Scandale Wirecard en Allemagne: une gigantesque fraude qui cacherait une affaire d'espionnage russe ?

Wirecard
Wirecard - © CHRISTOF STACHE - AFP

Wirecard, au départ, c’est une entreprise qui vend des solutions de paiement dématérialisées. Un concurrent de PayPal ou de Western Union pour simplifier.

Puis c’est devenu le plus grand scandale de fraude financière qu’ait jamais connu l’Allemagne : deux milliards de dollars volatilisés. Un choc pour l’Allemagne, pour la bourse, et même pour le gouvernement de Berlin. Un trou immense, inimaginable sans de multiples complicités. Pas un détournement de fonds à la petite semaine d’un comptable de province… Non, une fraude massive suivie de démissions, d’arrestations de responsables et d’un inévitable dépôt de bilan.

Aujourd’hui, Wirecard est en train de devenir un dossier d’espionnage digne de James Bond : l’homme au centre du scandale est l’ancien directeur général adjoint Jan Marsalek, un Autrichien, et il a disparu. On l’a cru aux Philippines, peut-être en Chine, des fausses pistes adroitement tracées, mais finalement le suspect semblerait être du côté de la… Russie. Et les soupçons de liens avec les services secrets russes s’accumulent.

Retour sur les prémices d’un scandale

Dès octobre 2019, le Financial Times avertit : Wirecard gonfle artificiellement ses comptes. L’entreprise réplique en poursuivant le journal. Mais en juin dernier, après un audit de KPMG, il faut bien se rendre à l’évidence : les finances de Wirecard montrent un trou béant de 1,9 milliard d’euros et c’est le dépôt de bilan.

Le gendarme des comptes en Allemagne a-t-il fait son boulot ? Le ministre des Finances Olaf Scholz est à son tour mis sur la sellette. Il s’expliquera le 29 juillet au Bundestag. Le ministre de l’Économie, Peter Altmaier, aussi. C’est tout le gouvernement qui est éclaboussé : l’hebdomadaire Der Spiegel dévoile même qu’Angela Merkel a plaidé en septembre 2019 la cause de Wirecard pendant une visite à Pékin.

Mon nom est Marsalek, Jan Marsalek

Mais c’est sur la personnalité de Jan Marsalek que se focalisent à présent tous les regards. Disparu depuis la mi-juin, le quadragénaire avait annoncé le 18 juin qu’il partait pour les Philippines afin de trouver l’argent manquant "pour laver son nom". Mais les documents de vols attestant de ce voyage sont des faux…

Et le journal financier Handelsblatt a révélé sur bases de sources diplomatiques qu’il était caché à Moscou "sous la surveillance des services secrets militaires russes du GRU". Selon Der Spiegel, il aurait fui l’Allemagne en jet privé via la Biélorussie. Un mandat international a été émis contre lui, mais il semble bien difficile de mettre la main sur lui.

L’homme a des atomes crochus avec la Russie : plus de 60 voyages en 5 ans, avec une dizaine de passeports différents, dont sans doute une bonne part achetés au marché noir. Le FSB, successeur du KGB, avait fait son boulot en le suivant. Pour le recruter ou pour le surveiller ? Peut-être les deux, à moins que Marsalek soit déjà au service d’un service concurrent, le GRU, les renseignements militaires, avance le site d’investigation Bellingcat, en partenariat avec le magazine allemand Der Spiegel et le site russe The Insider.

Et à présent ? Jan Marsalek est-il caché par un service russe ? Lui a-t-il communiqué des infos sur les clients sensibles de Wirecard ?

Le Financial Times a aussi creusé son passé et découvert ses contacts avec le GRU. Comme avec ce projet "humanitaire" en Libye que l’Autrichien a voulu monter en 2018 : recruter 15.000 miliciens libyens pour "sécuriser" le pays ravagé par la guerre et attirer les investisseurs. Avec l’aide d’un barbouze russe, le "colonel" Andreï Chuprygin, qui a longtemps servi au Moyen-Orient.

Autre révélation, cette fois de la Süddeutsche Zeitung : Marsalek se vantait de connaître les petits secrets des services russes. A un ancien collègue, il montre des documents secrets comme la recette du Novichok, le terrible poison responsable de la mort de l’agent double Sergeï Skripal à Salisbury.

Et enfin, les autorités autrichiennes soupçonnent leur ressortissant d’avoir été un informateur pour le mouvement d’extrême droite russe Parti de la liberté, soutien de Vladimir Poutine.

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