Zone euro: négociations marathon sur le plan d'aide à la Grèce

Christine Lagarde, patronne du FMI discute avec le Premier ministre grec Luca Papademos
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Christine Lagarde, patronne du FMI discute avec le Premier ministre grec Luca Papademos - © AFP

La zone euro se montrait déterminée lundi soir à obtenir un accord pour lancer le second plan d'aide à la Grèce et lui éviter la faillite. Les discussions se sont prolongées après minuit. Des discussions étaient rouvertes avec les banques pour combler un trou de plusieurs milliards d'euros. Le plan comprend une aide publique de 130 milliards d'euros et un effacement partiel de la dette détenue par les créanciers privés.

Au sein de la zone euro, plusieurs voix ont laissé entendre ces derniers jours que l'issue de la réunion serait positive mais on a l'impression que, pour les partenaires européens, plus rien de ce qui vient de Grèce n'est digne de confiance. C'est un très petit "oui" que devraient donner les pays de la zone euro, ce lundi soir, au plan d'aide de 130 milliards d'euros.

Les Européens devraient en effet approuver à contre-cœur le nouveau plan d'aide. A contrecoeur parce que certains partenaires d'Athènes ne sont toujours pas convaincus de la bonne volonté du monde politique grec. Le gouvernement grec a pourtant rempli les trois conditions nécessaires au "oui" européen.

Les principaux partis politiques grecs se sont, par écrit, engagés à tenir leurs promesses y compris après les élections d'avril. Le budget de cette année a été amputé de 325 millions d'euros, notamment en rabotant les dépenses militaires et en sabrant un peu plus encore dans les salaires. Le plan d'austérité a été adopté par le Parlement. Et enfin, la Grèce a convaincu ses créanciers privés, banques, assurances, etc, de laisser tomber la moitié de ce que leur doit le pays et de rallonger les délais de remboursement.

Mais les Européens ne le cachent plus, ils se méfient des engagements grecs. Ainsi, certaines de ces mesures devront être appliquées sur le terrain avant le déboursement du premier chèque européen. Une partie des 130 milliards d'aide pourrait être bloquée sur un compte pour garantir le remboursement de la dette. Certains ministres auraient aimé ne débloquer qu'une partie de l'aide et reporter le reste du plan à la fin du mois d'avril après les élections mais plusieurs pays ont refusé. De toute façon, les 130 milliards seront versés au fur et à mesure des besoins et pour autant que la Grèce remplisse les engagements tenus devant ses partenaires.

Le Fonds monétaire international est censé participer au plan d'aide à la Grèce mais certains journaux américains annoncent que le FMI ne veut pas aller au-delà de 13 milliards d'aides au lieu des 40 milliards espérés.

Optimisme mesuré

D'ordinaire prudent, le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a donné le "la" dès son arrivée à Bruxelles, se disant "confiant" quant au fait de trouver "une solution viable, capable de remettre la Grèce sur les rails à long terme".
Sur la même ligne, le Grec Evangélos Vénizélos s'est lui aussi dit "optimiste" sur la possibilité de trouver un accord dans la soirée.

Les ministres des Finances de la zone euro examinent si les conditions sont réunies pour allouer ce plan de sauvetage comprenant une aide publique de 130 milliards d'euros et un effacement partiel de la dette grecque détenue par des créanciers privés, à hauteur de 100 milliards d'euros.

Athènes a rempli les conditions qui lui ont été demandées par ses créanciers publics (engagements écrits des deux chefs de partis de la coalition, plan d'économies de 3,3 milliards d'euros).

Mais plusieurs questions doivent encore être réglées, alors que les principaux bailleurs de fonds de la Grèce ont mis le doigt sur un trou de plusieurs milliards d'euros.

Un rapport des bailleurs de fonds a mis en évidence que le plan de sauvetage ne permettrait pas de réduire la dette publique grecque autant que prévu, au niveau de 120% du PIB en 2020 comme l'exigent le FMI et plusieurs pays de la zone euro, dont l'Allemagne et le Luxembourg.

D'autres pays de la zone euro se montrent moins inflexibles et envisagent de ramener la dette à un niveau un peu supérieur.

Problème: l'enveloppe d'aide publique ne pourra excéder 130 milliards d'euros, a prévenu le chef de file de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker.

Parmi les options sur la table figure un nouvel effort des créanciers privés d'Athènes, qui se verraient proposer des taux inférieurs à ceux actuellement retenus pour les nouvelles obligations qu'ils vont obtenir en échange d'anciennes, selon une source gouvernementale grecque.

