Lobbies et Union européenne

Intérieur du Parlement européen à Bruxelles
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Les lobbies sont-ils les vrais détenteurs du pouvoir dans l'Union européenne. C'est une question légitime lorsque l'on voit leur nombre et l'argent qu'ils dépensent. Une partie de la réponse dans l'enquête menée par Philippe Antoine autour du siège des Institutions bruxelloises.

Le terme est un peu flou, et génère parfois un regard interrogatif. Mais qu’est-ce qu’un lobby, finalement ? Une première certitude, l’activité du lobby attire à Bruxelles un nombre impressionnant d'acteurs installés aux alentours des institutions européennes. Dans le registre récemment mis en place par l'Europe, il y a un peu plus de 5300 entités inscrites, autrement dit, en considérant quatre ou cinq personnes par entité, on est à peu près à 25 mille personnes !! Mais que font-ils, comment travaillent-ils, avec quelle transparence ?

Combien sont-ils?

Au parlement européen, on connaît avec précision le nombre de députés : 754. Mais dans les couloirs et les environs immédiats des institutions européennes, une autre activité attire beaucoup plus de monde : les lobbyistes, dont l’immense majorité travaille à courte distance – le plus souvent à pied – de ces endroits stratégiques que sont le Parlement et le siège de la Commission. Il suffit de se promener dans ce que l’on appelle le quartier européen pour s’en convaincre. Impossible de ne pas apercevoir ces nombreuses plaques identifiant ces innombrables sociétés et cabinets de consultance. Personne ne peut dire exactement combien ils sont. Seule certitude, ils sont très nombreux. Sans doute entre 25 et 30 mille !

Selon Martin Pigeon, chercheur pour le compte de l’ONG " CEO " (Corporate Europe Observatory), on a toutefois une idée de l’ordre de grandeur des intérêts représentés : environ 70% des lobbies présents dans la capitale belge défendent les intérêts privés, 20% les intérêts publics, et les 10% restants sont constitués par les associations et différents syndicats qui représentent la société civile.

Que font-ils?

Pour simplifier, le lobby consiste à exercer une influence sur une personne qui est dans une position de décision. Cela peut se faire par toute une série de moyens : les rencontres bien sûr, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur des bâtiments officiels, mais il y a aussi les courriers et les emails qui se comptent chaque jour par dizaines voire par centaines…

Les uns affirment ne rien faire d’autre que de transmettre de l’information, ce qui est finalement assez normal dans la mesure où les élus ne peuvent pas tout savoir sur tous les sujets dont ils ont à s’occuper, et ne sont pas d’accord avec le rôle d’influence qui leur est prêté, dans la mesure où l’influence équivaudrait plutôt à des manigances. " Si notre action est faite en toute transparence " affirme Stéphane Bourgeois, lobbyiste de l’Association européenne de l’énergie éolienne, " on peut dire que tout simplement, on ne fait que passer de l’info et c’est aux institutions à faire le tri entre ces infos ".

José Ramon Fernandez, lobbyiste pour sa part au Comité européen des entreprises vin, explique l’une des règles de base de son métier : " Ce qu’on ne peut absolument pas se permettre dans ce métier, ce sont les demi-vérités ou les mensonges. Il est terriblement important d’être considéré comme interlocuteur crédible ".

Transparence et efficacité

Mais qui dit crédibilité ne sous-entend pas nécessairement transparence. C’est l’un des grands reproches faits à ce métier. Et c’est bien pour cela que l’Europe a créé un registre de la transparence. Les lobbyistes qui veulent entrer au Parlement doivent en principe s’y inscrire. Mais tous ne le font pas, dont certains sont pourtant loin d’être de petits acteurs… Et d’autres fournissent des données pas vraiment exactes. Nombreux sont les cas de sociétés renseignant 2 personnes et un " budget annuel" de quelques milliers ou dizaines de milliers d’euros, alors qu’en réalité, les employés se comptent plutôt en dizaines, et le budget en centaines de milliers d’euros ! En outre, même lorsque les renseignements fournis sont exacts, cela ne permet pas pour autant de savoir avec précision quelles sommes ont été engagées pour défendre tel ou tel dossier. Car toutes les causes ne justifient évidemment pas les mêmes dépenses…

Il y aussi l’exemple d’un cabinet international de consultants spécialisés. 60 personnes enregistrées, et un portefeuille de clients tout aussi impressionnant que son éventail d’activités… dont l’une des spécialités est la création de sociétés qui ressemblent très fort à des ONG – plutôt censées défendre les intérêts de la société civile – alors que leur véritable objectif est de représenter les intérêts de l’industrie…

Quant à savoir si le lobby est efficace… Natacha Cingotti, de l’ONG Friends of the Earth, qui milite pour davantage de transparence au sein du collectif ALTER – EU n’en doute guère : " On s’est souvent aperçu que des amendements proposés par l’industrie étaient repris tels quels ".

Aucune décision européenne ne se prend donc sans l’influence des lobbies, surtout si cela implique des enjeux qui peuvent, parfois, être considérables.

Philippe Antoine, journaliste

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