Antonio Guterres, secrétaire général de l'ONU en visite à Bruxelles : "Sans les émigrés, ma mère ne serait pas soignée"

C’est son premier déplacement à l’étranger depuis sa récente réélection pour un second mandat (2022 à 2026). Le secrétaire général de l’ONU António Guterres est en visite à Bruxelles, alors que se tient un sommet du Conseil européen ce 24 et 25 juin. António Guterres doit prononcer ce jeudi un discours au Parlement européen dans lequel il soulignera l’importance du partenariat entre l’Onu et l’Union européenne "pour relever les défis auxquels nous sommes collectivement confrontés".

Avant cela, Antonio Guterres a rencontré le Premier ministre Alexander De Croo, avec la ministre des Affaires étrangères Sophie Wilmès, la ministre de la Coopération au développement Meryame Kitir et la ministre du Climat, de l’Environnement et du Développement durable Zakia Khattabi. "Je tiens à souligner le fort engagement de la Belgique vis-à-vis des Nations-Unis et du multilatéralisme", a-t-il déclaré. "La Belgique a joué un rôle très important en tant que membre du Conseil de sécurité (La Belgique a siégé pendant deux ans comme membre non-permanent du Conseil de sécurité de l’ONU en 2019 et 2020, ndlr) Elle a toujours joué un rôle très important pour la prévention et le maintien de la paix, notamment dans le cadre africain. La Belgique est aussi un partenaire essentiel pour ce qui est de l’aide humanitaire et l’aide au développement, dans le monde".

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Antonio Guterres a rencontré le Premier ministre Alexander De Croo, avec la Vice-Première Ministre et Ministre des Affaires étrangères Sophie Wilmès, la Ministre de la Coopération au développement Meryame Kitir et la Ministre du Climat, de l’Environnement © Tous droits réservés

Alexander De Croo et António Guterres ont ensuite abordé le sujet du réchauffement climatique alors qu’a lieu à Glasgow, en novembre, la 26e Conférence sur les changements climatiques, organisée par les Nations Unies.

"Je tiens à souligner l’ambition du programme belge en matière de réduction des émissions de CO2", a ajouté António Guterres, "c’est une contribution très importante dans la lutte contre le réchauffement climatique". La Commission européenne a approuvé mercredi le plan de relance post-Covid de la Belgique. 5,9 milliards d’euros devraient aider à financer les investissements et les réformes nécessaires pour relancer l’économie du pays, dans le cadre d’une transition écologique. Ce plan doit encore être validé par le Conseil européen.

"Il faut doubler la production de vaccins"

António Guterres appelle cependant la Belgique à contribuer davantage à une distribution équitable des vaccins anti-Covid, alors que de fortes disparités existent dans le monde. "Il faut doubler la production de vaccins", a-t-il insisté, tout en rappelant que 11 milliards de sérums sont nécessaires pour obtenir l’immunité collective d’ici 2022. "Nous en sommes très loin. Il faut doubler la capacité de production des vaccins. J’insiste sur un plan global de vaccination. Il faut mettre ensemble tous ceux qui ont le pouvoir de changer les choses notamment en matière de propriété intellectuelle, aide technologique et appui à la production".

La Belgique s’est dernièrement engagée à faire don de quatre millions de doses à Covax d’ici la fin de l’année et a contribué à hauteur de quatre millions d’euros au mécanisme. "Il est important d’augmenter la capacité globale de production", a assuré le Premier ministre Alexander De Croo. "La Belgique, en tant que l’une des puissances vaccinales du monde, continuera à jouer un rôle important à cet égard".

Soutenir l’économie africaine

La pandémie a exacerbé les inégalités à travers le globe, a ajouté Antonio Guterres, en frappant plus durement les pays les plus vulnérables. L’Afrique, "un voisin proche de l’Europe", se trouve dans une situation difficile car le continent n’a jusqu’ici pas suffisamment été approvisionné en vaccins. Et ces inégalités risquent d’augmenter encore dans de nombreux pays africains faute de pouvoir rattraper leur retard économique né de la crise. "D’après les projections, la croissance en Afrique devrait s’établir à 3,4% contre 5,6% dans le monde", a pointé le chef de l’Onu, avant d’appeler à "augmenter la solidarité internationale, les liquidités disponibles et à alléger la dette" de ces pays.

L’Europe en fait-elle assez ?

Dans son discours au Parlement européen, António Guterres soulignera l’importance du partenariat entre l’Onu et l’Union européenne "pour relever les défis auxquels nous sommes collectivement confrontés". Covid, migration, pauvreté, climat… sont autant de crises auxquelles le monde doit faire face. L’Europe, en fait-elle assez ? "Il n’y aura pas de multilatéralisme efficace et inclusif, sans une coopération internationale accrue, sans une Union européenne forte et unie", a d’emblée répondu António Guterres.

"L’Europe a joué un rôle essentiel en matière climatique, parce que c’est le premier grand émetteur qui a adopté un programme de réduction des émissions de gaz à effet de serre, en vue d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Le rôle pionnier de l’Europe a été essentiel. On a vu ensuite la Corée, le Japon, le Canada, les Etats-Unis et même la Chine… prendre le pas". Pour atteindre la neutralité carbone, l’union européenne s’est fixé l’objectif de diminuer de 55% les émissions carbone d’ici 2030.

Le chemin de la solidarité ne sera jamais parcouru sans un leadership européen

"Concernant les vaccins, l’Europe a toujours maintenu ouvertes les portes à l’exportation", observe Antonion Guterres, "ce qui n’a pas été le cas partout. L’Europe a été le plus grand partenaire du Covax. Mais quand on a besoin de 11 milliards de vaccins, il faut faire plus. Et le chemin de la solidarité ne sera jamais parcouru sans un leadership européen". Alors que l’Union européenne est le plus grand producteur de vaccins au monde, à ce jour, elle a distribué 81 millions de doses de vaccin dans le cadre du programme Covax.

Enfin, la question de l’immigration. "Ma mère a 98 ans", explique Antonio Guterres. "Elle bénéficie d’un soutien médical 24 heures sur 24. Peu de Portugais assurent ce soutien. Sans les émigrés, ma mère ne serait pas soignée".

Pour réguler ses frontières, l’Union européenne a mis en place Frontex, notamment. "Il est essentiel de retirer des passeurs et des trafiquants la gestion des mouvements migratoires", estime Antonio Guterres.

De fait, selon l’Eurodéputée Saskia Bricmont, Frontex viole le droit international et le droit européen des migrants, notamment en travaillant avec les autorités libyennes, formées et financées par l’Union européenne pour rapatrier les bateaux. "Il faut savoir que la Lybie organise la détention de migrants, les torture et les met en esclavage", dénonce-t-elle.

Pour Antonio Guterres encore, la solution se trouve dans l’organisation des mouvements migratoires. "Cela exige une plateforme de coopération accrue entre pays d’origine, pays de transit et pays de destination. L’Union européenne a besoin de l’émigration".

Sujet JT du 24/06/2021

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