Quand la Chine vient au secours de l'Allemagne

Chinois et Allemands travaillent ensemble
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Chinois et Allemands travaillent ensemble - © RTBF

A Aschersleben, en Saxe-Anhalt, le producteur de machines-outils Schiess a été repris par le chinois SYMG en 2004, alors que l'entreprise est en pleine déconfiture. Aujourd'hui, l'usine est sauvée, les investissements chinois ont permis de réinvestir le marché et de doper l'emploi. Un exemple positif de mondialisation ?

Aschersleben: cette petite ville de Saxe-Anhalt a donné son nom à une nouvelle ligne de machines-outils pour l’industrie automobile et de de l’énergie. Cela faisait 20 ans que cela n’est plus arrivé. Les gigantesques nouvelles machines qui sortent de chez Schiess vont aller équiper des usines dans le monde entier.

Il y a 10 ans, l’entreprise en déroute avait abandonné ce créneau où elle avait brillé au cours de son siècle et demi d’existence.

Rachetée en 2004, après une série de privatisations, de fusions malheureuses et deux dépôts de bilan ponctués de licenciements, par le chinois SYMG (Shenyang Machine Group, à l'époque Shenyang Machine Tool Co Ltd.), un géant du secteur, Schiess a pu réinvestir le segment des machines-outils en proposant de la qualité à bon prix.

Investissements

A la surprise de tout le monde, les Chinois n'ont pas pillé le savoir-faire du fabricant allemand mais ont investi à Aschersleben : 50 millions d’euros. Une aide européenne de 1,2 million a suivi. Un nouveau hangar permettant de produire des machines jusqu’à 21 mètres de long a vu le jour en 2009. L’an dernier le chiffre d'affaires a atteint 52 millions d’euros, l’année la plus profitable depuis la reprise de 2004.

Pour Volker Clemens, délégué syndical, la reprise par les Chinois a été une chance, même si cela paraissait risqué : "Je me rappelle très bien; il ne restait plus qu’ environ 70 employés ici avec lesquels on a redémarré. La peur était omniprésente. Tout le monde pensait qu’on allait juste nous prendre notre savoir-faire et qu’à long terme nous finirions par disparaître. Cette peur était réellement présente chez beaucoup d’entre nous, mais nous avons dû reconnaître que c’était exactement le contraire et nous en sommes très contents. On le constate également aux ateliers. La situation n’a plus rien à voir avec celle de l’époque. Je dois dire que pendant les 20 dernières années, rien n’avait été investi dans les ateliers. Rien du tout!"

Pour le PDG allemand de l'entreprise Torsten Brumme, ces investissements sont un succès : "Aujourd’hui je peux être fier de ce que l’investisseur chinois a fait. Quand il a commencé, notre personnel craignait qu’il veuille uniquement assimiler son savoir faire - ce qui est sans doute vrai-, cependant il a également énormément investi sur ce site afin de développer plus encore ce savoir-faire". 

Made in Germany, made in China ?

Les deux sociétés soeurs produisent ensemble en Chine et en Allemagne ces machines en mettant en commun la capacité de production chinoise à prix réduit et la longue expertise industrielle allemande. Ces synergies permettent à Schiess de proposer une nouvelle série sous le nom de marque Aschersleben, des machines-outils de qualité à bon prix. Fabrication chinoise, finition et contrôle de qualité allemand. Bref un exemple de mondialisation réussie, pour le patron de l'entreprise. 

Torsten Brumme souligne la bonne coopération entre Allemands et Chinois : "Le but c’était de développer ce site de manière à ce que l’on puisse faire des machines en série, qu’on les développe, qu’on les teste, et qu’après les Chinois puissent les homologuer. Et d’un autre côté, c’est tout aussi important pour les Chinois d’avoir une tête de pont en Allemagne sinon ce serait difficile pour eux de vendre leur matériel ici”.

Au sein du personnel, une vingtaine de Chinois, comme Mingzhe Li qui a bien compris la valeur du savoir-faire allemand : "J’ai fait mes études d’ingénieur en Allemagne. Ensuite j’ai fait mon mémoire et un stage chez Schiess. Quand j’ ai obtenu mon diplôme, j’ai tout de suite travaillé chez Schiess. C’était logique pour moi et d’un autre côté cela m’a permis d’étudier les machines-outils. Justement parce que ces machines outils sont d’un niveau technologique élevé et pas comparable à ce que l’on a en Chine”.

Chômage en baisse

Aujourd’hui, Schiess emploie 378 personnes, un miracle dans cette région de l’est de l’Allemagne fort touchée par le chômage. Nul doute que sans cette reprise, l’usine aurait fermé ses portes, pour Torsten Brumme, c’est donc un exemple positif de la mondialisation.

Schiess est aujourd’hui le plus grand employeur d’Aschersleben. A l’hôtel de ville, on se réjouit bien sûr de l’élan positif donné par l’arrivée des Chinois et d’une diminution significative du chômage : un tiers de moins en 7 ans.

Cet essor ne touche pas seulement Schiess: deux entreprises américaines, une anglaise et même une kazakhe se sont implantées ici, investissements à la clé.

JFH

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