Elections présidentielles: à qui profitent les crimes de Toulouse?

Comme Marine Le Pen, Nicolas Sarkozy pourrait bénéficier des événements de Toulouse.
Comme Marine Le Pen, Nicolas Sarkozy pourrait bénéficier des événements de Toulouse. - © AFP PHOTO / PASCAL PAVANI

Le tueur de Toulouse, Mohamed Merah, a été abattu ce jeudi par les hommes du RAID après un siège de plus de trente heures. Si l’enquête ne fait que débuter, le dossier devrait être au centre des débats dans les dernières semaines de la campagne présidentielle. Et pourrait avantager les candidats Nicolas Sarkozy (UMP) et Marine Le Pen (FN).

Les drames de Toulouse font la Une des médias français depuis plusieurs jours. Et devraient faire l’objet de nombreux développements et analyses dans les prochaines heures. À un mois du premier tour de l’élection présidentielle, cette tragédie et les terribles images qui l’ont accompagnée devraient sans aucun doute influencer le vote des citoyens de l’Hexagone.

"Il y a une règle commune à toutes les campagnes électorales en France : à chaque fois que les thèmes de l’insécurité et de l’immigration s’invitent dans les débats, cela profite à la droite. Tant à l’extrême-droite (le Front National) qu’aux autres formations de droite, comme l’UMP", avance André-Paul Frognier, professeur et chercheur au Centre de Sciences politiques et Politique Comparée (UCL). "Pour la gauche, c’est toujours plus compliqué. Et même si sur ces sujets, François Hollande a l’air moins frileux que d’autres candidats du PS, comme Lionel Jospin, il aura du mal à tirer profit de ces événements."

Marine Le Pen (FN) durcit le ton

Les bénéfices électoraux de ces événements tragiques devraient donc être répartis entre Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen. Dans quelles proportions ? "Difficile à dire", avoue le professeur. "Selon moi, le Front National pourrait en profiter davantage mais ce n’est qu’une hypothèse. La campagne est encore longue."

Dès ce mercredi matin, alors que les troupes d’élite encerclaient l’immeuble du principal suspect, Marine Le Pen, s’exprimant sur la chaîne i-Télé, durcissait le ton et réclamait "un référendum sur la question de la peine de mort et/ou de la perpétuité réelle". "Je crois que le risque fondamentaliste a été sous-estimé dans notre pays", a-t-elle indiqué dans des propos relayés par le quotidien Le Monde. "Des groupes politico-religieux se développent face à un certain laxisme. Il faut maintenant mener cette guerre contre des groupes politico-religieux fondamentalistes qui tuent nos enfants, qui tuent nos enfants chrétiens, nos jeunes hommes chrétiens, nos jeunes hommes musulmans et les enfants juifs."

Nicolas Sarkozy (UMP) peut piéger la gauche

Nicolas Sarkozy semble également avoir décidé de tenir désormais un discours plus virulent, plus radical. Ce jeudi, dans une allocution prononcée quelques heures à peine après la mort de Mohamed Merah, le candidat-président a annoncé vouloir "renforcer l’arsenal pénal" contre l’endoctrinement à des idéologies extrémistes, dont l’islamisme violent. Il a également annoncé l’entrée en vigueur de nouvelles mesures.

"Désormais, toute personne qui consultera des sites internet qui font l'apologie du terrorisme ou qui appellent à la haine et la violence sera punie pénalement", a notamment indiqué Nicolas Sarkozy. "Toute personne se rendant à l'étranger pour y suivre des travaux d'endoctrinement à des idéologies conduisant au terrorisme sera punie pénalement." Le candidat UMP a précisé avoir demandé aux autorités judiciaires de "mener une réflexion approfondie sur la propagation de ces idéologies dans le milieu carcéral. (…) Nous ne pouvons accepter que nos prisons deviennent des terreaux d’endoctrinement à des idéologies de haine et de terrorisme."

Même si la campagne présidentielle avait été suspendue quelques heures après les meurtres commis dans l’école juive lundi matin, le candidat Sarkozy semble ne jamais s’être arrêté. "Il a une occasion en or de tendre un piège à la gauche", réagit André-Paul Frognier (UCL). "Suite aux événements de ces derniers jours et au discours de ce mercredi midi, la gauche pourrait sans doute critiquer la mise en place d’une société policière, la tenue de discours plus radicaux … Et la réplique de l’UMP serait immédiate. Nicolas Sarkozy a une autoroute devant lui. On peut s’attendre à des discours plus durs dans les prochains jours. Tout l’appareil de l’UMP va sans doute se mettre en marche pour soutenir son candidat."

François Hollande (PS) ne peut nier ces événements

En face, François Hollande semble effectivement être pris au piège. Et il devra rapidement trouver une solution s’il veut sauver sa peau et préserver intactes ses chances de remporter le scrutin en mai prochain. Les dernières campagnes l’ont en effet prouvé : l’insécurité est un thème particulièrement dangereux pour le parti socialiste et les formations de gauche. François Hollande peut laisser échapper de nombreuses voix. Au point de perdre l’élection ? L’avenir nous le dira.

Comment le Parti Socialiste doit-il dès lors agir dans les prochains jours ? "Nier le sujet serait tout simplement dramatique", poursuit le professeur de sciences politiques. "Il ne peut pas éviter de parler d’une tuerie qui a ému et terrorisé la France. La solution, ce sera sans doute d’insister sur l’aspect social de la politique de sécurité. Il a été prouvé que l’insécurité affecte davantage les plus démunis. La gauche doit donc proposer des solutions sociales. Ce n’est que de cette manière qu’elle pourra renverser la vapeur."

Et les autres ?

Les autres candidats ont été plutôt discrets depuis le début des événements toulousains. Une intervention du candidat du Front de Gauche, Jean-Luc Mélenchon, a toutefois fait couler beaucoup d'encre outre-Quiévrain. Lundi soir, alors que certains médias évoquaient la piste d'anciens parachutistes néonazis, le bouillonnant candidat n'avait pas manqué d'attaquer l'extrême-droite. Le centriste François Bayrou a également été pris au piège. Aujourd'hui, le FN se venge et dénonce le "discours des salauds". Selon plusieurs analystes et observateurs français, cette erreur pourrait coûter particulièrement cher aux deux candidats.

Les meurtres de Toulouse et Montauban seront évidemment l’une des principales thématiques de la campagne. Mais, précise André-Paul Frognier, il suffirait d’un grand événement économique ou financier, d’une faillite importante, d’une débâcle pour que tout cela soit bousculé et que les cartes soient à nouveau redistribuées. "Contrairement aux campagnes belges, les élections françaises sont très sensibles aux événements précis."

PIAB

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