Voici pourquoi Poutine a gagné: les explications de la presse russe

En Russie après la victoire de Vladimir Poutine à l’élection présidentielle de dimanche, qu’en dit la presse et l’internet ? Petite revue de presse.

Le site d’opposition Republic.ru note que si le président sortant obtient une si large majorité c’est parce que sa politique extérieure basée sur la confrontation a réussi à imposer une vision de la politique intérieure apolitique, où la société doit soutenir le pouvoir.

Le quotidien économique Vedomosti souligne que l’absence de concurrence réelle à Poutine a transformé cette élection en référendum de soutien au président. Le seul vrai concurrent que Poutine devait battre ce dimanche, c’était le Poutine de 2012 et son score.

Le magazine SNOB, lu par les Russes “globaux”, ceux qui voyagent et sont libéraux, pointe le fait que pour la première fois, Poutine a gagné sans avoir de programme. Lors des précédentes élections, Poutine, Medvedev ou encore Eltsine avaient au moins un simulacre de programme ou alors des programmes irréalistes et surtout non réalisés. Ici Poutine a joué à l’anti-candidat, sans programme et malgré cela, des sondages ont indiqué qu’une majorité de Russes connaissait le programme de Poutine et l'approuvait.

Cette 'soi-disant' élection ne doit pas nous faire peur

La candidate libérale Ksénia Sobtchak réagit sur Instagram : “Un million de voix ont soutenu nos valeurs, si ce million de personnes crée un parti politique nous allons changer le parlement russe, si ce million sort dans la rue, nous allons changer le pays, c’est pour cela que cette 'soi-disant' élection ne doit pas nous faire peur. Pour nous, la tâche principale était de résoudre les problèmes des gens et d’aborder enfin à haute voix certains sujets qui étaient tus, dont la pauvreté, la Crimée, la corruption et les prisonniers politiques”.

Sur le blog du quotidien pro-gouvernemental Izvestia, un grand nom du théâtre russe Edouard Boyakov, rappelle que Poutine a dit qu’il est le président de tous les Russes, de ceux qui sont d’accord avec lui mais aussi de ceux qui ne sont pas d’accord. Et c’est cela qui lui a permis de gagner.

Le journaliste-blogueur conservateur Stanislav Khatountsev rappelle que Poutine ne peut pas se contenter de partir sans nommer de successeur, car il risque alors de subir le sort de Khaddafi, que ses ennemis lui réservent sans doute, avec tous les risques d’instabilité pour le pays que ce scénario comporte.

L'opposition a montré sa nullité

Le grand journal russe Kommersant constate que le candidat Poutine a prouvé sa popularité croissante. Quant à l’opposition libérale, elle a montré sa “nullité”, selon Kommersant, avec des chamailleries encore le jour même des élections. L’exclusion de Navalny, lui permet sans doute de continuer à exister politiquement, car son score probablement très faible n’est pas connu.

Ce journal souligne aussi les progrès de l’opposition systémique, comprenez le candidat du parti communiste Pavel Groudinine, arrivé deuxième, mais doute qu’avec son faible score il ait un vrai avenir politique et puisse concurrencer le président en place.

Selon Kommersant, la grande inconnue, c’est ce qui se passera dans 6 ans: Poutine va-t-il nommer son successeur ? Restera-t-il au pouvoir, avec une république parlementaire, ou une monarchie, voire un avatar de l’Union soviétique? La réponse est au Kremlin, mais peut-être pas dans les urnes, selon ce quotidien.

Conclusion: après cette élection, la Russie ne changera pas, et c’est bien ce que voulaient les Russes.

Reportage et direct de Laurence Brecx à Moscou (JT 13h):

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