Vous n'avez pas tout compris à l'affaire Sarkozy et au financement libyen? On fait le point

Nicolas Sarkozy a passé 25 heures en garde à vue.
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Nicolas Sarkozy a passé 25 heures en garde à vue. - © GABRIEL BOUYS - AFP

"D'abord, je veux dire la profondeur de mon indignation." Nicolas Sarkozy était jeudi soir sur le plateau du journal de TF1. Après avoir passé 25 heures en garde à vue, l'ancien président a tenu à se défendre publiquement afin de prouver sa bonne foi aux Français à qui il estime devoir "la vérité". Retour sur une affaire digne d'une pièce de théâtre dont le final risque de faire grand bruit. 

Si Nicolas Sarkozy n'a que récemment été mis en examen, les soupçons de financement par la Libye de sa campagne électorale en 2007 pèsent sur l'ancien président depuis quelques années déjà. Désormais, l'homme est officiellement dans le collimateur de la justice française. En plus d'avoir l'interdiction de se rendre dans certains pays (Libye, Afrique du Sud, Egypte et Tunisie), Nicolas Sarkozy s'est également vu obligé de couper les ponts avec d'autres politiciens français éclaboussés par l'affaire. Neuf personnes au total, dont Claude Guéant ou Brice Hortefeux. Hommes qu'il considère pourtant comme des proches. 

Acte 1: Sarkozy et ses amis vont en Libye

Alors que l'Union européenne a levé l'embargo sur les livraisons d'armes à la Libye un an plus tôt, Nicolas Sarkozy, Claude Guéant et Brice Hortefeux se rendent à Tripoli en 2005. À cette époque, Sarkozy est ministre de l'Intérieur. Ces visites sont organisées par Ziad Takieddine, qui se révélera être un personnage clé de l'affaire. Celui-là même qui est également soupçonné d'avoir joué un rôle dans l'affaire du financement de la campagne électorale d'Edouard Balladur en 1995. Lors de ce voyage, la France et la Libye négocient plusieurs contrats militaires.

Acte 2: Mouammar Kadhafi est reçu à l'Elysée 

2007. Nicolas Sarkozy est président de la République depuis six mois. Dans l'optique du processus de réintégration de la Libye dans la communauté internationale, Mouammar Kadhafi est invité à l'Elysée. Une visite de cinq jours qui fera couler beaucoup d'encre vu qu'elle sera mal reçue par une partie du monde politique. Fait peu étonnant quand on connait la réputation de celui qui fut le dirigeant de la République arabe libyenne pendant 40 ans.

Une rencontre que Nicolas Sarkozy et son Premier ministre de l'époque, François Fillon, tenteront de justifier à maintes reprises par la nécessité de réintégrer la Libye dans la communauté internationale.

Rien n'y fait, la gauche s'insurge et la secrétaire d'État aux Droits de l'Homme Rama Yade, se dira même "dérangée" par la présence de Kadhafi sur le territoire français. Elle confiera même ceci au Monde"Le colonel Kadhafi doit comprendre que notre pays n'est pas un paillasson sur lequel un dirigeant, terroriste ou non, peut venir s'essuyer les pieds du sang de ses forfaits. La France ne doit pas recevoir ce baiser de la mort".

Acte 3: un financement libyen illégal de 50 millions d'euros? 

Ziad Takieddine, l'organisateur des rendez-vous entre Sarkozy et Kadhafi, est arrêté en 2011 à l'aéroport du Bourget alors qu'il rentre de Tripoli. En sa possession, une valise remplie de quelques billets. Montant total : 1,5 million d'euros. Il faudra attendre un an de plus pour que l'information judiciaire soit ouverte et que le juge français Renaud Van Ruymbeke soit autorisé à enquêter sur les liens financiers entre la Libye et la France.

Le marchand d'armes franco-libanais, Ziad Takieddine, est au centre de l'information. Très vite, il déclare avoir été lâché par Sarkozy et Guéant qui lui ont préféré un autre intermédiaire et se venge en évoquant le financement libyen frauduleux. 

