Brexit: quel avenir pour l'Irlande et l'Irlande du Nord ?

Ce lundi 28 août, les négociations sur le Brexit reprennent. Ce sera le troisième round de la première phase des négociations entre l'Europe et le Royaume-Uni. Trois points doivent être réglés dans cette première phase, avant d'entamer la deuxième phase.

  • le sort des expatriés;
  • la facture que devront payer les Britanniques;
  • le problème des deux Irlande, c'est-à-dire de la frontière entre Irlande et Irlande du Nord. Ce dernier point est une véritable épine dans le pied des négociateurs.

Le tourisme en danger ?

Le comté de Donegal en Irlande est un endroit préservé et sauvage. Les touristes qui viennent jusqu'ici ne recherchent pas les plages remplies de monde. Ils apprécient plutôt l'océan à perte de vue et la sérénité des paysages. Mais ici, les habitants et les établissements touristiques ont perdu beaucoup de leur tranquillité depuis le référendum sur le Brexit chez les voisins britanniques. Paul Diver, responsable de l'hôtel Sandhouse, en bord de mer à Rossnowlagh , s'interroge sur l'avenir de son établissement : "Nous sommes l'un des plus gros employeurs de la région. Il y a une centaine de personnes qui travaillent ici. Nous sommes très inquiets à cause du Brexit. Vingt-cinq pourcents de nos clients viennent du Royaume-Uni. Si c'est plus difficile pour eux de venir, s'il y a des contrôles à la frontière, ils ne viendront tout simplement pas. Ils iront en Écosse, au Pays de Galles, là où c'est plus facile d'aller."

Il n'y a pas que le tourisme irlandais qui pourrait être affecté par le Brexit. Depuis Rossnowlagh, la frontière est toute proche. Longue de 360 kilomètres, elle sépare l'Irlande et l'Irlande du Nord, province du Royaume-Uni. Le village de Belleek, comme tant d’autres, se situe sur cette frontière. Ici on passe des kilomètres aux miles, c'est la seule preuve matérielle de la frontière. Patsy McCauley nous l'explique en marchant sur le pont au dessus de la rivière :  "On passe la frontière juste ici. Le Royaume-Uni est dans notre dos. Mais on le le remarque pas."

Quelle frontière? Avec quelles conséquences?

Avec le Brexit, Patsy McCauley craint un retour d'une frontière physique avec des contrôles douaniers. Il est patron d'une société de pompes funèbres. Il doit passer la frontière tous les jours avec les corps de personnes décédées. "Dans le passé, quand il y avait encore une frontière, il fallait remplir beaucoup de documents pour les autorités des deux pays, c'était compliqué. Avec le Brexit, on risque à nouveau d'avoir les mêmes problèmes. Et nous ne voulons vraiment pas imposer cela aux gens avec qui nous travaillons, et qui souffrent déjà d'un deuil. Beaucoup de papiers à remplir dans ce cas c'est difficile." Plus généralement, plusieurs pans de l'économie pourrait être touchés par le Brexit. Les échanges entre Irlande et Irlande du Nord sont importants. Ainsi, 34% des exportations nord-irlandaises partent en direction de l'Irlande.

Les militants anti-Brexit manifestent régulièrement contre un retour des frontières. Il y a quelques temps à Flurrybridge, ils avaient mis sur pied une fausse douane à la frontière. La première ministre britannique Theresa May leur promet des contrôles modernes, d'un nouveau genre : pas de douane physique, plutôt un système de reconnaissance des véhicules électronique. Mais rien ne dit que sa proposition sera compatible avec les exigences européennes de sécurité des frontières.

Le spectre de la guerre civile

L'économie n'est pas la seule source d'inquiétudes en Irlande du Nord avec le Brexit. Il faut se rendre à Belfast pour le comprendre. La capitale de la province britannique est un port important. Mais elle a aussi été le théâtre d'une guerre civile pendant trente ans. Jim Gibson, chauffeur de taxi et guide touristique, nous emmène aux pieds du long mur qui sépare toujours les quartiers catholique et protestant. "Aujourd'hui encore les enfants ne vont pas à l'école ensemble, ils ne se voient jamais, et c'est le plus grand problème."

Protestants et catholiques se sont affrontés de 1968 à 1998. Le groupe U2 a composé un morceau sur un épisode sanglants de cette guerre, Bloody Sunday. Les accords de paix du Vendredi Saint ont mis fin au conflit. Mais à Belfast la paix reste fragile. De nombreuses associations s'investissent toujours dans le processus de pacification grâce aux fonds européens.

C'est le cas du "Shankill Women's Centre". Lesley-Anne Kinnon, la responsable du financement, nous montre une des nombreuses activités du centre : "Aujourd'hui nous avons des enfants des deux communautés, catholiques et protestants de Belfast." Autour d'une quinzaine d'enfants, une animatrice spécialement formée dans le cadre du processus de paix, présente deux marionnettes : "Tom est protestant, Jim est catholique. Ils se voient toutes les semaines. Ils sont de bons amis maintenant." L'Europe a déjà investi 1 milliard 300 000 euros dans le processus de paix. Mais avec le Brexit, tout est remis en question. "Cela aura un impact négatif majeur si nous perdons l'argent européen en Irlande du Nord à cause du Brexit. Ici encore récemment, il y a eu des tensions"

Mais ceux qui ont voté pour le Brexit comme Jim Gibson, ne croient pas au retour d'un conflit. Ils veulent avant tout sortir de l'Europe. "Beaucoup de personnes sont sans emploi ici. A cause des règles européennes, le gouvernement ne peut pas aider financièrement des entreprises. L'Europe dit que ce ne serait pas juste. Les gens en ont marre de cela".

Mais en Irlande du Nord, la majorité des habitants a voté pour rester dans l'Europe : à 56%. La population est donc divisée. Les autorités aussi. A un tel point que depuis les dernières élections il y a sept mois, les élus catholiques et protestants nord-irlandais, qui sont censés se partager le pouvoir, n'ont pas réussi à former un gouvernement. Leurs visions sur le Brexit sont bien trop éloignées.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK