à la Belgique, son déficit pointe à 2,6%.

Une seconde règle impose de ne pas dépasser une dette équivalente à 60% du PIB national. Et, là aussi, la France échoue avec une dette publique à 96%, soit en valeur absolue 2147,2 milliards d'euros. Un pourcentage qui ne fait qu'augmenter depuis 2007, année où la dette française représentait encore 64,3% du PIB.

Face à ce critère, les mauvais élèves sont cependant plus nombreux dans la classe européenne : pas moins de 16 États membres ne le respectent pas. La "palme" revient à la Grèce avec 179%, devant l'Italie (132,6%) et le Portugal (130,4%). La Belgique obtient le cinquième plus mauvais résultat à 105,9%.

Dette et déficit français sont donc dans le rouge. Et avec entre 53 et 57% de son PIB consacré à ses dépenses publiques, la France dépense dès lors effectivement "trop" au regard des normes européennes de gestion des finances publiques. L'analyse de Jean-Claude Juncker est donc, vis-à-vis de ces critères de convergence, exacte.

Dans le cadre de l'émission Europe Hebdo diffusée chaque dimanche à 23h25 sur La Trois, la RTBF vous propose une séquence de "fact checking" – autrement dit, de vérification par les faits – en partenariat avec les chaînes françaises LCP et Public Sénat, et avec le soutien du Parlement européen. Chaque semaine, une déclaration ou une idée reçue passera l'épreuve du "Check Point".

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