Slovaquie: quand un scandaleux gorille fait le lit du populisme

Les citoyens devraient être nombreux dans les rues de Bratislava ce samedi.
Les citoyens devraient être nombreux dans les rues de Bratislava ce samedi. - © AFP PHOTO/SAMUEL KUBANI

Malgré le froid sibérien qui frappe actuellement la Slovaquie, plusieurs milliers de personnes sont attendues ce samedi dans les rues de la capitale Bratislava. Leur objectif : "exprimer leur dégoût de la classe politique corrompue". Et réclamer, à quelques semaines des élections anticipées, que la lumière soit faite sur le sombre et scandaleux dossier "Gorila".

Un appartement de Bratislava truffé de micros. Des rencontres secrètes entre un homme d’affaires, le ministre de l’Économie et la séduisante ex-directrice du Fonds du patrimoine national. Des téléphones placés sous écoute... Baptisé "Gorila", le dossier qui secoue actuellement la Slovaquie présente un scénario digne des meilleurs polars. Et pourrait faire tomber la plupart des élus du pays.

Ce sont surtout les retranscriptions des conversations téléphoniques, publiées récemment sur Internet, qui ont provoqué l’indignation de nombreux citoyens. On y apprend que le gouvernement en place en 2005-2006 (une coalition de droite dirigée par Mikulas Dzurinda) a passé de sombres marchés avec les responsables du puissant groupe financier Penta. Privatisation d’entreprises, pots-de-vin, blanchiment d’argent, "Gorila" souligne les liens dérangeants qui unissent l’univers des affaires et le microcosme politique slovaque.

Le dossier ne date pas d’hier. À deux reprises, les enquêteurs se sont penchés sur ces documents. Et par deux fois, ils n’ont pu en tirer aucune conclusion pertinente. Mais depuis la chute du gouvernement d’Iveta Radicova en octobre 2011 et l’annonce d’élections anticipées le 10 mars prochain, tout s’est accéléré.

Des populistes anti-européens à la tête de la Slovaquie?

Le parti de centre-droit SDKU, dont plusieurs dirigeants sont directement cités dans le dossier, devrait être lourdement sanctionné lors du scrutin. Les autres formations traditionnelles, même si elles s’efforcent de condamner ces agissements nébuleux, pourraient également être victimes de ce scandale.

Deux jeunes formations, "Liberté et Solidarité" (SaS) et "Les gens ordinaires", pourraient tirer leur épingle du jeu. Particulièrement conservatrices, leurs listes récemment constituées rassemblent des personnalités qui n’étaient pas encore entrées en politique voici sept ans. D’aucuns soupçonnent d’ailleurs le parti SaS d'être à l'origine de la divulgation sur le net du dossier Gorila.

Très à droite sur l'échiquier politique, les deux partis pourraient donc sortir vainqueurs des prochaines élections. Et comme la Hongrie voisine, la Slovaquie pourrait, dès le printemps, être dirigée par des formations populistes, aux accents anti-européens.

PIAB avec respekt.cz

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