Brexit, coronavirus, plan de relance… Tour d’horizon de l’année 2020 de l’Union européenne

Cette année 2020 aura été marquée par de nombreux défis que l’Union européenne a dû relever. En effet, entre le Brexit dont les négociations houleuses sont arrivées à leur terme, in extremis, la semaine dernière, aboutissant un accord, mais aussi la crise du coronavirus qu’il a fallu gérer et un accord de relance de 750 milliards d’euros, qui aura nécessité plusieurs jours d’intenses négociations entre les Etats membres, les dossiers ont été nombreux. Tour d’horizon de cette année 2020. Et demain ?

Marianne Dony est professeure de droit européen à l’Institut d’études européennes de l’ULB. Invitée sur Matin Première, elle revient sur les nombreux défis auxquels l’Union européenne a dû faire face en cette année, pour le moins, exceptionnelle.

Gérer une pandémie, sans (toutes) les compétences

Impossible de parler de l’année 2020 de l’Union européenne sans aborder la crise du coronavirus qui a frappé la planète et qui a débuté voilà déjà il y a un an dans la province du Hubei en Chine.

Quel rôle l’Union européenne a joué dans la gestion de cette crise ? Un rôle nuancé. Mais il faut replacer les choses dans leur contexte.

"Le problème de l’UE c’est que dans le domaine de la santé et des pandémies l’UE ne dispose pas de compétences complètes. Le traité parle bien des problématiques des pandémies internationales mais exclut toute harmonisation des législations européennes. Donc cela explique la manière dont l’UE a pu agir", explique Marianne Dony.

Malgré ses efforts, l’Union européenne n’avait pas les compétences pour imposer un ordre de marche aux Etats membres. Et, les débuts ont été pour le moins compliqués. "Les Etats membres ont agi en ordre dispersé", pointe la professeure de droit européen. "Il n’y a pas eu de coordination et l’Union européenne ne pouvait pas l’imposer".

Une solidarité tardive mais présente

Pire, l’Union européenne et les 27 Etats membres ont eu des difficultés à engager la solidarité européenne pour venir en aide à l’Italie, qui fut au début de la crise en Europe, l’épicentre des contaminations. A cet égard d’ailleurs, Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne avait présenté ses excuses à l’Italie pour ne pas lui être venu en aide assez tôt. "On peut distinguer deux périodes, précise Marianne Dony, avant et après le mois de mars. Et après le mois de mars, on voit une Commission européenne qui essaye de faire tout ce qui est dans son pouvoir pour faire avancer les choses".

En effet, "la solidarité a mis du temps à se mettre en œuvre. Mais aujourd’hui on peut constater que la solidarité a joué et que, par exemple pour les masques et les instruments de protection, dès le lendemain du discours d’Ursula von der Leyen présentant ses excuses à l’Italie, il y a eu des mécanismes, des achats groupés, des fonds importants mis à disposition".

Le fond de relance

Il aura fallu quatre jours d’intenses négociations pour pouvoir aboutir à un accord entre les 27 sur le dossier du plan de relance. Presque le plus long sommet de l’histoire de l’Union européenne. Mais un marathon diplomatique qui aura fini par aboutir à un plan de relance économique ambitieux mais également inédit dans sa forme. 750 milliards d’euros. Une réussite qu’il va désormais falloir mettre en œuvre pour gérer la crise économique liée au coronavirus.

"C’est fondamental pour gérer la crise du coronavirus, mais c’est aussi un saut qualitatif très important pour l’Union européenne car il s’agit du premier exemple d’emprunt en commun. Jusque-là, on connaissait les mécanismes où l’Union européenne empruntait et elle prêtait aux Etats membres, mais ici elle donne aux Etats. Ce sont des financements à fonds perdu", analyse Marianne Dony.

