Avast, la belle aventure pragoise du plus connu des antivirus

Pavel Baudys (g) et Eduard Kucera (dr), les fondateurs d'Avast à la tête d'un mini-empire qui réalise 100 millions d'euros de chiffre d'affaires.
Pavel Baudys (g) et Eduard Kucera (dr), les fondateurs d'Avast à la tête d'un mini-empire qui réalise 100 millions d'euros de chiffre d'affaires. - © RTBF

Le plus connu des éditeurs de logiciels antivirus vient d'avoir vingt ans. Beaucoup parmi les 140 millions d'utilisateurs qui l'ont placé sur leur ordinateur louent sa fiabilité et, surtout, sa gratuité. Mais bien peu savent que le protecteur de leurs données est né à Prague, encore sous l'époque communiste.

Alwil, la société qui a donné naissance à Avast, a vu le jour la forme d'une coopérative, la seule forme de société tolérée à la fin de l'époque communiste, il y a vingt ans à peine. Depuis, elle a fait du chemin pour devenir le plus connu des éditeurs d'antivirus, avec plus de 140 millions d'utilisateurs enregistrés à travers le monde qui contribuent à asseoir la réputation du chasseur de virus tchèque. Pavel Baudys et Eduard Kucera, les fondateurs, sont toujours à la barre. Ils ont traversé ces vingt années sans que leur complicité s'étiole avec le temps. Mais ce n'est pas la seule chose qui étonne dans cette entreprise atypique.
Tirer parti de la communauté des utilisateurs
Car c'est par son "business model" qu'Avast détonne dans le monde de l'informatique: pas ou très peu de publicité et de moyens destinés au marketing... Son succès, Avast l'a bâti sur la réputation et la participation de la "communauté des utilisateurs". Ils se chargent de la traduction du logiciel dans les différentes langues (38 à l'heure actuelle) mais également de sa diffusion auprès d'autres utilisateurs potentiels. Ces utilisateurs satisfaits et valorisés deviennent à leur tour d'excellents apôtres de la cause lorsqu'il s'agit de "placer" les versions payantes d'Avast. Et ça tombe bien puisque, dégagée des contingences liées à la pub, la société peut consacrer davantage de moyens à développer ses forces de vente.
Mieux encore: ce sont les utilisateurs eux-mêmes qui recensent les virus et les attaques et les portent à la connaissance d'Avast, qui traite toutes les informations selon une procédure bien rôdée.
Un risque assumé
La société pragoise a donc franchi la crise sans coup férir. En 2011, elle aura dégagé 100 millions d'euros de chiffre d'affaires. Pourtant, le choix de se positionner sur le créneau du "freemium" a été un coup de poker pour l'entreprise : au tournant du siècle, la société aurait pu disparaître. Le principal client, la Russie, donnait des signes de faiblesse et dans le même temps, les sociétés occidentales s'implantant en Tchéquie amenaient avec elles "leurs" anti-virus. Pour contrer ces "machines" commerciales, Avast a été contrainte d'innover. C'est alors que l'idée de l'offre "freemium" a surgi, copiée sur les pratiques d'un autre concurrent, AVG. Très vite, la mayonnaise a pris et il n'a fallu que quelques semaines pour enregistrer le premier million d'abonnés. Simple chance ou conséquence logique fondée sur la qualité du produit ? Un peu des deux sans doute...
Aujourd'hui encore, les structures évoluent au gré des nécessités, un peu à ma manière d'un organisme vivant. L'entreprise s'adapte aux nouvelles menaces générées par l'irruption des plateformes nomades que sont les téléphones portables et les tablettes tactiles. Pas question de prendre du retard sur le moindre créneau, d'autant que la concurrence s'est elle aussi adaptée. Notamment avec Microsoft security Essentials.
Les fondateurs de Avast, Pavel Baudis et Eduard Kucera, auraient certainement pu faire fortune d'un seul coup en revendant la société au faîte de son succès. Ils ont cependant fait un autre choix: celui de demeurer modeste et tchèque. Certes du capital a risque a été injecté dans l'entreprise et cela a amené des modifications du management mais l'entreprise, disent-ils, est restée fidèle à ses origines. Une attitude qui leur permet de contempler, depuis la terrasse qui surplombe leur bâtiment flambant neuf, les sièges pragois de Microsoft et de Hewlett-Packard.

Regardez notre reportage à Prague en cliquant dans l'onglet "vidéos"

Thomas Nagant


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