Vous n'avez rien suivi aux négociations sur le Brexit ? Voici le résumé des 12 derniers mois

Tout s’était terminé par des chansons, des cris et des discours enflammés le 31 janvier 2020 à Londres. Ce jour-là, les "Leavers", partisans d’une sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, fêtaient le début d’une nouvelle ère. Depuis le 1er février, l’accord de retrait entre le Royaume-Uni et l’UE est entré en vigueur. Restait à négocier les conditions du divorce.

Presque 12 mois plus tard, où en est-on ? A mesure que les jours passent, la perspective d’un "no deal", une sortie de l’Union sans accord, se fait de plus en plus concrète. Le Premier ministre britannique Boris Johnson a prévenu ce dimanche qu’un échec des négociations commerciales post-Brexit avec l’Union européenne restait le scénario le "plus probable" malgré la décision du Royaume-Uni et de l’UE de poursuivre leurs discussions.

Sans accord commercial, les échanges avec l’UE se feront selon les seules règles de l’OMC, synonymes de droits de douane ou de quotas, au risque d’un nouveau choc pour des économies déjà fragilisées par le coronavirus.


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Chapitre 1 : 2 mars 2020, reprise des négociations

Début mars, de nombreux pays hésitent encore sur la meilleure attitude à adopter face au coronavirus. Les négociations entre l’UE et le Royaume-Uni reprennent.

Un premier round de discussions débute le 2 mars, par une rencontre entre Michel Barnier, le négociateur de l’UE, et son homologue britannique, David Frost. Une centaine de négociateurs de chaque côté ont discuté à Bruxelles autour d’une dizaine de tables de négociations thématiques.

Le 5 mars, Michel Barnier s’inquiète de "sérieuses divergences" avec le Royaume-Uni sur la future relation post-Brexit. "Pour être tout à fait franc, il y a beaucoup de divergence et des divergences très sérieuses", déclare-t-il.

Chacun campe sur ses positions : fin février, le gouvernement de Boris Johnson avait déjà menacé de claquer la porte dès l’été si les discussions s’enlisaient. L’UE, elle espère conclure "un partenariat ambitieux", mais n’est pas prête à brader l’accès de son marché de 440 millions de consommateurs, avertissant qu’elle ne conclura pas d’accord à "n’importe quel prix".

Chapitre 2 : 16 mars 2020, un rendez-vous annulé à cause du Coronavirus

Dans les jours qui suivent, le monde entier est davantage préoccupé par une autre menace : l'épidémie de Coronavirus. Les premiers confinements s'organisent, la saturation des hôpitaux est au cœur des discussions, les frontières se ferment

Le 19 mars, Michel Barnier annonce qu'il a été testé positif au Covid-19. Quelques jours plus tôt, un round de négociations entre les deux parties avaient de toute façon déjà été annulé à cause de la pandémie.

Chapitre 3 : 20 avril 2020, reprise des discussions

Le couple en plein divorce se retrouve à nouveau, mais par vidéoconférence cette fois. "Nous avons besoin de progrès réels dans les négociations d’ici juin. Nous devons avancer dans tous les domaines", écrit sur Twitter Michel Barnier.

Le contenu de certaines discussions reste mystérieux, à la demande des Britanniques. "Le Royaume-Uni nous a également envoyé des propositions de texte sur certains sujets. Je regrette que nous ne puissions pas partager ces textes avec vous. Pas même avec les Etats membres et le Parlement européen, mais je respecte évidemment la demande britannique de confidentialité", déclare le négociateur en chef au terme de ce deuxième round de discussions.

Chapitre 4 : 15 juin 2020, "a tiger in the tank" vs. "a pig in a poke"

L'objectif d'obtenir des avancées d'ici au mois de juin s'est éloigné peu à peu. Si chacun espère toujours éviter le no-deal, force est de constater, comme l'affirme une "source européenne" citée par l'Agence France-Presse, que les négociations sont une fois de plus "dans un cul-de-sac".

