Visite d'Angela Merkel en Grèce: "Il est temps de se faire confiance"

Visite d'Angela Merkel en Grèce: "Il est temps de se faire confiance"
Visite d'Angela Merkel en Grèce: "Il est temps de se faire confiance" - © RTBF

La chancelière allemande Angela Merkel est en visite à Athènes ce mardi. D’après l’experte Marianne Dony (IEE) et le journaliste Vangelis Demiris, cette visite a une charge symbolique essentielle mais ne devrait pas, en soi, déboucher sur des "résultats concrets". L'enjeu majeur sera surtout de rétablir la confiance entre la Grèce et ses partenaires de l'eurozone, estime les invités de Matin Première.

"C’est la première visite d’Angela Merkel en Grèce depuis le début de la crise donc on devrait s’attendre, sauf imprévu, à un message de solidarité fort au gouvernement grec affaibli et au peuple grec", annonce Vangelis Demiris. Cependant, selon le journaliste grec basé à Bruxelles, il ne faut pas attendre de "résultat concret" de cette visite au-delà de cette déclaration de solidarité et du poids symbolique que recouvre cette première visite.

Aussi un enjeu de politique intérieur allemande

Les demandes de la troïka (notamment la baisse des salaires et des retraites) a "mis à l’épreuve la cohésion du gouvernement grec". "L’enjeu majeur, une fois ce paquet de mesures finalisé, semble être le consensus au niveau politique mais surtout au niveau social", relève le correspondant qui souligne le rôle de l’opposition grecque dans ce consensus. Dans ce contexte, Angela Merkel va devoir délivrer un message à même de rassurer les Grecs.

Marianne Dony ne dit pas autre chose, il s’agira pour la cheffe d’Etat allemande de faire part de son soutien politique et de rétablir la confiance entre la Grèce et ses partenaires. Mais elle relève également un autre enjeu : "A un an des élections (fédérales, ndlr) Angela Merkel ne peut pas se permettre de ne pas réussir. Politiquement, au plan interne, elle est assez bien prisonnière de son opinion publique", explique cette experte de l’Institut d’études européennes. Elle souligne le fait que les mesures adoptées par l’Allemagne ne l’ont été qu’avec le soutien de l’opposition et pas grâce à sa majorité, ce qui renforce la vulnérabilité de la chancelière sur le plan interne.

"Et dans la mesure où la Cour constitutionnelle allemande (qui a validé le mécanisme de sauvetage européen, ndlr) a exigé que chacun des pas faits par le gouvernement allemand soit ratifié par le Parlement allemand, la marge de manœuvre de Madame Merkel est assez limitée", rappelle Marianne Dony.

Pas encore de réelle "confiance" mais une "prise de conscience" et des "signes encourageants"

Le Premier ministre Antonis Samaras a comparé la situation de son pays à celle de la République de Weimar avant l’avènement du nazisme. Cette comparaison saisissante a induit une certaine prise de conscience de la gravité de la situation en Allemagne ?

Si Marianne Dony note certes une "certaine prise de conscience" de la gravité de la situation grecque dans le chef des responsables politiques allemands, elle relève qu’il "il est par contre toujours aussi difficile de convaincre le citoyen allemand".

Pour Vangelis Demiris, Berlin réalise que la Grèce est face à une "faillite politique économique mais surtout sociale et éthique" (la colère sociale est à son comble, l’extrême-droite enregistre des succès électoraux inquiétants).

Dans ces conditions, la "solution est à double sens : la Grèce d’un côté doit impérativement remplir ses engagements et de l’autre, l’eurozone doit se montrer solidaire en faisant preuve de flexibilité et en accordant les deux ans de délai pour atteindre les objectifs budgétaires", estime le journaliste.

Jean-Claude Junker, chef de file de l’Eurogroupe a fixé un ultimatum à Athènes : la Grèce a jusqu’au 18 octobre pour montrer sa détermination pour l’application des réformes. Cela semble indiquer que la confiance n’est pas encore réelle entre l’eurozone et les autorités grecques.

"Il n’y a toujours pas de confiance mais on a assisté à des signes encourageants de Juncker", tempère Vangelis Demiris. "C’est un signe que l’on peut s’acheminer finalement vers une solution définitive éventuellement sous forme de paquet pour tous les maillons faibles : Espagne, Grèce, Chypre et Italie".

On avance pas à pas dans ce dossier et "il est temps qu’il y ait une normalisation finale dans les relations entre la Grèce et l’Allemagne", juge l’auteur de "La Face cachée de la Grèce". Or la visite d’Angela Merkel est à ce titre une occasion à saisir.

Le MES ne sera efficace que si l’on règlemente plus strictement les banques

Le MES, dont la création a été officialisée ce lundi est "un des mécanismes" qui permettra de sortir de la crise mais n’est pas la panacée, selon Marianne Dony. "C’est un des éléments importants" mais "cela étant le Mécanisme européen de stabilité est créé mais il n’est toujours pas opérationnel et il subsiste encore pas mal de controverses entre les Etats pour savoir à quelles conditions il va intervenir", rappelle la professeure de l’ULB.

Or, les modalités d’intervention du MES seront déterminantes pour l’efficacité de son action juge Marianne Dony. "Je crois qu’un point essentiel dans les mois qui viennent sera lié non plus à la Grèce mais à l’Espagne et la question de savoir si ce MES va pouvoir intervenir directement pour venir en aide au système bancaire espagnol", confie-t-elle au micro de Bertrand Henne. Si ce n’est pas le cas, l’Espagne devra emprunter elle-même pour aider ses banques et cela pourrait être le début d’un cercle vicieux, craint cette experte.

Cependant, pour permettre une intervention directe du MES dans le système bancaire qui soit vraiment efficace, "il faudrait qu’on mette en place un système de réglementation des banques beaucoup plus efficace".

Julien Vlassenbroek

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