Vol MH17: les Européens discutent de nouvelles sanctions contre Moscou

Les Européens discutent d'un renforcement des sanctions contre la Russie lors d'un Conseil des Affaires étrangères
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Les Européens discutent d'un renforcement des sanctions contre la Russie lors d'un Conseil des Affaires étrangères - © THIERRY CHARLIER

Les Européens débattent ce mardi d'un renforcement des sanctions contre Moscou et la pression monte sur la France pour arrêter la vente de navires militaires français Mistral à la Russie, qui a assuré qu'elle ferait pression sur les rebelles pour faciliter l'enquête. Les débats interviennent alors qu'un impact sur une pièce de l'épave du Boeing indique que l'appareil a été touché par une roquette. Le Premier ministre australien a déclaré que le site du crash a été altéré "à une échelle industrielle", évoquant "une tentative de maquiller les preuves".

"Il est temps d'arrêter la 'mistralisation' de la politique européenne", a lancé sur son compte Twitter la présidente lituanienne, Dalia Grybauskaité, toujours à la pointe du combat pour dénoncer l'attitude de la Russie et demander une action plus déterminée des Européens. "L'Europe doit oser se montrer unie face au terrorisme", a ajouté la présidente de cette ex-république soviétique.

"Le moment est venu de décréter un embargo sur les armes et de se réveiller un peu", a renchéri son ministre des Affaires étrangères, Linas Linkevicius, en arrivant à une réunion avec ses homologues européens à Bruxelles. "Livrer des armes à la Russie est une position difficile à défendre", a taclé le Suédois Carl Bildt.

"Nous devons envoyer un message clair", a enfin lancé le nouveau ministre britannique, Philip Hammond. "Nous devrions envisager une interdiction de toutes les ventes d'équipement militaire, des navires, différents types de technologie, cela doit cesser".

Les ministres européens des Affaires étrangères se rassemblent en Conseil ce mardi dès 15h30 pour discuter de la façon dont ils vont réagir, et des éventuelles sanctions.

Juste avant le début de ce Conseil, Vladimir Poutine a assuré que Moscou ferait tout son possible, y compris user de son influence auprès des séparatistes, pour aider à l'enquête sur le crash du Boeing malaisien dans l'est de l'Ukraine.

Laurent Fabius: silence radio sur l'Ukraine

Le ministre français Laurent Fabius a fait une déclaration sur la situation au Proche-Orient et l'offensive israélienne à Gaza, appelant à un cessez-le-feu "immédiat" en affirmant que "rien ne peut justifier la poursuite des massacres". Il ne s'est en revanche pas exprimé sur l'Ukraine.

Lundi, le Premier ministre britannique David Cameron avait pourtant appelé l'UE à adopter des sanctions économiques d'envergure, dites de "phase 3", contre la Russie, et à cesser toute vente d'armes à ce pays, en pointant spécifiquement celles de la France.

"Franchement, il serait impensable de mener à bien une commande comme celle qu'ont les Français, mais nous devons mettre la pression sur tous nos partenaires pour dire que nous ne pouvons pas continuer à faire des affaires comme si de rien n'était avec un pays", avait-il martelé.

"Actions plus déterminées"

Le contrat des deux Mistral, conclu en 2011 pour un montant de 1,2 milliard d'euros, est dans le collimateur depuis le début de la crise en Ukraine. Le président Barack Obama avait lui aussi exprimé son "inquiétude" au mois de juin.

Mais le crash du Boeing de la Malaysian Airlines, qui est imputé aux séparatistes pro-russes de l'est de l'Ukraine, a accru la pression sur Paris.

La livraison du premier Mistral, le "Vladivostok", est prévue à l'automne. Lundi soir, le président François Hollande a affirmé qu'elle aurait bien lieu, en soulignant que la Russie avait "payé". Mais il a affirmé que la livraison du second, le "Sébastopol", "dépendra de l’attitude" de Moscou dans le conflit ukrainien.

Début juin, Vladimir Poutine avait mis la France en garde contre une annulation du contrat, en soulignant que Moscou exigerait alors des dédommagements, et que cela pourrait mettre en danger l'ensemble de la coopération militaire entre les deux pays.

Depuis, la France a assuré qu'elle remplirait le contrat et 400 marins russes sont arrivés en France pour se former.

La phase 3 des sanctions comporte des mesures susceptibles d'affecter gravement l'économie russe: outre les ventes d'armes susceptibles d'affecter les Mistral, elles pourraient toucher également les activités financières des oligarques russes à la City de Londres et les entreprises allemandes très implantées en Russie.

Les ministres étaient censés débattre mardi de la mise en œuvre de la décision prise la semaine dernière par les chefs d'Etat et de gouvernement d'allonger la liste des personnalités et des entités russes soutenant les séparatistes et visés par des gels de leurs avoirs.

Cette position de principe avait été prise juste avant le crash de l'avion malaisien. "Nous restons prêts à aider à la désescalade de la situation" en Ukraine "avec des mesures politiques et diplomatiques", a déclaré mardi le ministre allemand Frank-Walter Steinmeier. "Mais il va être nécessaire de compléter cela avec une pression plus forte, ce qui signifie des actions plus déterminées".

Des impacts de roquette sur l'épave

Un expert cité par le quotidien new-yorkais estime impossible de déterminer précisément le type de roquette utilisée sur base de photographies, mais les dégâts sont, selon lui, comparables à ceux causés par des têtes nucléaires à fragmentation tiré par un système de lancement de roquettes SA-11.

Tant les Ukrainiens que les Russes disposent de ce système de lancement indiquent les experts américains.

Le système SA-11 peut envoyer des missiles qui explosent à proximité d'un avion volant à haute altitude et provoque un nuage d'éclats qui touche l'appareil à plusieurs endroits. Les photos des débris montrent des trous de taille similaire, ce qui ne correspond pas à l'explosion d'un moteur d'avion, concluent les experts.

Le site altéré, "une tentative de maquiller les preuves"

Le Premier ministre australien a affirmé que le site du crash a été altéré "à une échelle industrielle", évoquant "une tentative de maquiller les preuves".

"Il reste un très très long chemin à parcourir", a déclaré devant la presse Tony Abbott, à propos du rapatriement des corps des 28 Australiens tués dans le crash et des efforts pour déférer devant la justice les responsables du tir du missile qui a vraisemblablement abattu l'appareil. "Ce que nous avons là, ce sont des indices altérés à une échelle industrielle. Cela doit cesser", a-t-il dit.

Les lieux de la catastrophe "ont été piétinés depuis le tout début et nous n'avons pas vu seulement toute sorte d'individus traîner et ramasser des débris, nous avons vu aussi des équipements lourds venir sur les lieux", a déclaré le chef du gouvernement australien, qui avait qualifié ce week-end le site du crash de "totalement chaotique". "Les dernières images font penser à un site de démolition. Et c'est inacceptable", a-t-il renchéri mardi.

Les boîtes noires décryptées en Grande-Bretagne

Dans la nuit de lundi à mardi, les rebelles pro-russes ont remis à une délégation malaisienne les deux boîtes noires de l'avion de ligne, dont les enregistrements seront décryptés en Grande-Bretagne.

Les boîtes noires sont au nombre de deux sur un avion de ligne: le DFDR (digital flight data recorder), qui enregistre tous les paramètres de vol (vitesse, altitude, etc.) et le CVR (cockpit voice recorder), l'enregistreur de vol phonique, comprenant les conversations ainsi que les sons et annonces entendus dans le poste de pilotage.

Il est cependant peu probable qu'elles puissent fournir des renseignements permettant d'identifier l'origine du tir.

Le train transportant les corps est arrivé à Kharkiv

Le train réfrigéré transportant les corps des passagers est arrivé mardi peu avant midi à Kharkiv, ville contrôlée par le gouvernement de Kiev.

Selon un chef rebelle, 282 corps sur 298 occupants de l'avion malaisien ont été retrouvés, ainsi que de nombreux fragments des 16 autres victimes.

Les premières dépouilles arriveront mercredi aux Pays-Bas

Enfin, le Premier ministre néerlandais Mark Rutte a assuré qu'un avion transportant les premières dépouilles des victimes arrivera mercredi aux Pays-Bas, où l'identification des corps pourrait prendre jusqu'à plusieurs mois.

L'avion atterrira à Eindhoven, dans le sud des Pays-Bas, d'où les dépouilles seront transportées vers une base militaire à Hilversum, au sud-est d'Amsterdam, à environ 100 kilomètres de l'aéroport.

"Dès qu'un certain nombre de victimes seront prêtes à être transportées, un avion partira…Des préparatifs seront effectués à Kharkiv pour que l'identification puisse être réalisée de la meilleure manière qui soit aux Pays-Bas", a précisé Mark Rutte.

"Dès qu'une victime sera identifiée, la famille sera informée en priorité, et personne d'autre. Parfois cela peut aller très vite, parfois cela peut prendre des semaines ou même des mois", a soutenu le Premier ministre néerlandais.

193 des 298 personnes à bord étaient de nationalité néerlandaise.

RTBF avec agences

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