Heureux comme un travailleur âgé en Finlande ?

Erja, 62 ans, balaie les rues d'Helsinki
Erja, 62 ans, balaie les rues d'Helsinki - © RTBF

Maintenir au travail les plus de 55 ans. Un défi auquel a été confrontée la Finlande plus tôt que les autres pays européens. Défi relevé puisque entre 1998 et 2010, le taux d’emploi des 55-64 ans est passé de 35% à 56%. Un record en Europe. Mais tout n'est pas pour autant résolu.

Si la Finlande ne possède pas le taux d’emploi des 55-64 ans le plus élevé d’Europe (70% en Suède), elle a réussi le tour de force de le faire grimper de 20%, à 56,2%, en un peu plus de dix ans. Et elle s’est bel et bien inscrite dans le top européen. En comparaison, la Belgique n’affiche qu’un taux de 37,3%.

Cette réussite est le résultat d’une grande réforme des pensions mise en chantier dès 1998 dans ce pays nordique. 

En effet, très tôt, les autorités finlandaises se sont rendu compte que la pérennité du système de retraite ne serait plus assurée alors qu'un pan entier de la population, les papy-boomers, arrivait à la retraite. D’autant que l’immigration en Finlande est très faible et ne peut combler le déficit en forces vives. En 2009, 17% de la population finlandaise était âgée de 65 ans et plus. Cette proportion passera à 27% en 2040.

La réforme s’est déroulée en deux étapes. Dès 1998, les entreprises ont été sensibilisées à l’intérêt qu’elle pouvait avoir à garder les travailleurs âgés et à veiller à leur bien-être. 40% des entreprises ont ainsi mis en place en leur sein un programme spécial pour leurs seniors : salle de gym, bilans santé, semaine de sport payée par la société, aménagement du temps de travail, formations…

Parallèlement à cela, dès 2005, l’âge légal de départ à la retraite, alors fixé à 65 ans, a été abaissé à 63 ans. Mais cet âge est flexible. Concrètement, le Finlandais peut partir à la retraite entre 63 et 68 ans. Chaque année prestée après 63 ans augmente sa pension de 4,5%. Un travailleur partant à 68 ans a donc une pension 22,5% plus élevée qu’un autre quittant à 63 ans. La préretraite est elle fixée à 62 ans, avec amputation de la pension.

Se sentir bien, pour travailler plus longtemps

Mais ce qui est donc vraiment original dans ces réformes, c’est l’attention apportée au bien-être du travailleur. Le but est de ne pas le forcer à travailler plus longtemps mais de l’y inciter en faisant en sorte qu’il se sente bien dans ses tâches, dans son entreprise.

A Helsinki, nous avons rencontré un responsable du département des travaux publics de la Ville ainsi que le responsable du personnel de l’un de ses sous-traitants, Stara, qui effectue les travaux de voirie. Des travaux lourds réalisés pourtant en partie par des seniors. Ainsi, à 62 ans, Erja balaie les rues de la Ville. Regardez notre reportage ci-contre.

Malgré ces bons résultats, le système des retraites est toujours menacé en Finlande. En effet, l’âge effectif de départ à la retraite stagne à un peu plus de 60 ans. En cause : le départ anticipé pour invalidité et via la filière du chômage permettent encore trop, comme le note l’OCDE, à la population de quitter la vie active avant l’âge minimum de la retraite.

Le gouvernement a bien tenté d’augmenter l’âge de la retraite à 65 ans, mais il s’est heurté aux syndicats.

Juhani Ilmarinen, le père de la réforme, estime, de son côté, que celle-ci n’a pas encore livré tous ses fruits. Et que si les Finlandais utilisent la voie de l’invalidité, c’est parce que leur environnement de travail n’est pas adapté.

Julie Calleeuw

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