Après le coup de force de Salvini, l'Italie plongée dans la crise

Élections à l’automne ou gouvernement transitoire de techniciens ? L’Italie est plongée dans l’incertitude depuis ce vendredi après l’éclatement de la coalition au pouvoir depuis quatorze mois, décidé au beau milieu de l’été par le ministre de l’Intérieur Matteo Salvini. Des élections sans doute, mais quand et avec quel gouvernement ? Un exécutif technique pour mener le pays au scrutin ? Ou avec le gouvernement actuel expédiant les affaires courantes dans l’attente du vote ?

Matteo Salvini l’a répété lors d’un bain de foule à Termoli (centre-est du pays) : sa seule priorité est un vote "le plus rapidement possible". Son parti a déjà déposé au Sénat une motion de défiance envers le chef du gouvernement Giuseppe Conte, pour accélérer la chute de l’exécutif.

C’est peu dire que l’ambiance est tendue au sein de cet exécutif, puisque ce dernier a immédiatement réagi, la mine sombre : "Il n’appartient pas au ministre de l’Intérieur de fixer le calendrier d’une crise politique où d’autres personnalités institutionnelles devront intervenir. Au contraire, c’est au ministre de l’Intérieur, en tant que sénateur et chef de la Ligue d’expliquer à la nation et de justifier aux électeurs qui avaient cru en la promesse de changement, les raisons pour lesquelles il a décidé d’interrompre brusquement et à l’avance l’action de ce gouvernement."

L’annonce du leader populiste a pris de court son désormais ex-allié Luigi Di Maio, chef de file du M5S, qui l’a accusé de vouloir capitaliser "sur des sondages favorables plutôt que de se soucier du pays". "Après avoir passé deux semaines en mer, il n’est venu ici à Rome que pour renverser le gouvernement. En accusant les parlementaires de ne pas travailler. Cela me semble surréaliste", a précisé, rieur, le jeune ministre du Développement économique et du travail.

"Ce qui s’est produit était prévisible, car c’est comme si un mari et sa femme vivaient sous le même toit mais séparés", a réagi auprès de l’AFP-TV Gaetano Falcone, un retraité romain. Selon les médias italiens, la Ligue voudrait que les législatives se déroulent dans la seconde moitié d’octobre. Les dimanches 13, 20 et 27 sont évoqués.

Quelle que soit la date, la Ligue se présentera en position de force. Elle a recueilli 34% des voix aux élections européennes de mai et les sondages la donnent à 36-38% des intentions de vote, ce qui devrait lui permettre de gouverner seule ou avec l’appui acquis d’avance du parti post-fasciste Fratelli d’Italia.

Mais la grande inconnue reste la position du chef de l’Etat, Sergio Mattarella, qui a seul le pouvoir de dissoudre le Parlement, après consultation des présidents des deux chambres et des dirigeants politiques, et de convoquer un scrutin.

Or M. Mattarella est notoirement opposé à des élections en septembre-octobre, période où le gouvernement doit préparer le budget 2020, en discuter avec la Commission européenne et le faire adopter au Parlement. Un gouvernement expédiant les affaires courantes n’aurait pas le poids nécessaire pour négocier, ce qui pénaliserait l’Italie sur les marchés, alors que les taux italiens ont déjà grimpé après les annonces de M. Salvini.

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