Doel 3: la cuve fissurée pourrait empêcher tout redémarrage

Willy De Roovere: "Je suis très sceptique"
Willy De Roovere: "Je suis très sceptique" - © msmekens/RTBF

La cuve d'un réacteur de la centrale nucléaire de Doel présente des traces qui pourraient être des fissures. Le réacteur est arrêté, un autre à Tihange va également être stoppé pour vérification. Quelles pourraient être les conséquences à long terme pour notre pays? Pollution nucléaire et/ou manque de production d'électricité sont-ils à l'ordre du jour? Willy De Roovere, Directeur de l'Agence fédérale de Contrôle nucléaire (AFCN) était l'invité de Matin première ce vendredi.

"Je suis assez sceptique pour le moment". Willy De Roovere s'exprime en ces termes lorsqu'on lui demande si la cuve du réacteur Doel 3 pourrait être réutilisée. Pour le directeur de l'AFCN, les indications constatées dans la masse de la cuve du réacteur Doel 3 peuvent bien être des fissures, comme cela avait été suggéré ces jours derniers.

Electrabel devra prouver que la cuve est réutilisable

Et à la question de savoir si ces éventuelles fissures pourraient empêcher le redémarrage du réacteur, Willy De Roovere pense que oui. "Il reste quand même la possibilité de prouver  que je me trompe", ajoute-t-il.  "L’opérateur (Electrabel- Ndlr) a toujours la possibilité de prouver (que) les indications peuvent ne pas dépasser une certaine limite, et sont acceptables." Electrabel devra donc faire ses propres contrôles, et les soumettre à l’AFCN, afin que l’agence ne passe pas à côté de paramètres qui lui sont inconnus.

L’agence, qui est censée contrôler les installations en Belgique, n’a-t-elle pas une part de responsabilité ? Pourquoi n’a-t-elle rien constaté auparavant ? Un expert international dans le domaine, Mycle Schneider, critiquait ce vendredi, dans De Morgen, les contrôles nucléaires belges. "Celui qui intervient en première ligne sur les inspections ultrasoniques (le type d’inspections des cuves des réacteurs – Ndlr), c’est un organisme qui est spécialisé dans la matière. (…) Dans le cas belge, c’est AIB Vinçotte International, aujourd’hui. Dans les années ‘70, je ne sais pas. Il faut voir qui, et comment on a agi là-dessus."

Retrouver des documents datant d’il y a 40 ans

On doit donc retrouver les documents originaux de fabrication, de tests, et de contrôle, et refaire des analyses afin d’être certain que ce sont bien des fissures, explique Willy De Roovere. Mais tout n'est pas simple, et ça prend du temps.  "La construction a été faite dans les années '70; ça fait presque 40 ans. C’est certain qu'il y a eu des contrôles depuis ce moment, et nous avons demandé, exigé de voir les dossiers de construction de cette période-là. C’est difficile, parce que la société n'existe plus."

La question de la dangerosité de ces défauts est également posée. Pour Willy De Roovere, les fissures constatées -  si c'est bien de cela dont on parle - ne seraient pas les plus problématiques parmi la "gamme" de défectuosités  possibles. "Donc, en principe, ce n'est pas dangereux. Il reste quand-même le fait qu’il y en a beaucoup; et à notre goût, il y en a un peu trop", conclut le directeur de l'AFCN.

W. F.

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