" Wir Schaffen das !": il y a 5 ans Angela Merkel ouvrait les frontières de l'Allemagne à des milliers de migrants

Un demandeur d'asile prend un selfie avec la chancelière allemande, Angela Merkel,  à la suite de sa visite dans une succursale de l'Office fédéral des migrations et des réfugiés et dans un camp de demandeurs d'asile à Berlin le 10 septembre 2015
4 images
Un demandeur d'asile prend un selfie avec la chancelière allemande, Angela Merkel, à la suite de sa visite dans une succursale de l'Office fédéral des migrations et des réfugiés et dans un camp de demandeurs d'asile à Berlin le 10 septembre 2015 - © BERND VON JUTRCZENKA - AFP

Le 31 août 2015, la chancelière Angela Merkel annonçait l’ouverture des portes de l’Allemagne aux réfugiés qui tentaient de rejoindre par milliers l’Europe via la route des Balkans. Lors de sa conférence de presse, la dirigeante allemande avait assuré : "Wir schaffen das", "Nous y arriverons !", trois mots pour encourager la population allemande à faire face au défi de l’intégration de ce flux de migrants, qui ont marqué l’histoire européenne et celle de son pays.

Des milliers de bénévoles allemands

La décision d’Angela Merkel d’ouvrir grand les portes de l’Allemagne aux réfugiés à la fin de l’été 2015 a bouleversé la vie de Gracia Schütte à tout jamais.

"Avant la crise, j’étais une Munichoise typique, mon vernis à ongles devait s’accorder avec mon sac à main et le sac à main s’accorder aux chaussures ! Cela a complètement changé, pour moi l’important dans la vie, c’est la gratitude, et le fait de savoir que la vie en Allemagne, malgré tout ce qu’il se passe, est encore très belle… C’est un pays sûr, contrairement à beaucoup d’autres.", explique la bénévole de 36 ans.

En août 2015, elle vient avec des milliers d’autres bénévoles, touchés par le désarroi des réfugiés, servir des louches de soupe à des familles exténuées en gare de Munich. Gracia Schütte assure avoir redéfini les valeurs fondamentales de sa vie. La jeune femme, qui travaille dans les services administratifs d’une crèche, n’a plus cessé de s’engager en faveur des réfugiés depuis au point d’héberger trois jeunes, dont l’un vit toujours chez elle.

1,1 million de migrants en 2015

Le 23 septembre 2015, Aeham Ahmad, un pianiste syrien d’origine palestinienne qui un mois plus tôt avait quitté Yarmouk, un vaste quartier au sud de Damas assiégé par l’organisation Etat islamique (EI), arrive à Munich. Il se souvient de "l’extrême gentillesse" dont faisaient preuve les bénévoles comme Gracia Schütte, "cette communauté de gens qui disaient 'nous devons aider'".

Le musicien de 32 ans, que l’Agence France-Presse avait suivi pas à pas, via internet, sur la route de l’exil puis durant sa première année en Allemagne, parcourt désormais l’Europe et voyage jusqu’au Japon pour donner des concerts.

"Après mon arrivée à Munich, on m’a envoyé dans plusieurs centres d’accueil d’urgence puis à Wiesbaden" se souvient Aeham. On lui attribue ensuite une chambre avec son oncle dans un foyer de demandeurs d’asile.

Son statut de réfugié obtenu, Aeham Ahmad a pu, un an plus tard, faire venir sa femme et ses enfants. La famille a déménagé pour Warburg, dans le centre du pays. Et, elle s’est agrandie avec la naissance d’une petite fille il y a sept mois.

Cinq ans plus tard : l’Allemagne a-t-elle réussi ?

Cinq ans après, le bilan de la politique migratoire allemande est jugé globalement encourageant par les experts. Fin 2018, 49% des nouveaux venus en provenance de Syrie, d’Irak ou d’Afghanistan, avaient un emploi, indique Herbert Brücker, spécialiste des questions migratoires au sein de l’Institut de recherche sur le marché de l’emploi (IAB).

Ils travaillent en particulier dans les domaines de la gastronomie, des services de sécurité ou de santé, notamment dans les maisons de retraite, où l’Allemagne, pays à la population vieillissante, manque cruellement de personnel.

L’intégration est "un vrai succès", l’Institut de recherche sur le marché de l’emploi, même si l’actuelle crise du nouveau coronavirus a brutalement freiné cette tendance positive.

Dans une récente étude, l’Institut économique berlinois (DIW) tire lui aussi un bilan globalement positif, mais avec plusieurs bémols. Il regrette ainsi que les femmes, qui doivent souvent s’occuper d’enfants en bas âge, et les migrants à faible qualification, restent encore largement sur la touche.

Montée de l’extrême droite

La décision d’Angela Merkel a divisé l’Union européenne (les pays membres craignaient un " appel d’air"), mais aussi son pays. L’arrivée de centaines de millions de migrants a fini par susciter une réaction de rejet dans une partie de la population allemande, suite en particulier à une série de faits divers criminels, où des demandeurs d’asile étaient impliqués.

Elle a contribué à la montée de l’extrême droite dans le pays, qui a attisé les peurs envers ces migrants, en grande majorité de confession musulmane.

"Si les Allemands se montrent globalement moins inquiets face à la migration, les craintes des migrants face au racisme ont-elles augmenté", note l’Institut économique berlinois.

La chancelière" ne regrette rien !"

Même si elle a nourri la montée de l’extrême droite dans le pays, Angela Merkel assurait vendredi dernier qu’elle ne regrettait pas sa décision.

Elle a invoqué le devoir humanitaire envers les milliers de Syriens, Irakiens ou Afghans fuyant alors la guerre, les persécutions ou la misère. "C’est ma conviction", a-t-elle martelé.

Après quinze ans de pouvoir, et alors qu’elle va passer le relais l’an prochain à la chancellerie, la dirigeante de 66 ans tient aujourd’hui sa revanche. Elle recueille un record de 71% d’opinions favorables ou très favorables, selon un récent sondage Infratest dimap.

Elle doit ce retour en grâce à sa gestion "souveraine" de la crise du nouveau coronavirus, estime le professeur en théorie politique de l’Université de Dresde Hans Vorländer, dans un entretien avec l’AFP.
 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK