Allemagne : sept chaires universitaires dédiées à la pratique du vélo

L’Allemagne fait du vélo une spécialisation universitaire. Le ministre fédéral allemand en charge des transports, Andreas Scheuer, a décidé de financer, pour 8,3 millions d’euros, la création de 7 chaires universitaires en "études cyclistes". Avec elles, apparaîtront dans les universités des projets de recherche et des cycles entiers de formation ciblés à 100% sur la petite reine. Les cours ont commencé le mois dernier.

À la "Hochschule Technik und Wirtschaft" de Karlsruhe, c’est Angela Francke qui en est responsable. Désignée à la tête de cette nouvelle chaire, elle est détentrice d’un doctorat, experte en transports. Elle a lancé en mars les premiers cours de cette filière entièrement dédiée au vélo.

Un terrain d’étude ciblé mais vaste

Les "études cyclistes" désormais proposées dans ces sept universités allemandes ont pour fil rouge la pratique du vélo, mais en explorant des champs très divers.

"On donne des cours très variés", explique Angela Francke. "Il y a des cours sur les comportements en matière de mobilité. Des cours sur les problématiques liées à la sécurité routière. Sur la participation aux décisions concernant le transport, sur la psychologie des déplacements ou encore des séminaires d’analyse de données sur les transports".

Ici, souligne la Professeure, pas question d’opposer le vélo aux autres moyens de transport, mais de lui ménager une meilleure place. "J’espère que ça changera la perception de ce mode de transport. Qu’il ne soit plus vu comme l’option de mobilité quand on n’a pas de voiture à disposition, mais bien comme un mode de transport clef."

Plus d’éducation dans les options de mobilité active

"Il est bien sûr important d’avoir avoir une vision 'intégrée', qui englobe tous les moyens de transport, en interconnexion. Mais les dernières décennies ont été surtout centrées sur l’auto. Or maintenant, depuis quelques années, il est devenu évident qu’il faut plus d’informations, plus de recherches, plus d’éducation dans les options de mobilité 'active'. Et nous allons nous focaliser sur le vélo comme élément clef de cette évolution."

Plus de connaissances pour un virage réussi

Cette chaire universitaire de Karlsruhe, comme les six autres, a été créée sur impulsion et financement directs du gouvernement allemand. Il s’est inspiré de l’expérience d’un autre état européen, cycliste par excellence, les Pays-Bas.

En hissant le vélo au rang de savoir académique, le gouvernement d’Angela Merkel affiche des préoccupations "vertes" à point nommé, en pleine poussée des écologistes à moins de cinq mois des élections législatives.

Mais il s’offre aussi, ainsi qu’à l’ensemble des autorités publiques du pays, une base d’études solides sur lesquelles s’appuyer au moment de concevoir des aménagements publics ou des changements législatifs, des programmes éducatifs : les changements nécessaires à baisser les émissions carbone des transports, en phase avec les accords de Paris pour le climat et le Green Deal européen.

Ces chaires universitaires pourraient également renforcer une "voix" cycliste dans un pays où l’industrie automobile pèse très lourd. Observation qu’Angela Francke tient cependant à tempérer.

"L’industrie du vélo aussi est assez forte maintenant ! Avec tous les vélos électriques… Un vrai "boum" cycliste, renforcé avec la pandémie. Il faut attendre cinq mois la commande d’un nouveau vélo ! Donc il y a un fort potentiel économique, à la hausse, dans ce secteur !"

Entre deux cours en ligne, cette professeure se montre optimiste : l’Allemagne, assure-t-elle, peut devenir un pays cycliste autant que les Pays-Bas.

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