1000 milliards pour le FESF: "Tout à fait insuffisant" selon Paul De Grauwe

Paul De Grauwe
Paul De Grauwe - © RTBF

Le risque que la Grèce sorte de la zone euro reste très présent, selon l'économiste Paul De Grauwe. Le Fonds de secours européen de stabilité financière est insuffisant et gouverné de manière très compliquée, explique-t-il à la RTBF.

Pour Paul De Grauwe, professeur d'économie internationale à la KUL, interrogé par Hervé de Ghellinck, même s’il n’y avait aucun référendum en Grèce, le risque que ce pays sorte de la zone euro est toujours présent : si le programme décidé au niveau européen, la dette devrait diminuer de façon significative, mais "cela reste quand même une dette de 120% du PIB dans un pays qui ne connaît plus de croissance. On pourra toujours se poser la question de savoir si ce pays ne fera pas défaut".

Si la Grèce quitte la zone euro, cela aura un avantage, poursuit Paul De Grauwe : "On se débarrasse d’un mauvais élève, et on pourrait espérer que tout ira mieux quand cet élève sera sorti". Mais il y a aussi des inconvénients, selon lui : "La zone euro a été conçue jusqu’à présent comme une union permanente. Si un pays la quitte, cette idée d’union permanente est détruite. Donc les marchés se demanderont qui sera le prochain pays qui suivra la Grèce. Il y a d’autres pays qui sont en difficultés aujourd’hui : le Portugal et l’Italie, par exemple".

La situation en Belgique est quand même meilleure que dans ces derniers pays, estime Paul De Grauwe : "Il semble que le problème politique pourrait être résolu, donc je crois qu’on est parmi les pays les moins en danger. Mais tout reste possible : les marchés européens sont nerveux et peuvent aussi, à un certain moment, se tourner aussi vers notre pays".

1000 milliards : "tout à fait insuffisant"

Mais Paul De Grauwe est beaucoup plus alarmiste en ce qui concerne le Fonds de secours européen de stabilité financière qui a été créé : il ne constitue pas du tout une garantie de sortir de la crise. Pour l’économiste, "le premier problème c’est le manque de ressources. Même si on l’augmente à 1000 milliards d’euros, ce qui paraît énorme, c’est tout à fait insuffisant quand on voit que la dette italienne se monte à 1900 milliards et qu’il y a aussi d’autres pays en difficultés. Annoncer un Fonds de secours de 1000 milliards, c’est aussi annoncer les limites jusqu’où on peut aller. Et donc ce Fonds de secours n’aura que très peu de crédibilité. On le voit d’ailleurs sur les marchés aujourd’hui : quand le Fonds de secours émet des obligations, il paie un taux d’intérêt nettement plus élevé que l’Allemagne. Cela montre que les marchés n’ont pas vraiment confiance".

L’autre gros problème du Fonds de secours, c’est qu’il est gouverner de manière compliquée : "Chaque pays a un droit de veto : il faudra donc l’accord de chaque pays pour chaque grande décision. A mon avis cela ne peut pas marcher : un Fonds de secours doit pouvoir agir dans des moments de crise", conclut Paul De Grauwe.

A.L. avec H. de Ghellinck

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