Les Européens en sont convaincus: il faut sauver la Grèce, et vite

Le ministre grec des Finances Evangélos Vénizélos et le premier ministre grec Lucas Papademos, dans la nuit du 30 au 31 janvier 2012 à Bruxelles
2 images
Le ministre grec des Finances Evangélos Vénizélos et le premier ministre grec Lucas Papademos, dans la nuit du 30 au 31 janvier 2012 à Bruxelles - © AFP / Jean-Christophe Verhaegen

L'Europe met le turbo pour sauver la Grèce en poussant en faveur d'un accord global d'ici la fin de la semaine portant sur une réduction de sa dette détenue par les banques et de nouveaux prêts, dans l'espoir de clore un chapitre de la crise de la dette. Le ministre français des Finances laisse entendre que les exigences pourraient être assouplies.

Le temps presse: Athènes doit rembourser 14,5 milliards d'euros de prêts le 20 mars, faute de quoi le pays sera en cessation de paiements. Cette hypothèse n'est désormais plus écartée. Mais elle fait peur.

Pour éviter une faillite aux conséquences imprévisibles pour l'ensemble de la zone euro et au-delà, il faut que le pays trouve au plus vite un accord pour effacer 100 milliards d'euros de dette avec les banques et fonds d'investissement détenant ses obligations, condition pour que les Européens débloquent les 130 milliards d'euros d'aide promis en octobre. Le mécanisme est donc limpide: du premier accord avec les banques dépend le déblocage de l'aide européenne.

Des négociations qui traînent en longueur

Les négociations avec le secteur privé traînent en longueur depuis près de trois semaines et le président de l'UE, Herman Van Rompuy, a appelé lundi, lors du premier sommet européen de l'année, à trouver un accord sur la dette et sur les nouvelles aides en direction de la Grèce "d'ici la fin de la semaine".

Les négociations avec les créanciers privés de la Grèce visent à ramener la dette publique du pays à 120% du PIB à l'horizon 2020 contre 160% actuellement.

L'opération doit être réalisée via un échange d'anciennes obligations détenues par des créanciers privés par de nouveaux titres. Au centre des tractations, il y a la rémunération accordée à ces derniers. Les créanciers privés veulent un taux d'intérêt sur ces nouveaux titres qu'Athènes ne veut pas accepter.

Un accord doit être trouvé d'ici la fin de la semaine afin que l'échange de titres soit faisable sur le plan technique et débute le 13 février, la date-butoir, a indiqué une source européenne. L'opération prendra ensuite deux semaines et aboutira début mars, a fait savoir cette même source.

Se voulant rassurant, le Premier ministre grec, Lucas Papademos, a dit tabler lundi soir sur un accord global d'ici la fin de la semaine.

Bois de rallonge

Toutefois, face à la la dégradation économique de la Grèce, l'enveloppe de 130 milliards d'euros pourrait être insuffisante. Une rallonge de 15 milliards d'euros est évoquée, même si la chancelière allemande Angela Merkel a prévenu, lors du sommet, qu'"ajouter des prêts à la Grèce ne contribuera pas à réduire son endettement".

"Notre but est d'éviter une aide supplémentaire de nos créditeurs", a souligné à ce sujet Lucas Papademos.

En attendant, ce sujet est bien sur la table, a confirmé une source européenne. "Le but est de négocier un accord avec les créanciers publics une fois bouclé celui avec les créanciers privés", a-t-elle précisé.

Cela pourrait concerner des institutions européennes détentrices d'obligations grecques, des banques nationales ainsi que la Banque centrale européenne (BCE) qui détiendrait 45 milliards de dette grecque, rachetées à des banques de la zone euro, selon un banquier central de la zone euro.

En acceptant par exemple d'effacer la moitié de ses obligations grecques, la BCE et les 17 banques centrales des pays de la zone euro perdraient environ 20 milliards d'euros.

Signaux de détente

Le président français Nicolas Sarkozy a lancé un appel du pied lundi soir en suggérant qu'"éventuellement d'autres institutions européennes" participent à l'effort. Une manière de suggérer par exemple que la BCE pourrait être invitée, elle aussi, à accepter une perte sur ses créances envers Athènes.

Son ministre des Finances François Baroin a lui aussi montré des signes de bonne volonté. Devant l'Assemblée nationale française, il s'est voulu confiant et à lâché: "Cet accord porte sur les mêmes éléments de référence du départ: une implication du secteur privé sur une base volontaire, un objectif à 2020 d'une dette de la Grèce par rapport au produit intérieur brut (PIB) rapportée à 120% ou 125%".

Or l'accord conclu le 27 octobre entre les dirigeants européens et les banques créancières de la Grèce fixait un objectif de 120% du PIB. Il pourrait donc y avoir une marge nouvelle d'environ 5%. Cette latitude pourrait permettre de faire retomber la pression sur les négociateurs de la "remise" grecque.

A l'issue du Conseil européen de lundi, le ton était résolument à la recherche d'une solution, en dépit des exigences très fortes des Allemands, suivis par certains pays comme les Pays-Bas. Avant la réunion, la "réflexion" allemande sur la mise sous la tutelle d'un supercommissaire du budget de la Grèce avait provoqué une levée de boucliers et de vives réactions de la Grèce. Exit cette piste enterrée par Nicolas Sarkozy à l'issue du sommet: "Pas raisonnable, pas démocratique, pas efficace". L'adhésion de 25 des 27 pays de l'Union au nouveau pacte budgétaire est en tout cas de nature à rassurer l'Allemagne et même si d'aucuns continuent à privilégier des hypothèses de sortie de la Grèce de la zone euro ou de faillite accompagnée du pays, la plupart des dirigeants européens semblent désormais convaincus qu'ils n'ont guère le choix : il faut sauver la Grèce, peu importe le coût.

T.N. avec agences

Et aussi

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK