Trois clés pour comprendre le mouvement d'opposition en Ukraine

Manifestations des opposants au pouvoir, en Ukraine
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Manifestations des opposants au pouvoir, en Ukraine - © GENYA SAVILOV

Kiev, la capitale ukrainienne, est depuis deux mois le théâtre de manifestations qui se radicalisent de plus en plus, et prend les allures d'un véritable champ de bataille où s'affrontent forces de l'ordre et opposants au pouvoir. Mais si les manifestants semblent unis face à un même ennemi, poursuivent-ils un même but? Qui sont-ils? Veulent-ils tous un rapprochement avec l'Union européenne? Voici, en trois questions, les clés pour comprendre le mouvement d'opposition qui s'étend progressivement de Kiev à toute l'Ukraine.

1. Qui sont les manifestants ukrainiens?

Si le mouvement d'opposition semble mené par trois figures politiques, dont celle, emblématique, de l'ex-boxeur Vitali Klitschko, il faut avant tout distinguer "l'opposition partisane" de l'opposition populaire rassemblée sous le nom de Maïdan, explique Aude Merlin, spécialiste ULB de la Russie et de l'espace post-soviétique.

Maïdan, le mouvement protestataire issu de la société civile, est formé "d'ONG, d'associations ou de simples citoyens, qui ne se sentent à la base ni rattachés à l'un des partis de l'opposition, ni politisés", continue-t-elle.

D'un autre côté, les trois principaux partis d'opposition (siégeant au Parlement) au gouvernement de Viktor Ianoukovitch sont aussi venus gonfler les rangs des manifestants.

L'ancien champion du monde Vitali Klitschko est à la tête du parti Oudar ("Coup"), "L'Alliance démocratique ukrainienne pour la réforme", qui plaide pour une Ukraine démocratique et ancrée en Europe.

Arseni Iatseniouk est le chef de file au Parlement du parti Batkivchtchina ("Patrie"), de l’opposante emprisonnée Ioulia Timochenko. C'est lui qui s’est vu proposer le poste de Premier ministre, quand le président a voulu mettre fin aux affrontements avec quelques propositions que les opposants ont aussitôt rejetées.

Enfin, le troisième acteur politique majeur de l'opposition est Oleg Tiagnibok, chef du parti ultra-nationaliste Svoboda ("Liberté"). Un parti qui pèse moins lourd en termes de sièges au Parlement, et qui est notamment connu pour son opposition farouche à l'immigration.

2. Pourquoi manifestent-ils?

En ce qui concerne les nombreux manifestants du mouvement Maïdan, Aude Merlin explique qu'"ils ont réagi avec leur tripes, qu'ils se sont armés de leur citoyenneté" pour emplir les rues et désapprouver un pouvoir dans lequel ils ont perdu toute confiance.

On peut voir la signature de l'accord de Viktor Ianoukovitch avec la Russie comme la goutte d'eau qui a fait déborder le vase: "Alors que le président faisait route depuis des années vers un accord d'association avec l'Union européenne, sa volte-face, juste avant le sommet de Vilnius, a été vécue par la population comme un acte de traîtrise".

Mais ce revirement n'est pas le seul reproche que les manifestants font à Viktor Ianoukovitch. Ils battent le pavé pour mettre fin à la corruption, et mettre en place "un régime davantage parlementaire", dit-elle, "un Etat de droit réellement inféodé au droit". Les opposants en ont assez de la logique de prédation qui a servi "l'enrichissement soudain et rapide de la 'famille' (au sens politique) de leur président".

3. Les manifestants sont-ils unis derrière une seule cause commune?

Le mouvement d'opposition s'est donc rapidement formé autour d'une revendication commune: la mise en place d'élections législatives anticipées.

Et si leur but - celui d'évincer du pouvoir un président en qui ils n'ont plus confiance - semble clair, on ne peut pas dire pour autant que les manifestants sont plus dirigés par une cause politique commune que par un désir de s'affranchir d'un type de régime auquel ils ne veulent pas avoir affaire.

Aude Merlin, qui a pu assister aux mouvements de foule dans la capitale, explique avoir pu observer que "les trois leaders de l'opposition faisaient des discours tour à tour devant une foule de gens chez qui on ne sentait pas de réel engouement". "Ils écoutaient poliment mais il n’y avait pas de synergie entre la population de Maïdan et ces leaders", dit-elle.

La spécialiste de la Russie et de l'espace post-soviétique évoque par contre ce slogan, aperçu à maintes reprises sur la place Maïdan, au cœur de la contestation: "Nous sommes frères avec les russes, nous ne sommes pas leurs esclaves".

Selon elle, "il y a une volonté très forte de montrer que l’Ukraine n’est pas la Russie, et cela fédère très fort la population ukrainienne, y compris à l’Est et au Sud".

Et Aude Merlin ajoute qu'il ne s'agit pas pour eux de nier des proximités (elle précise que "17% des citoyens sont russes au sens ethnique"), "mais bien de faire un choix d’orientation et de système" : "Il s'agit de tourner le dos à l’arbitraire".

Tourner le dos à un arbitraire politique, ou policier, conclut-elle, et ce afin de rencontrer "ce que beaucoup considèrent, à tort ou à raison, comme un miroir de l'Etat de droit, comme un idéal de démocratie : l’Europe".

G. Renier

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