La City de Londres : entre pressions politiques et économiques

Le dragon symbole de la City
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Comment la City, le grand quartier des affaires à Londres réagit-elle quatre ans après le début de la crise? Quel est le sentiment des anciens "princes" de la finance face aux remises en cause dont ils sont l'objet? Quel type de contrainte est-elle prête à accepter. C'est ce que nous avons voulu savoir en nous rendant sur place.

A la mi-mars une déclaration faisait le buzz dans les milieux financiers. Greg Smith, un cadre de Goldman-Sachs, travaillant à Londres, démissionnait de la banque où il avait passé plus de 10 ans. Il expliquait  son geste dans une lettre ouverte au New-York Times par un désaccord avec la philosophie qui prévalait désormais dans la banque : un mépris de l'intérêt des clients au profit de celui de la banque. Son ancien employeur répondait par une déclaration attendue : "notre succès est lié à celui de nos clients"

Les démissions dans ce type de secteur, il y en beaucoup. Peut-être même plus qu'ailleurs. C'est un secteur qui use et il n'est pas rare, comme me le disait quelqu'un qui connaît bien cette "industrie" qu'après quelques années de travail, les financiers se lassent de leur boulot, en découvrent la relative vacuité. Souvent ils se tournent vers l'enseignement, certains même vers des ONG.

Cela dit, si les démissions dans ce secteur sont loin d'être exceptionnelles, leurs justifications publiques, elles, sont très rares. C'est un milieu où l'on se tait, dans lequel la discrétion est comme une seconde nature. J'en ai d'ailleurs fait l'expérience en tentant d'interviewer des employés de la City en rue : quelques réponses pour plusieurs dizaines de sollicitations. On comprend pourquoi la lettre ouverte de Greg Smith a fait du bruit.

Etait-elle le signe d'une remise en question des pratiques du secteur, pratiques dénoncées au moment de la crise de 2008 et dont la régulation est en cours? C'était la question de départ. Très vite Marc Roche, journaliste au Monde, spécialisé dans ce secteur me détrompait (cf. vidéo). Greg Smith était aigri et dénonçait des pratiques d'avant la crise.

Restait cette question : quatre ans après le début de la crise, la City avait-elle changé, Etait-elle prête à changer.

La réponse est nuancée.

D'abord il y a les faits : les licenciements dans le secteur bancaire en Grande-Bretagne comme ailleurs ; il y a aussi la perte de revenus : les bonus sont en baisse et sont calculés sur plusieurs années, répondant ainsi à une des critiques faites au secteur après la crise de 2008; enfin il y a les tentatives de régulation en cours : la révision des règles de Bâle avec l'imposition d'un quota de fonds propres pour empêcher la faillite en cas de retrait  massif ou encore la loi Vickers en Grande-Bretagne dont un des buts est de séparer banque d'affaires et banques de dépôt. Sur ce plan, un fait ressort clairement : les milieux financiers sont prêt à la réforme, même s'ils renâclent souvent,  parce que le marché les y pousse.

La preuve que, malgré la crise, la logique n'a pas changé, que l'élément moteur du secteur reste encore et avant tout le marché et pas les pouvoirs de régulation

Christian Dupont, journaliste

 

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