Ni une ni deux, Mediapart révèle, en 2012, une note signée de la main de Moussa Koussa, l'ex-chef des services de renseignements extérieurs de la Libye. Celle-ci fait état d'un accord passé lors d'une réunion en octobre 2006 entre Brice Hortefeux et Ziad Takieddine concernant "un soutien à la campagne électorale du candidat aux élections présidentielles de Monsieur Nicolas Sarkozy pour un montant de 50 millions d'euros". L'affaire prend une toute autre tournure. Nicolas Sarkozy nie en bloc. 

Acte 4: j'accuse, tu accuses, Nicolas Sarkozy accuse

Avril 2013. La justice française ouvre une information judiciaire contre X suite aux révélations de Takieddine et de Mediapart. Trafic d'influence, faux et usage de faux, abus de biens sociaux et blanchiment, complicité et recel de ces délits. Rien que ça. L'étau se resserre autour de Nicolas Sarkozy qui porte plainte pour faux contre Mediapart.

Les juges tranchent et la balance penche en faveur du média français. Un non-lieu est rendu puisque, aux yeux de la justice, rien ne prouve que le document publié par Mediapart n'est pas authentique. La note signée par Moussa Koussa a toutes les caractéristiques pour être considérée comme étant un document officiel. 

Mais la découverte de documents suspects ne s'arrête pas là puisqu'en septembre 2016 la justice obtient le carnet d'un ancien ministre du Pétrole sous Mouammar Kadhafi, Choukri Ghanem. Dans celui-ci figure une série de versements exécutés par la Libye au profit de l'ancien président français. Quelque 6,5 millions d'euros auraient été versés durant sa première campagne électorale. Une information une nouvelle fois révélée par un site d'information que Nicolas Sarkozy ne porte bel et bien plus dans son cœur : Mediapart. 

En avril 2011, Choukri Ghanem est retrouvé mort dans le Danube. Il aurait été noyé.

Acte 5: le coup de grâce de Ziad Takieddine

Dans un entretien filmé par Mediapart (encore et toujours), Ziad Takieddine en rajoute une couche et enfonce un peu plus Nicolas Sarkozy. "C'est une valise comme ça. Ça s'ouvre comme ça. Et l'argent est dedans." L'homme d'affaire explique avoir remis en mains propres plusieurs valises contenant quelques millions d'euros de la part du régime libyen à Nicolas Sarkozy et Claude Guéant, directeur du cabinet de l'ancien ministre de l'Intérieur, en janvier 2007.

Des déclarations que l'ancien président de la République ne cessera, jusqu'à aujourd'hui, de nier et de rejeter avec véhémence. Dans une lettre publiée dans le Figaro du jeudi 22 mars, Nicolas Sarkozy se défend et contre-attaque. "Comment peut-on dire que j'ai favorisé les intérêts de l'État libyen ?" clame-t-il.

Après deux jours d'interrogatoire, les juges décident de la mise en examen de Nicolas Sarkozy. Trois chefs d'inculpation sont retenus contre lui : corruption passive, financement illégal de campagne électorale et recel de détournement de fonds publics. Si l'ancien président reste en liberté, il est également placé sous contrôle judiciaire. 

"Les faits remontent à 10 ans. L'enquête a commencé il y a 5 ans. Je dois avoir dépassé les 150 heures de garde à vue, je ne me suis jamais soustrait aux demandes de la justice. Qu'est ce qui pourrait justifier la mise en garde à vue ? Je ne suis pas au dessus des lois, mais je ne suis pas en dessous non plus", exprimait-t-il au micro de Gilles Bouleau jeudi soir. 

Si les doutes planent toujours au-dessus de sa tête, Nicolas Sarkozy ne cesse de clamer son innocence et d'exprimer son indignation. Jusqu'à la prochaine révélation ?

Nicolas Sarkozy s'exprime sur le plateau de TF1 au JT du 23/03

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