Tout comprendre sur l'élection d'Antonio Tajani, nouveau président du Parlement européen

C’est seulement la deuxième fois dans son histoire que le Parlement européen doit procéder à un quatrième tour pour élire son président. L’eurodéputé italien Antonio Tajani, un conservateur, a été élu ce mardi soir à Strasbourg président avec 351 voix contre 282 pour le socialiste Gianni Pittella, qui est également italien. Nous avons posé quelques questions à notre envoyé spécial à Strasbourg, Olivier Hanrion. 

Qui est Antonio Tajani?

Antonio Tajani, c’est l’un des proches de Silvio Berlusconi, il a été l’un des membres fondateurs de Forza Italia. Il a aussi été le porte-parole de l’ancien président du conseil, avant de devenir député européen, puis commissaire européen, d’abord en charge des transports, puis à l’industrie. D’ailleurs, plusieurs députés de la commission d’enquête du Parlement européen sur l’affaire des moteurs truqués de Volkswagen lui reprochent de ne pas avoir réagi avec suffisamment de rapidité lorsqu’il occupait ses fonctions. Malgré cela, c’est lui qui avait le plus de chances d’être élu président du Parlement européen. D’abord parce qu’il était le candidat des chrétiens démocrates, du PPE, le groupe le plus important au Parlement, un groupe qui revendiquait la présidence en vertu d’un accord passé il y a deux ans et demi avec les sociaux-démocrates qui prévoyait l’alternance au perchoir à mi-mandat.

Pourquoi faut-il changer de président tous les deux ans et demi, ce n’est que la moitié d’une législature?

C’est prévu dans le règlement intérieur du Parlement européen, dans l’article 19 pour être précis, qui dit que la durée du mandat du président, des vice-présidents et des questeurs est fixée à deux ans et demi, à mi-parcours de la durée de leur mandat de députés européens. Et ça a toujours été comme ça, depuis que le Parlement est élu au suffrage universel, c’est-à-dire depuis le 10 juin 1979. Alors généralement, c’est un social-démocrate qui succède à un chrétien démocrate, avec quelques exceptions, comme lorsque le libéral irlandais Pat Cox est devenu président de 2002 à 2004, ou lorsque Martin Schulz a fait deux mandats de suite au perchoir. Mais dans ce cas, il a dû être réélu au bout de deux ans et demi et son élection était le fruit d’une négociation politique. En fait, il faut y voir le signe que le Parlement européen est le parlement du compromis, on ne décide pas ici tout seul, le pouvoir est partagé. Alors c’est vrai pour les postes à responsabilité, comme ceux que je viens d’évoquer, qui sont repris dans le règlement intérieur. Mais c’est vrai aussi pour voter un texte, comme personne n’a la majorité absolue, il faut toujours construire un compromis pour faire passer ses idées.

Et que va faire Antonio Tajani, maintenant qu’il est devenu président du Parlement européen?

Il va porter les idées défendues par le Parlement européen, ça peut paraître une évidence, mais ce qu’il veut dire par là, c’est qu’il ne mettra pas sa fonction au service de ses idées. La ligne politique du Parlement européen ne sera pas décidée par lui, mais par les groupes politiques. Il ne sera pas le Premier ministre de l’Union européenne, tout ça, il l’a répété tout au long de la journée d’hier. Bref, il se veut le porte-voix de tous les députés du Parlement européen, tout le contraire de ce qu’a été Martin Schulz, son prédécesseur au perchoir ces cinq dernières années.

Justement, Martin Schulz, que va-t-il devenir?

Martin Schulz va retourner sur la scène politique allemande. Certains le voient déjà comme le futur ministre des Affaires étrangères d’Angela Merkel, en remplacement de Frank-Walter Steinmeier, qui, lui, va devenir président de la République fédérale. Et puis, il y aura des élections législatives en Allemagne à l’automne et Martin Schulz a déjà annoncé qu’il serait tête de liste SPD, les sociaux-démocrates, dans sa région de Rhénanie-du-Nord–Westphalie.

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