Agressions de Cologne: les faits et les rumeurs

"Pas de violence contre les femmes", proclame un panneau après les violences sexuelles commises en Allemagne.
"Pas de violence contre les femmes", proclame un panneau après les violences sexuelles commises en Allemagne. - © ROBERTO PFEIL - AFP

Depuis les agressions sexuelles commises le soir du réveillon de nouvel an à Cologne, plus rien n’est tout à fait pareil en Allemagne. Et le discours pro-réfugiés de la chancelière Angela Merkel passe de plus en plus mal. Mais que s’est-il réellement passé ce soir-là ? Comment faire le tri entre les faits et les rumeurs qu’alimentent les militants de l’extrême droite allemande sur les réseaux sociaux? Ce petit rappel devrait aider à y voir plus clair.

Les faits se sont déroulés sur la place joignant la cathédrale de Cologne et la gare. Un milliers de "fêtards" y étaient rassemblés. Certains d’entre eux allumaient des petites boîtes de feux d’artifice.

De nombreuses jeunes femmes qui traversaient cette place, certaines accompagnées de leurs petits amis, ont été agressées verbalement voir sexuellement par des groupes d’hommes présents sur la place. Dans certains cas il s’agissait "juste" d’insultes à caractère sexuel, dans d’autres cas d’attouchements plus ou moins appuyés, voire de viol.

Le modus Operandi

La méthode utilisée par les agresseurs était toujours la même. Un groupe d’hommes encerclait un couple ou un groupe de jeunes femmes. Ils les bousculaient et s’efforçaient de les isoler. Lorsqu’ils y parvenaient, le traitement infligé était toujours le même: attouchements sur les seins ou l’entre-jambe, parfois à l’intérieur du pantalon, tentatives de déchirer les sous-vêtements. Le tout combiné avec des vols de sacs à mains ou de portefeuilles.

516 plaintes dont la moitié pour agressions sexuelles

Certaines de ces agressions sont juridiquement considérées comme des viols. Rappelons qu’il n’est pas nécessaire qu’il y ait pénétration pour qu’une agression soit considérée comme un viol.

Au total, la police de Cologne a enregistré 516 plaintes dont la moitié pour agressions sexuelles. Les autres concernent principalement des coups, des vols et des insultes.

Qui étaient les agresseurs ?

C’est évidemment la question clef de cette affaire. Si ces faits ont majoritairement été causés par des réfugiés, cela fournira un argument massue à tous ceux qui, à la droite voire à l’extrême droite de l’échiquier politique allemand, considèrent que l’Allemagne accueille trop de réfugiés et que nombre d’entre eux représentent un danger.

Pour le moment, les chiffres publiés par les services de police allemands sont les suivants :

  • selon la police fédérale, 32 suspects ont été identifiés sur base des images de caméras de surveillances et de témoignage. 22 agresseurs supposés seraient des demandeurs d’asile. On y retrouverait 9 algériens, 8 marocains, 5 iraniens, 4 syriens, un irakien, un serbe, un " américain " (sic !) et 3 allemands.

  • selon la police locale de Cologne,19 suspects ont été identifiés. 4 d’entre eux sont placés en détention préventive. 14 d’entre eux seraient algériens ou marocains.

Ce qui frappe dans ces chiffres, au-delà de leur statut confirmé ou pas de réfugié, c’est le pays dont ils affirment être originaires. Lorsque l’on évoque, en Allemagne, le problème des réfugiés, la presse et les commentateurs politiques parlent évidement de Syriens voir d’Irakiens. Or à la vue de ces données, on constate qu’ils ont majoritairement issus d’Afrique du nord.

S’agit-il réellement de demandeurs d’asile ? L’Allemagne serait-elle l’objet d’un second phénomène migratoire venu cette fois du Maghreb ? S’agit-il de migrants économiques présents depuis plus longtemps en Allemagne ? La police allemande ne fait aucun commentaire à ce sujet.

Opération "viols" organisée

Les agressions étaient-elles planifiées et préméditées ?

Dans les jours qui ont suivi les agressions de Cologne, la police allemande a exposé qu’elle avait enregistré des plaintes du même type dans 12 villes allemandes. On en dénombre 50 à Hambourg et 40 à Dussledorf. Munich et Berlin auraient aussi été touchées.

Certains y voient la preuve d’une véritable opération "viols" organisée longtemps à l’avance. L’ombre de l’État islamique n’est pas loin…

Et ils avancent qu’un homme arrêté à Cologne avait sur lui une feuille de papier où figurait une sorte de mini-dictionnaires des meilleures insultes à adresser à une femme en allemand. Le tout allant de "je veux t’embrasser" à "je veux te b…" Le quotidien local "Kölner Stadt-Anzeiger" a publié ce document.

Le ministre fédéral de la justice Heiko Maas en a profité pour déclarer le week-end passé que les agressions de Cologne avaient été "planifiées sous une forme ou une autre". Il n’hésite pas à parler "d’une horde qui voulait violer la loi. Et que personne ne me fera croire que cela n'a pas été coordonné ou préparé."

Du côté de la police, on se montre beaucoup plus prudent. Selon l’AFP, Dieter Schürmann, responsable de la police de Cologne affirme qu’ "aucun élément de l’enquête ne permet d’affirmer que les agressions ont été organisées ou pilotées de l’extérieur".

La confirmation de l’hypothèse du complot, ou au contraire, son complet démenti aura un impact politique important en Allemagne. Pour la première fois depuis sa prise de pouvoir, Angela Merkel est en chute dans les sondages.

La manière dont elle gérera ce nouvel épisode de la crise des réfugiés, pourrait jouer un rôle important lors des prochains scrutins régionaux et nationaux.

 

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