Zone euro: les enjeux du sommet

La Chancelière allemande Angela Merkel et le président Nicolas Sarkozy, le 23 octobre 2011 à Bruxelles
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La Chancelière allemande Angela Merkel et le président Nicolas Sarkozy, le 23 octobre 2011 à Bruxelles - © Jean-Christophe Verhaegen

Pression maximum sur les dirigeants de la zone euro. Ils se retrouvent ce mercredi soir en sommet à Bruxelles. Leur mission: boucler un plan permettant d'enrayer la crise de la dette et sauver l'euro. La chancelière allemande Angela Merkel arrive à Bruxelles avec le feu vert de son parlement pour étendre le Fonds d'aide de la zone euro. Mais "il reste beaucoup de choses à régler", selon la chancelière.

Il y a trois mois à peine, les Européens pensaient avoir résolu la crise de la dette: ils avaient renforcé le Fonds européen de stabilité financière, accordé un taux d'intérêt plus bas à la Grèce ainsi qu'un délai plus long pour rembourser ses emprunts. Ils avaient aussi passé un accord avec les banques qui renonçaient à 21% de leurs prêts à Athènes. En échange, la Grèce s'engageait à faire des économies supplémentaires et à privatiser des entreprises publiques.

Mais ces mesures prises lors du Sommet du 21 juillet à Bruxelles n'ont pas suffi.

Le renforcement du Fonds européen de stabilité financière n'a pas été simple: les 17 pays de l'eurozone devaient l'approuver. La Finlande a exigé une garantie de la Grèce. L'Allemagne a attendu un arrêt de sa Cour constitutionnelle qui obligeait le gouvernement à passer par la commission du budget du parlement chaque fois qu'une décision concernant le Fonds européen de stabilité financière avait un impact sur la fiscalité allemande. En Slovaquie, le gouvernement est même tombé sur la question.

Bref, du temps perdu. Mais pas pour les marchés qui ont jugé l'envergure du Fonds européen de stabilité financière trop limitée. Ses 440 milliards d'euros ne suffiront jamais à sauver des pays comme l'Italie ou l'Espagne si cela s'avérait nécessaire.

Et ces deux pays vont mal...

De plus, le programme de privatisations en Grèce a pris énormément de retard et les plans d'économie n'ont pas porté leurs fruits. La dette s'est envolée et au lieu de 109 milliards, ce sont aujourd'hui 250 milliards qu'il faudrait...

Comme si cela ne suffisait pas, le monde financier est à nouveau en crise: les banques risquent d'encaisser de plein fouet la baisse de valeur des obligations d’État. Dexia a été la première victime. La récession guette. Et pas seulement en Europe: la Chine et les Etats-Unis s'inquiètent du cours des évènements en Europe, la Russie et le Brésil de même. Ils attendent une solution de la part de l'Union européenne pour le G20 début novembre à Cannes.

Quelles chances d'aboutir?

Ce mercredi les espoirs de voir la réunion déboucher sur un accord d'envergure sont ténus du fait de divergences persistantes. Les chefs d’État et de gouvernement des 27 pays de l'Union européenne se réunissent d'abord à partir de 18h pour parler de la recapitalisation des banques. Objectif: leur permettre d'amortir le choc d'un défaut de paiement de la Grèce.

Le plat de résistance suivra lorsque les dirigeants des 17 pays de la seule zone euro se retrouveront en conclave, jusque sans doute très tard dans la soirée ou la nuit.

Ces réunions sont la dernière étape d'un marathon de tractations qui se déroule depuis près d'une semaine pour définir enfin une réponse solide, réclamée par la planète entière qui s'inquiète d'un embrasement financier mondial.

Les grandes lignes ont été tracées. Il s'agit de stabiliser la Grèce en convainquant les banques créancières d'effacer une partie de sa dette, 100 milliards d'euros environ, de recapitaliser les établissements financiers qui en ont besoin en contrepartie, et d'empêcher la contagion de l'incendie à l'Italie via un renforcement du pare-feu de la zone euro.

Blocage des banques sur la décote de la dette grecque

C'est un véritable bras de fer que se livrent les responsables des Etats européens d'une part, et l'Institut de la Finance Internationale (qui représente l'ensemble des banques) d'autre part, à propos de la hauteur de la décote de la dette grecque. S'il semble acquis pour les banques qu'elles devront subir une décote, les propositions sur la table ne les agréent pas. Les banques veulent limiter la décote à 40%, moyennant de solides garanties. Les Etats proposent de leur côté 15% des avoirs des banques en numéraire, assortis de titres à 30 ans, avec un coupon de 6%, pour 35 % des avoirs. Le solde constituerait une perte sèche, ce qui implique la nécessité de recapitaliser les banques qui auraient des difficultés à encaisser ce choc.

Mais la proposition est jugée trop radicale par une partie des banquiers. Certains seraient prêts à jouer la politique du pire et, dans la perspective d'un défaut de la Grèce devenant alors inéluctable, à actionner leurs CDS. Mercredi en fin d'après-midi, le pessimisme gagnait les négociateurs quant à la perspective d'aboutir à un accord avec les banques et, partant, quant à la réussite du sommet.

L'Allemagne ne vient pas les mains vides

Pour qu'une solution soit possible, les Européens ont d'abord besoin mercredi du feu vert des députés allemands qui se réunissaient dans la matinée pour donner un mandat de négociation à la chancelière allemande Angela Merkel qui fait preuve d'un certain volontarisme. La chancelière a finalement obtenu la majorité au sein de son groupe en faveur d'un vote sur sa proposition La question de la multiplication des moyens du fonds d'aide de la zone euro est très sensible en Allemagne, mais aussi dans les autres pays de l'Union.

Cette question est pourtant essentielle puisque doper le fonds de secours de la zone euro revient à mettre en place un pare-feu pour éviter que la crise n'atteigne d'autres grandes économies comme l'Italie, troisième économie de la zone euro, avec une dette de plus de 1800 milliards d'euros.

Silvio Berlusconi toujours sous pression

Les Européens font tout pour éviter une contagion à d'autres pays que la Grèce mais ils rappellent dans le même temps que chaque État doit fournir des efforts. Comme le chef du gouvernement italien Silvio Berlusoni, obligé de venir au sommet ce mercredi soir avec, sous le bras, des mesures d'austérité précises et un calendrier assorti.

La tâche qui attend les Européens ce mercredi est immense mais ils le savent, ils sont contraints de trouver des solutions s'ils ne veulent pas voir plonger la zone euro.

RTBF avec AFP

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