Roumanie: Dacia, l'atout low cost de Renault

Dacia: le pari low cost de Renault
Dacia: le pari low cost de Renault - © Dacia/RTBF

La Dacia Logan, c'est l'histoire à succès de la voiture low cost de Renault. L'usine de Mioveni à Pitesti produit des automobiles fiables répondant aux exigences de base avec un rapport qualité-prix imbattable. Renault a créé un nouveau segment de marché et s'y est imposé. Malgré la crise ou grâce à elle.

Renault est en Roumanie depuis les années 70, lorsque Dacia, entreprise d’Etat, achète les licences pour fabriquer les Renault 8 et 12.

L’histoire commence vraiment en juillet 1999 avec le rachat de l’usine Dacia de Pitesti par Renault. Un plan social a fait passer le personnel de 35 000 à 18 000 et le groupe français a investi afin de produire de la qualité.

Logan: l'intuition de la voiture à 5000 euros

Le modèle Logan apparaît en 2004 dans un segment de marché que le patron de Renault de l’époque, Louis Schweitzer, imagine : fiabilité, sécurité, flexibilité et petit prix grâce à la réutilisation de recettes éprouvées et d’éléments existants "sur étagère". Le projet baptisé X90 prévoyait à l'époque un prix de base à 5000 euros. 

Aujourd’hui, Renault domine un segment qu’il a pour ainsi dire créé. A l’origine destinée aux marchés émergents, la Logan et les autres modèles Dacia connaissent un immense succès moins de 10 ans plus tard.

Avec 813 000 véhicules produits en 2011, et un million l'an prochain, la part du "low cost" augmente sans cesse chez Renault. Et c'est aussi le segment qui lui rapporte le plus.

Peu de robotisation

Renault Roumanie emploie 18 000 collaborateurs, dont 1% d’expatriés, essentiellement au sein des cadres. L'usine de Mioveni près de Pitesti est le poumon économique d'une région par ailleurs touchée par les fermetures d'entreprises.

Ici tout le monde connaît au moins quelqu'un qui travaille chez Dacia, chez un sous-traitant ou dans une des nombreuses officines de la ville spécialisées dans les pièces détachées. Le Roumain est bricoleur de nature, et à Pitesti depuis un demi-siècle, on bricole la bagnole, et surtout la Dacia. 

A Pitesti, sur les chaînes d'où sortent les Logan, Sandero et autres Duster, on travaille encore beaucoup de façon manuelle : l’actuel patron de Renault Roumanie, Jérôme Olive (voir l'interview intégrale en vidéo ci-contre) explique cela par un choix de rentabilité. 

Les solutions manuelles restent optimum : elles garantissent la qualité et reviennent moins cher que l’automatisation, même si la robotisation progresse là où c’est nécessaire.

Opportunisme

L’essor de Dacia a été dopé par la crise mais aussi par les primes à la casse : la Logan destinée aux marchés d’Europe centrale et de l'est a vite rencontré le succès à l’ouest, suivie par une gamme complète de sept modèles dans le segment désormais baptisé "entry", plus positif que le terme "low cost".

Malgré cela, la crise a quelque peu comprimé les ventes de Dacia: de quasi 349 000 voitures en 2010, les chaînes de Pitesti ont sorti 343 000 véhicules en 2011.

Dacia exporte 90% de sa production, par route, fer et mer, l’essentiel vers une Europe touchée par la crise mais vend surtout des véhicules à des automobilistes pour qui c’est le premier achat sur le marché de première main: ce sont donc de nouveaux clients.

Les limites du modèle low cost

Pitesti est un peu le "mother plant" pour les autres usines "low cost" du groupe Renault, qu’elles produisent sous l’écusson Dacia ou Renault.

Renault vient d'inaugurer de nouvelles installations de montage à Tanger. Ce sera la deuxième usine marocaine du groupe. Des chaînes de Tanger sortiront le nouveau Lodgy, équivalent du Scenic mais deux fois moins cher, à partir de 9900 euros, et un ludospace low cost style Kangoo, le Dokker.

Les 2600 employés de Tanger seront un jour 6000 ce qui en fera une méga-usine. Et c'est sans compter les chaînes que Renault exploite ou développe en Russie (Avtovaz à Togliatti), au Brésil ou encore en Inde... Pour le groupe, il faut assurer sa croissance à l'international, dans un climat de crise, de surcapacité en Europe et de concurrence exacerbée. 

Mais demain Dacia ou plutôt Renault Roumanie devra affronter cette nouvelle concurrence interne: avec des usines marocaines ou russe aux salaires encore plus low cost: 250 euros mensuels pour l’ouvrier de Tanger contre environ 450 à Pitesti... 

L'atout roumain

Le groupe possède en Roumanie tous les métiers, tous les outils nécessaires à la production d’automobiles: ingénierie, design, centre de test, outre la production de pièces détachées et le montage.

Ce qui fait croire en l'avenir de Renault en Roumanie, c'est aussi le centre régional d'ingénierie, avec 2300 employés, qui a été ouvert en 2007 à Bucarest et qui comprend aussi un centre d'essais à Titu, entre Pitesti et Bucarest.

Le business model de Dacia a donc pu s’appliquer avec succès au modèle industriel dont la Roumanie post-communiste a hérité: une main d’oeuvre bon marché mais qualifiée au service de recettes éprouvées en matière de production automobile. Un pari risqué, mais pour l’instant gagné. Malgré la crise - ou justement à cause d’elle.

JFH

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