Pourtant, Boris Johnson voulait depuis longtemps mettre "un tigre dans le moteur" (c'était en... octobre 2017). Charles Michel, président du Conseil européen, choisit aussi la métaphore animale - en anglais dans le texte - pour affirmer que l'Union n'achètera pas "a pig in a poke" (soit, en français, "un chat dans un sac").

Chapitre 5 : 30 juin 2020, on prend les mêmes et on recommence

Britanniques et Européens affichent un optimisme prudent au moment d’entamer fin juin cinq semaines d’intenses négociations. Le Premier ministre britannique Boris Johnson souhaite être fixé dès juillet sur la possibilité d’un compromis. "Plus vite nous parviendrons à un accord, mieux ce sera. Il n’y a aucune raison pour que les grandes lignes d’un accord politique ne puissent pas être définies au cours de l’été", insiste un responsable britannique.

Cette perspective ambitieuse a cependant été aussitôt repoussée par les Européens, alors concentrés sur leur plan de relance post-coronavirus. Pour les Vingt-Sept, c’est le mois d’octobre qui constituera un véritable "moment de vérité" du Brexit.


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Chapitre 6 : 21 août, de l’est à l’ouest, rien de nouveau

Juin n’a rien donné, juillet non plus. Le 21 août le Royaume-Uni et l’UE se sont rejeté mutuellement la faute du manque de progrès pour trouver un accord sur leur relation post-Brexit. Les Européens pointent "une perte de temps précieux" tandis que les Britanniques les accusent de rendre les négociations "inutilement difficiles".

"A ce stade, un accord avec le Royaume-Uni et l’Union européenne semble peu vraisemblable. Je ne comprends tout simplement pas pourquoi nous gâchons un temps précieux", a lancé le négociateur européen Michel Barnier, à l’issue de la 7e séance de négociations, se disant "déçu et préoccupé".

Son homologue britannique David Frost a reproché aux Européens de "rendre inutilement difficiles" ces discussions en voulant imposer à Londres "une continuité" des mêmes règles sur les aides d’Etat, qui font partie des conditions de concurrence, et la pêche, deux points durs des discussions, avant d’avancer sur les autres sujets de l’accord.

Chapitre 7 : 6 septembre, la Grande-Bretagne tente de la faire à l’envers

Début septembre, c’est l’heure de la rentrée des classes aussi pour les négociateurs. Mais pas dans une ambiance détendue. Le ton monte le 6 septembre, à la veille de la reprise de négociations. Boris Johnson menace de claquer la porte mi-octobre.

"L’UE a été très claire au sujet du calendrier. Moi aussi. Il doit y avoir un accord avec nos amis européens d’ici au Conseil européen le 15 octobre pour qu’il entre en vigueur d’ici à la fin de l’année", souligne Boris Johnson.

Selon le Financial Times, les Britanniques se préparent même à revenir sur certains engagements passés. Le journal révèle que le gouvernement britannique compte quelques jours plus tard proposer un texte de loi qui "éliminerait" la portée juridique de certaines parties de l’accord encadrant la sortie de l’UE le 31 janvier dernier, dont les règlementations douanières en Irlande du Nord.


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Les dispositions en question prévoient le maintien de certaines règles de l’UE dans la province britannique afin de garantir l’absence de frontière physique et éviter la résurgence de tensions dans cette région, ensanglantée par trois décennies de "Troubles".

Une porte-parole du gouvernement britannique déclare alors que celui-ci travaillait à "protéger la place de l’Irlande du Nord dans notre Royaume-Uni". Réponse de Michel Barnier : "Tout ce qui a été signé dans le passé doit être respecté. C’est le gage de la confiance pour l’avenir".

Début octobre, la Commission surenchérit en lançant la première étape d’une procédure en infraction contre le Royaume-Uni, à qui elle reproche de ne pas respecter les termes de l’accord de retrait de 2019.

