Zone euro: la crise s'étend, les Bourses encore dans le rouge

Zone euro: les bourses restent dans le rouge, la crise s'accélère
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Zone euro: les bourses restent dans le rouge, la crise s'accélère - © AFP

Les Bourses européennes ont clôturé en baisse, s'enfonçant dans le rouge ce lundi. Les marchés s'alarment d'un possible blocage des négociations sur la dette aux Etats-Unis, tandis que la crise en zone euro risque de s'aggraver et que les perspectives de croissance allemande sont revues nettement à la baisse. Des voix s'élèvent pour réclamer l'intervention de la BCE, on évoque même une "catastrophe" si celle-ci n'agit pas massivement.

La Bourse de Milan creusait ses pertes lundi à la mi-journée et lâchait plus de 3%, plombée comme les autres places européennes par les risques d'une aggravation de la crise en zone euro et les craintes d'un blocage des négociations sur la dette aux Etats-Unis.

A Paris, le CAC-40 cède ainsi 3,41% à la clôture. Les valeurs bancaires françaises figurent parmi les plus fort reculs au sein de l'indice Stoxx Europe 600, lui-même en repli. BNP Paribas et Société générale cèdent environ 5%. 

KBC et Dexia représentent le plus forts reculs parmi les valeurs bancaires belges alors que le Bel20 a fini pour la première fois en-dessous des 2000 points depuis juillet 2009.

A Francfort le Dax a chuté également: une clôture à -3,35% à 5606 points. Londres de son côté a, passé une journée dans le rouge, ouvrant en repli de 1,47% sur le coup de 14H00 GMT (15H00, heure belge) et terminant en baisse de 2,62%. 

A Madrid, où la droite a remporté une écrasante victoire aux élections législatives dimanche, la Bourse a plongé de 3,48% à la clôture.

La BCE sollicitée de toutes parts pour éviter la "catastrophe"

La pression monte pour que la Banque centrale européenne fasse davantage pour sauver la zone euro face à la crise de la dette, le ministre polonais des Finances ayant mis en garde lundi contre "un désastre" si elle ne s'y résout pas.

Le président de l'institution de Francfort, Mario Draghi, l'a encore répété vendredi: la crédibilité de la BCE, qui agit "en toute indépendance", repose sur une politique monétaire visant avant tout à maîtriser l'inflation.

Autrement dit, pas question dans l'immédiat de faire ce que beaucoup souhaiteraient: qu'elle joue le rôle de prêteur en dernier ressort en rachetant de manière illimitée des obligations d'Etats européens fragiles, afin de freiner la hausse des taux d'emprunt.

Cette position est soutenue par l'Allemagne, viscéralement attachée à l'indépendance de la banque centrale et qui craint que la création de monnaie induite par une telle intervention ne favorise l'inflation. "Aucune de ces pistes qui sont avancées dans le débat public ne sont un remède miracle contre la crise", a déclaré lundi le porte-parole de la chancelière Angela Merkel, Steffen Seibert.
Pour soutenir les Etats en difficulté, Mario Draghi a renvoyé au Fonds européen de stabilité financière (FESF), s'étonnant au passage qu'il ne soit toujours pas opérationnel sous sa forme renforcée avec une force de frappe portée à 1000 milliards d'euros.

Pressions diplomatiques pour infléchir la position allemande

Mais pour le ministre polonais des Finances, Jacek Rostowski, dont le pays préside l'Union européenne, il est déjà trop tard pour que le FESF soit utile.
"Les dangers de contamination sont aujourd'hui plus grands que jamais, et les sommes dont nous avons besoin pour les stopper ont grandi car nous n'avons pas agi assez rapidement", a-t-il dit dans une interview au journal allemand 
Frankfurter Allgemeine Zeitung.
 
"Dans l'ordre des horreurs, l'alternative est la suivante: soit une intervention massive de la BCE, soit la catastrophe", selon lui.
Il n'est pas le seul à le penser. La Banque centrale "doit tout faire pour la stabilité financière, mais elle ne doit pas l'annoncer à l'avance", estime un responsable européen sous le couvert de l'anonymat, tandis qu'un autre se dit persuadé qu'"il faut laisser la BCE jouer son rôle et qu'elle va le jouer".

La Commission, pour sa part, a rappelé lundi que l'institut monétaire de Francfort avait un double mandat inscrit dans le traité: maîtriser l'inflation mais aussi "assurer la stabilité à la fois de l'UE en général et de la zone euro en particulier".
"Nous faisons confiance à la Banque centrale pour qu'elle agisse de manière responsable afin d'atteindre ces deux objectifs", a indiqué un de ses porte-parole, Olivier Bailly.