Un plan de relance inédit tant par son ampleur que par la qualité de ce dernier. Ce qui prouve pour la professeure de droit européen que "l’Union européenne a pris la mesure de la gravité de la situation. Elle a été déterminée à faire le maximum. L’UE a autorisé les Etats membres à aider les entreprises dans des mesures jamais vu auparavant en assouplissement des règles en matière d’aides d’Etat. Donc nous avons eu à la fois des aides d’Etats mais aussi une augmentation des aides européennes, c’est énorme."

Un trio de choc à la manœuvre ?

S’il faut des règles, des normes, il faut aussi de la volonté politique pour mettre en œuvre des politiques importantes. Pour Marianne Dony, l’Union européenne a bénéficié d’un trio de choc pour mettre en place les mesures de gestion de crise du coronavirus : Ursurla von der Leyen à la tête de l’Exécutif européen, Charles Michel président du Conseil européen et "la chancelière allemande, Angela Merkel, dont le pays exerçait la présidence tournante de l’Union européenne. Ce trio a permis de bien avancer". 

Brexit : un accord in extremis

L’autre grand dossier de l’Union européenne, en cette année 2020, ce fut le Brexit. Un dossier qui finalement occupe les arcanes européennes depuis quatre ans, depuis le référendum britannique appelant le pays à sortir de l’Union européenne. Si un accord de sortie avait été trouvé l’an passé, signant concrètement le divorce, encore fallait-il négocier le futur des relations commerciales entre l’UE et son futur ex Etat membre.

Il y a encore quelques semaines, Européens et britanniques repoussaient les deadlines, continuaient à négocier mais se montraient très pessimistes quant aux chances de succès. Et pourtant, ce mercredi à 9h30, l’accord sur le futur des relations commerciales sera enfin signé.

"Je pense que l’accord est assez équilibré", explique Marianne Dony. Et d’ajouter, "c’est un accord favorable pour les deux parties car sans accord cela aurait un cataclysme économique". Par ailleurs, "c’est un accord particulièrement ambitieux car il n’y aura pas de droits de douane, ce seront des taux 0 qui seront appliqués (avec un pays tiers, ndlr), et ça, c’est du jamais vu dans l’histoire de l’Union européenne", analyse la professeure de droit européen.

Mais qui est le perdant dans cet accord ? Et bien ce sont finalement "les citoyens", estime Marianne Dony. "Je pense que le Royaume-Uni a plus à perdre que l’Union européenne. Mais pour l’Union européenne, symboliquement, ce départ c’est un échec. L’UE ne se réjouit pas".

Et d’ajouter : "Mais pour les citoyens de part et d’autre c’est quand même une situation qui sera moins favorable que la situation actuelle. Tous ceux qui sont de part et d’autre voient leurs droits garantis même si ce sera avec des procédures compliquées. Mais par contre, à l’avenir, quelles seront les différences sur les citoyens européens ? Un étudiant ne pourra plus aller étudier de part et d autre, ce sera au compte-goutte et cela coûtera plus cher. Les échanges Erasmus, par exemple, certes l’accord prévoit que le Royaume-Uni puisse continuer à participer à certains programmes, mais Boris Johnson a déjà annoncé qu’ils allaient quitter Erasmus. Et pour les travailleurs, il n’y aura plus le droit d’aller travailler dans les mêmes conditions, il n’y aura plus de conditions préférentielles européennes".

Et en 2021 ?

En 2021, si "le vaccin offre une lueur d’espoir", le calendrier de l’UE sera également bien rempli. D’abord parce que beaucoup de retards ont été accumulé, explique Marianne Dony. En effet, les négociations qui ont traîné sur l’adoption du plan financier pluriannuel 2021-2027, en raison des vétos Hongrois et Polonais, ont provoqué un important retard. "A l’heure actuelle aucun texte n’a été rédigé, il va falloir prolonger les textes existants et mettre les bouchées doubles pour rédiger les nouveaux textes", explique Marianne Dony.

Et puis l’un des défis principaux sera de "mettre en œuvre le plan de relance".

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