Chapitre 8 : 16 octobre 2020, non, vraiment, on n’est pas d’accord

Un accord, tout le monde en veut un, mais personne ne veut le même. Mi-octobre, Européens et Britanniques doivent se retrouver peu après un Conseil européen. Celui-ci constate que "les progrès réalisés sur les questions essentielles présentant un intérêt pour l’Union [ne sont] toujours pas suffisants".

Le gouvernement britannique estime pour sa part que la balle était "dans le camp" des Européens. "J’espère toujours que nous aurons un accord", déclare le ministre d’Etat Michael Gove sur la chaîne Sky News. "Je veux un accord, j’ai très envie d’y parvenir mais pour cela, il faut que les deux parties fassent des compromis. Ce n’est pas ce que l’UE fait en ce moment", ajoute-t-il, estimant que les Européens ne semblaient pas "sérieux" dans leur volonté d’aboutir.


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Trois semaines plus tard, le 7 novembre, les deux parties font toujours état de "grandes divergences", même si "quelques avancées ont été faites" selon la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Constat similaire du côté de Downing Street : "D’importantes divergences subsistent dans un certain nombre de dossiers, y compris la pêche et le soi-disant cadre non faussé de concurrence".

Chapitre 9 : 30 novembre, ça sent de plus en plus le roussi

Le 13 novembre, Dominic Cummings, artisan du Brexit, quitte son poste de conseiller de Boris Johnson. Deux semaines plus tard, Michel Barnier lance cet avertissement : "On n’est pas loin du moment Take it or leave it" (à prendre ou à laisser).


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De part et d’autre de la Manche, on se parle, certes, mais on ne s’entend toujours pas. L’idée de poursuivre les négociations en 2021 fait malgré tout son chemin. L’eurodéputée centriste française Nathalie Loiseau (Renew) évoque cette idée : "S’ils ne peuvent pas bouger, pourquoi ne pas considérer qu’on se reverra plus tard l’année prochaine. Barnier essaye de faire un bon accord. Si les esprits ne sont pas prêts à ça en décembre 2020, revoyons-nous l’an prochain."

Chapitre 10 : il y a urgence

En cette fin d'année 2020, il y a encore des intervenants du dossiers qui espèrent aboutir. "Nous sommes à la fin d’un marathon, probablement au-delà du km 40 [sur 42,2 km, NDLR]. Mais il y a encore du chemin à parcourir", veut croire Stefaan de Rynck, conseiller de Michel Barnier, le 3 décembre.

Si les deux parties sont selon lui "engagées à trouver" un compromis, elles peinent à avancer toujours sur les trois mêmes points : l’accès des pêcheurs européens aux eaux britanniques, les garanties réclamées à Londres en matière de concurrence et la manière de régler les différends dans le futur accord.

Le 12 décembre, Boris Johnson campe sur ses positions et juge "très probable" que les négociations échouent. Même pessimisme chez Ursula von der Leyen, qui déclare que les espoirs d'un accord sont "faibles", ont confié à l'AFP plusieurs participants. L'Allemagne, qui assure la présidence tournante de l'UE, et Dublin, en première ligne sur le front du Brexit, jugent qu'un accord reste "possible".

Ce dimanche 13 décembre, le Premier ministre britannique entrouvre une porte sans laisser l'espoir qu'il y croit vraiment. "J'ai peur que nous soyons encore très éloignés sur certains points-clés, mais là où il y a de la vie, il y a de l'espoir. Les gens s'attendent à ce que nous fassions un effort supplémentaire. Nous allons continuer d'essayer et nous allons essayer de tout notre cœur et nous serons aussi créatifs que possible", a déclaré Boris Johnson.

L'Union européenne et le Royaume-Uni accompliront-ils en une poignée de jours ce qu'ils ont peiné à faire ces derniers mois ? La Saga devrait se poursuivre encore quelques jours mais quoiqu'il arrive la date butoir est fixée au 31 décembre 2020. 

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