Paris et Londres, soutenus par d'autres pays du G20, s'emploient à convaincre Berlin de changer d'avis, selon une source diplomatique européenne.
Vendredi, le Premier ministre britannique David Cameron a souligné devant la chancelière Angela Merkel que "toutes les institutions de la zone euro doivent soutenir la monnaie unique pour la défendre".

Face aux pays "laxistes", les Allemands renforcent leurs exigences de discipline budgétaire

L'Allemagne finira par accepter que la Banque centrale intervienne plus massivement, si elle obtient en échange des engagements sur le renforcement de la discipline budgétaire de la part des pays "laxistes", estime un autre diplomate européen.
"Il faut laisser du temps aux Allemands, qui doivent convaincre leurs citoyens et leurs parlementaires", selon cette source, mais "de leur côté, les Français, qui n'ont pas eu d'excédent budgétaire depuis des années, vont devoir faire des efforts".

A Paris, on estime que l'Allemagne devra finir par dépasser sa contradiction: elle ne peut vouloir sauver la zone euro tout en s'opposant à un rôle accru de la BCE. Une option consistant à ce que la BCE prête de l'argent au Fonds monétaire international pour que celui-ci prête à son tour aux Etats en difficulté est également sur la table depuis le sommet du G20 à Cannes début novembre, selon une des sources européennes.

Les prévisions de croissance allemande en forte baisse

Cette discipline budgétaire à laquelle les Allemands exhortent leurs partenaires, eux-mêmes devront s'y astreindre avec plus de zèle que prévu. La Bundesbank a en effet révisé fortement à la baisse sa prévision de croissance pour l'Allemagne l'an prochain, qui prend la forme d'une fourchette comprise entre 0,5 et 1% contre 1,8% jusqu'à présent.

"Un ralentissement de la conjoncture est à prévoir pour l'année prochaine, ce qui rend réaliste un scénario de base avec une hausse du produit intérieur brut (PIB) comprise entre 0,5 et 1%", écrit la Banque centrale allemande dans son rapport de novembre publié lundi.

Sa précédente prévision de croissance pour 2012 remontait à juin, c'est-à-dire avant l'aggravation de la crise de la dette en zone euro, des turbulences sur les marchés financiers et de la montée des craintes sur un ralentissement de l'économie mondiale.

Malgré la victoire de la droite, l'Espagne reste dans le rouge

Signe d'une défiance persistante des marchés en dépit de cette victoire attendue du Parti populaire (PP) et des promesses d'"effort solidaire" pour "faire la guerre à la crise" du probable futur chef de gouvernement Mariano Rajoy, les taux des emprunts d'Etat espagnols sur dix ans grimpaient. Ils s'établissaient lundi matin à 6,406% contre 6,345% vendredi soir.

L'Espagne est dans la ligne de mire des marchés depuis plusieurs semaines et doit s'acquitter de taux très élevés pour emprunter sur les marchés. L'écart entre les taux espagnols et ceux de l'Allemagne, référence du marché, s'est également creusé à près de 4,7 points de pourcentage.

"Les gouvernements fraîchement arrivés au pouvoir dans trois pays au coeur de la tourmente (Italie, Espagne et Grèce) vont devoir convaincre de leur capacité et de leur volonté de tenir leurs engagements", soulignaient dans une note les analystes du CM-CIC.

Menaces sur le "triple A" français

La Bourse de Paris pâtissait d'un avertissement de l'agence de notation Moody's qui a estimé lundi matin qu'une hausse des taux des obligations françaises et des perspectives de croissance économique détériorées risquaient d'avoir des conséquences négatives sur la note de la dette du pays.

L'agence Moody's a accentué la pression sur la France lundi en lui signifiant les dangers pesant sur sa note triple A, dont la conservation est devenue la priorité du président Nicolas Sarkozy et un enjeu pour l'ensemble de la zone euro.

La France, qui a souffert sur le marché obligataire la semaine dernière, doit emprunter lundi pour 7 milliards d'euros de titres à court terme.

"La semaine qui s'ouvre risque d'être particulièrement volatile en raison des négociations politiques qui vont la rythmer" créant beaucoup d'incertitudes, relevait le Crédit Mutuel-CIC.

Aux Etats-Unis, la "super-commission" du Congrès, chargée de trouver 1200 milliards de dollars d'économies, semblait se diriger tout droit vers un échec, à l'approche de la date-butoir de mercredi au-delà de laquelle se déclenchera, faute d'accord, un mécanisme de coupes automatiques dans les dépenses.

Du fait des désaccords entre démocrates et républicains, le Washington Post prédisait ce week-end l'échec de ces négociations dès lundi.

RTBF avec agences

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