Y a-t-il eu des chants antisémites lors de la manifestation en soutien aux Palestiniens à Bruxelles ce samedi ?

Une manifestation en soutien aux Palestiniens a rassemblé entre 3000 et 7000 personnes à Bruxelles ce samedi 15 mai. Des chants antisémites y ont été filmés et ensuite diffusés sur les réseaux sociaux. Ils sont cependant le fait d’un groupe extrêmement minoritaire d’une dizaine de personnes alors que les organisateurs du rassemblement avaient pris des mesures "pour éviter que de tels incidents ne se produisent".

L’ambassadeur d’Israël en Belgique était l’invité de Matin Première ce lundi pour évoquer en studio le conflit israélo-palestinien qui connaît actuellement une nouvelle escalade. Lors de l’interview, Emmanuel Nahshon est revenu sur un Tweet qu’il a publié suite à la manifestation de soutien au peuple palestinien organisée à Bruxelles ce samedi 15 mai.


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Dans cette publication, qui s’accompagne d’une vidéo dans laquelle des manifestants scandent des slogans en arabe près de la gare centrale de la capitale belge, il écrit : "Des cris de haine meurtrière contre mon pays et mon peuple dans les rues de Bruxelles. Et tout ça au nom de la 'liberté d’expression'".

La publication sur Twitter de l’ambassadeur d’Israël en Belgique

Pour Emmanuel Nahshon, il est clair qu’il s’agit d’un "slogan islamiste qui évoque une bataille du temps du prophète Mahomet, une bataille lors de laquelle il a exterminé une tribu juive qui s’opposait à lui".

Dans la foulée, il dénonce "un double jeu de la part des islamistes belges : il y a deux types de slogans, ceux qu’on dit en français ou en anglais pour les oreilles occidentales, et il y a ce qui se dit en arabe, moi j’en ai fait le constat, mais, à ma connaissance, il y aura une plainte qui sera déposée auprès des institutions relevantes (sic) ici en Belgique".

Michael Freilich, député fédéral à la Chambre (N-VA), était également interrogé dans l’émission de la VRT "De zevende dag" sur la question du conflit israélo-palestinien et sur le risque que le conflit s’exporte chez nous : "C’est déjà le cas, à la manifestation d’hier (ndlr : samedi) à Bruxelles il y a eu des chants de 'Khaybar Khaybar ya Yahud' […] Cela fait référence à une guerre que Mahomet (le prophète) a menée contre les juifs. Et à Anvers, le tribunal de première instance et la cour d’appel ont dit qu’il s’agissait d’antisémitisme".

Un chant contenant "une incitation à la haine et à la violence"

Le chant : "Khaybar Khaybar ya Yahud, jaysh Muhammad sawfa ya‘ud" signifie "Khaybar, Khaybar, ô Juifs, l’armée de Mahomet va revenir" et fait donc référence à la bataille de Khaybar qui a opposé, au septième siècle après JC, le prophète Mahomet et ses fidèles musulmans aux Juifs vivant dans l’oasis de Khaybar, située à 150 kilomètres de Yathrib, actuelle Médine an Arabie saoudite.

À cette époque, la ville fortifiée de Khaybar était riche et majoritairement peuplée de Juifs. Ils y pratiquaient l’artisanat et le commerce tout en fournissant du capital financier aux intermédiaires arabes. Lors de la conquête de la ville par Mahomet, les Juifs ont été massacrés et traités avec une particulière cruauté.


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La phrase chantée régulièrement lors de manifestations pro-palestiniennes a donné lieu à plusieurs décisions de justice dont une condamnation pénale, pour des faits similaires qui s’étaient déroulés à Anvers en 2014. Le tribunal correctionnel d’Anvers a estimé que le slogan, tel que cité, contient une (telle) incitation à la haine et à la violence, compte tenu de la référence symbolique à une (sanglante) bataille avec une victoire (totale) sur les Juifs et leur humiliationLa décision du tribunal correctionnel a été confirmée en mars 2019 par la cour d’appel d’Anvers.