Négociations nocturnes

En début de soirée, le Premier ministre grec Lucas Papademos était en négociations avec les représentants des créanciers privés, selon des sources européennes. "Nous cherchons à obtenir un plan d'effacement de dette (PSI, ndlr) plus important", mais l'ampleur de l'opération dépend "d'autres facteurs", a indiqué une de ces sources.

L'opération est délicate car l'effort des banques qui ont déjà renoncé à une grande part de leurs créances grecques doit être volontaire, sous peine de déboucher sur un défaut de paiement pur et simple de la Grèce.

En outre, ce plan d'effacement de la dette doit être lancé d'ici mercredi pour éviter à la Grèce de sombrer dans la faillite d'ici le 20 mars, date à laquelle le pays doit rembourser 14,5 milliards d'euros.

Autres possibilités à l'étude: faire baisser les taux d'intérêts sur les prêts consentis par les créanciers publics dans le cadre de son premier plan de sauvetage et/ou impliquer d'une manière ou d'une autre la Banque centrale européenne (BCE) et les banques centrales nationales.

L'institut monétaire de Francfort cherche à aider le pays en contournant l'interdiction qui lui est faite de financer un Etat. Ses juristes travaillent à un mécanisme qui permette de répercuter à la Grèce les plus-values générées par l'échange des obligations grecques en sa possession.

Les regards se tournent aussi vers le FMI qui semble disposé à accorder un nouveau prêt à la Grèce, d'un montant toutefois limité.

Conviée à la réunion de l'Eurogroupe, sa directrice générale Christine Lagarde a salué à son arrivée les "efforts très importants" réalisés par la Grèce et assuré que l'institution dont elle est à la tête serait "de la partie" pour l'aider. D'après le Wall
Street Journal, la contribution du FMI serait d'environ 13 milliards d'euros, soit 10% du plan d'aide publique à la Grèce.

"Nous, Européens, attendons que (le FMI) participe à nouveau à hauteur d'un tiers" au nouveau programme, a plaidé Jörg Asmussen, l'un des directeurs de la BCE. Cette répartition était celle qui a prévalu dans le cadre du premier plan d'aide à la Grèce, au printemps 2010.

Tutelle

Autre sujet de débat: la proposition du ministre néerlandais des Finances, Jan Kees de Jager, en faveur d'une surveillance "permanente" de la Grèce par l'Union européenne et le FMI, afin de mieux contrôler l'avancée des réformes et la mise en place de mesures d'austérité.

La Haye fait partie des pays de la zone euro les plus sceptiques à l'encontre de la Grèce. Afin de les rassurer, une liste de réformes devra être lancée préalablement au versement d'une première tranche d'aide, ce qui signifie qu'elles devront être votées d'ici fin février ou début mars.

La zone euro travaille aussi à la création, réclamée par la France et l'Allemagne, d'un compte bloqué sur lequel serait versée une partie des fonds prêtés à la Grèce qui seront affectés en priorité au remboursement de la dette publique. Une idée acceptée par Athènes, mais difficile à mettre en place sur le plan technique, a indiqué la ministre autrichienne des Finances, Maria Fekter.

"Un compte spécial pourrait nécessiter du capital supplémentaire", a-t-elle fait valoir, craignant que "l'administration chargée de mettre en place le programme consume l'argent elle-même".

Steven Vanackere : "Cela doit être bouclé cette nuit"

Quel que soit le scénario, la Grèce devra fournir les efforts que les pays de la zone euro exigent d'elle, a commenté Steven Vanackere (CD&V) avant de rejoindre ses homologues européens. Le vice-premier ministre a rappelé les sondages d'opinion montrant que trois quarts des Grecs souhaitent rester dans la zone euro. Les pays partageant la monnaie unique doivent à leur tour montrer qu'ils "peuvent résoudre le problème grec de manière solidaire et responsable". L'affaire n'est toutefois pas entendue, a prévenu M. Vanackere, au vu des exigences fortes de certains pays européens à l'égard d'Athènes et des garanties que cette dernière devra fournir pour respecter ses engagements.

Le ministre des Finances a aussi dit ne "voir aucune alternative" à l'approbation par l'Union européenne du deuxième prêt d'urgence de 130 milliards d'euros à la Grèce. "Cela doit être bouclé cette nuit", a-t-il déclaré à la VRT-radio.

Il s'attend toutefois à ce que les créanciers d'Athènes s'exposent à des pertes accrues. Le grand argentier belge juge "imaginable" que les créanciers publics et privés de la Grèce soient amenés à faire davantage de concessions, notamment sur les taux d'intérêts. Ces efforts pourraient aussi toucher des banques belges bien que celles-ci se soient déjà couvertes avec l'inscription de moins-values et de provisions, a souligné Steven Vanackere.
 

Avec Anne Blanpain et Belga

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