Financement des PME : pas facile!

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Euros - © Pressassociation / Julien Behal

Depuis la crise financière, diverses mesures tentent de réguler le fonctionnement des banques. Cette régulation n’est pas sans conséquence sur le rôle de dispensateurs de prêts des établissements financiers.

Jean-Pierre Dutry est président de Turbowinds, une société qui depuis 85 s’occupe d’éoliennes. Au départ, elle fabrique et commercialise des petites machines de pompage à destination de l’Afrique. En 95, elle rachète une entreprise hollandaise en faillite et met au point, grâce au personnel repris de cette société, des éoliennes de taille moyenne. Deux modèles sont commercialisés mais, à la suite du retrait d’une commande par un pays d’Amérique latine, la société est mise en concordat en 2004. Les dettes son apurées en 2005 à un moment où la mode est aux très grandes éoliennes, un marché dominé par la Chine.

Bientôt le vent tourne, les éoliennes moyennes sont à nouveau demandées. Et les commandes arrivent.

Turbowinds met au point des machines et vend des brevets à des licenciés qui les fabriquent là où elles seront installées. Chaque machine génère des droits. C’est eux qui font vivre la société. Le problème c’est que le travail de recherche et de développement d’un modèle est long : 5 à 6 ans avant de pouvoir espérer une rentrée. Turbowinds a besoin de fonds pour maintenir son activité : elle doit payer la quinzaine de travailleurs permanents qui œuvrent dans ses bureaux et ateliers, mais aussi les ouvriers supplémentaires qu’elle doit engager au moment de la phase de fabrication des prototypes. Elle doit aussi payer ses fournisseurs, ses bâtiments etc.

Bref, elle a besoin de crédit, de fonds de roulement pour pouvoir continuer son activité. Et aucune banque ne veut s’engager (à part une promesse d’une banque pour un marché à l’étranger). Trop risqué, disent-elles. Pourtant les perspectives sont bonnes :des licenciés sont en demande dans plusieurs pays; l’avenir, selon Jean-Pierre Dutry, est assuré.

Le fonds de participation, un fonds fédéral destiné à donner un coût de pouce aux PME en recherche de crédit, ce fonds a fait un prêt à Turbowinds mais cela n’a pas suffi pour débloquer le dossier au niveau bancaire.

Cette histoire n’est pas exceptionnelle nous a assuré le responsable du Cefip, le centre de connaissance de financement de PME. Sans doute les projets d’investissements sont-ils relativement moins nombreux qu’auparavant – conséquence d’une crise économique qui se prolonge, mais en plus les banques sont plus frileuses qu’auparavant. Elles ne veulent plus prendre de risque et demandent donc des garanties souvent impossibles à donner par les PME. Elles exigent aussi des dossiers administratifs trop lourds, difficiles à gérer par ce type d’entreprises. En outre, le crédit est cher, particulièrement le crédit caisse, pourtant indispensable à la survie de la plupart des petites sociétés.

Le médiateur du crédit, un médiateur fédéral aide les entreprises à trouver ces crédits. Dans 70% des cas, cette aide est couronnée de succès. Pour Turbowinds, à part le prêt du fonds de participation, les démarches du médiateur n'ont pas eu de conséquence positive.

La crise, la régulation des banques sont à l’origine de ces difficultés qui sont observables quasi partout dans l’Union européenne.

Les autorités européennes pourraient, nous dit Frédéric Lernoux, rendre cet accès au crédit plus facile si elles organisaient de manière plus systématique et plus efficace la concurrence entre les établissements financiers.

Christian Dupont, journaliste

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