Retour sur la manifestation de samedi

La RTBF était présente lors du rassemblement de ce samedi à Bruxelles organisé à l’initiative de l’association belgo-palestinienne. Les organisateurs avaient préalablement averti sur l’événement Facebook de la manifestation que les propos antisémites ne seraient pas tolérés et a déployé une trentaine de stewards pour encadrer le rassemblement.

Notre journaliste, Françoise Berlaimont, qui couvrait la manifestation pour la radio, confirme avoir entendu des slogans en arabe de type religieux, du style "Allah Akbar", ce qui est une exclamation assez banale parmi les musulmans. Mais elle indique n’avoir rien entendu ou en tout cas compris d’antisémite.

D’après la vidéo relayée par l’ambassade d’Israël qui dure 9 secondes et différents témoignages sur place, il apparaît que ce chant antisémite ne concerne qu’un tout petit groupe, apparemment moins de 10 personnes. Ils ont d’ailleurs lancé ces slogans de façon tellement furtive qu’ils n’ont pas été repérés au moment même.

Le journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite RésistanceS était également présent pour repérer ce genre de dérapage pendant le rassemblement. Personne, ni la police, ni les médias présents n’ont signalé le moindre incident avant que la vidéo n’apparaisse sur la toile.

L’Association belgo-palestinienne condamne les chants antisémites

Du côté de l’ABP, l’association belgo-palestinienne organisatrice du rassemblement, on a publié un communiqué pour dénoncer les chants antisémites filmés lors de la manifestation.

L’association a par ailleurs reconnu le petit groupe à l’origine de ces slogans. Grégory Mauzé, le porte-parole de l’association dénonce : "C’est un groupe qui était déjà manifesté en 2020 lors d’une précédente manifestation. Donc là aussi c’est un groupe marginal qui entonnait des chants antisémites, effectivement, qui sont absolument inacceptables dans nos rangs".

Mais cette fois-ci, les organisateurs indiquent qu’ils ne se sont pas rendu compte des chants antisémites au milieu des 7000 participants recensés : "Non, mais on en a pris connaissance après coup à travers les vidéos qui ont été diffusées donc suite à quoi on a évidemment réagi par voie de communiqué".

Le porte-parole de l’ABP ajoute, qu’entre-temps, "il nous revient qu’un de nos sympathisants d’origine palestinienne a tenté de les faire taire quand il a entendu ces chants antisémites. Mais il s’est fait menacer et insulter par ce groupe. Ce militant nous a bien certifiés qu’il reconnaissait à leur accent qu’il ne s’agissait pas d’un groupe de Palestiniens et donc vraisemblablement c’était un groupe de religieux". Il pourrait donc s’agir d’un groupe salafiste non identifié.

Co-organisation du rassemblement avec deux organisations juives

Toujours concernant la manifestation de samedi à Bruxelles, il faut savoir que deux organisations juives la co-organisaient. Leurs représentants, donc des Juifs, ont pris la parole et ont été applaudis.

Pour Grégory Mauzé, il est clair que l’antisémitisme n’a pas sa place dans ce genre d’événement : "On condamne évidemment toute forme d’antisémitisme, non seulement parce que ça donne évidemment une image déplorable de la solidarité avec la Palestine mais surtout parce que c’est quelque chose qui est absolument contradictoire avec les valeurs de notre mouvement".


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Le porte-parole ajoute que son organisation "s’efforce de ne permettre aucune récupération antisémite de la cause palestinienne". Il dénonce l’utilisation des images de ces chants antisémites lors du rassemblement qui sont, selon lui, "un incident isolé d’une de quelques dizaines de personnes tout au plus, pour discréditer l’ensemble du mouvement pour une paix juste et pour la solidarité avec les Palestiniens".

Des plaintes pourraient être déposées pour ces slogans antisémites. Il faudrait alors que l’enquête permette d’identifier leurs auteurs, dont les visages ne sont pas visibles sur la vidéo.

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