Hongrie: rénover son logement pour payer son loyer

Afin d’éviter des expulsions de locataires pour retard de paiement, un groupe d’étudiants a mis sur pied un projet: Szociális Építőtábor, un camp de rénovation de rénovation de logements publics, qui fait appel au bénévolat.
Afin d’éviter des expulsions de locataires pour retard de paiement, un groupe d’étudiants a mis sur pied un projet: Szociális Építőtábor, un camp de rénovation de rénovation de logements publics, qui fait appel au bénévolat. - © RTBF

Des centaines de milliers de Hongrois sont tombés dans le piège des emprunts en francs suisses. Le différentiel entre le forint et la monnaie suisse leur met la corde au cou. Mais des initiatives visant à répondre à la crise du logement existent.

De très nombreux Hongrois sont pris dans une spirale de dettes. Des milliers d’emprunts ont doublé de valeur: 287 000 familles ont emprunté en devises étrangères depuis le début des années 2000. A un taux plus favorable que les emprunts en forints hongrois. 

Au total, pour 2800 milliards de forints, près de 10 milliards d’euros. Beaucoup sont en francs suisses, d'autres en euros ou en yens. Mais aujourd’hui ils ne peuvent plus les rembourser car le forint hongrois est au plus bas et le franc suisse au plus haut. La classe moyenne hongroise est sous la menace des expropriations judiciaires.

Le gouvernement hongrois est venu au secours des citoyens endettés aux frais des banques étrangères présentes dans le pays. En gelant le taux avec une décote de 20 ou 25% par rapport au marché, à condition de rembourser en un coup. La décote pour le remboursement risque de ne pas suffire vu la faiblesse des salaires et le taux d’emploi trop peu élevé en Hongrie.

Les banques, étrangères, sont outrées. Elles risquent de perdre gros et dénoncent des mesures populistes.

Un projet bénévole de rénovation en exemple

La plupart des Hongrois sont propriétaires de leur habitation, les moins favorisés sont souvent locataires. Afin d’éviter des expulsions de locataires pour retard de paiement, un groupe d’étudiants a mis sur pied un projet: Szociális Építőtábor, un camp de rénovation de logements publics, qui fait appel au bénévolat.

Une campagne de rénovation a eu lieu dans une banlieue défavorisée de Nagykanizsa, une ville moyenne du sud ouest de la Hongrie. Le projet a permis de rénover les pavillons d'un ancien hôpital militaire qui ont juste cent ans et sont gérés par la municipalité.

Les habitants du quartier participent à la rénovation. La rémunération de leur travail sert à rembourser les dettes qu'ils ont vis-à-vis de la ville. La plus-value qu’ont acquis leurs logements leur est créditée. En outre, l’isolation permet d’alléger leur facture énergétique.

Une initiative citoyenne, donc, comme l'explique Vera Kovacs, une des bénévoles du projet: "Le principe de l’activisme citoyen, c’est que le problème des gens ce n’est pas que leur problème, c’est le problème de la société. C’est le point de départ. Si on expulse des gens, ok, nous n’avons pas ce problème, nous sommes étudiants à l’université, mais ce n’est pas que leur problème mais aussi le notre. C’est ce qui nous a frappé lors de notre première visite à Nagykanisza".

Ce projet, couronné par un prix d’innovation sociale en Autriche en 2011, ambitionne de devenir un exemple à suivre dans une Hongrie en proie à une grave pénurie de logements, symptôme de crise et de pauvreté, un phénomène encore aggravé par le piège des prêts en francs suisses.

JFH

Ecoutez ci-contre les analyses de l'historien Victor Lugosi et des économistes Zoltán Pogátsa et Nicolas Bárdos-Féltoronyi.

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