Violents affrontements à Téhéran: 15 morts

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Plus de quinze personnes ont été tuées lors des émeutes de dimanche à Téhéran, dont cinq victimes de "groupes terroristes" et "plus de dix" appartenant à des "groupes anti révolutionnaires", a annoncé lundi la télévision d'Etat iranienne citant le ministère des Renseignements.

"Lors d'actions suspectes, cinq personnes ont été tuées par des groupes terroristes", a indiqué la télévision dans une émission consacrée aux très violentes manifestations de l'opposition au président Mahmoud Ahmadinejad dimanche dans la capitale iranienne.

"Par ailleurs, le ministère des Renseignements a annoncé que plus de dix membres connus de groupes terroristes antirévolutionnaires ont été tués" lors de ces manifestations, a ajouté la télévision sans donner davantage de précisions.

Les sites internet de l'opposition avaient recensé dimanche au moins cinq morts, dont quatre par balles, lors des émeutes de dimanche.

La manifestation
Des milliers de personnes arrivées par petits groupes se sont soudainement rassemblées en plusieurs endroits tout au long de l'avenue Enghelab en dépit d'une présence policière massive sur ce grand axe traversant Téhéran d'est en ouest, théâtre en juin des grandes manifestations qui avaient suivi la réélection contestée du président iranien.

La police est rapidement intervenue, utilisant des gaz lacrymogènes et chargeant violemment les manifestants qui ont répliqué en jetant des pierres et incendiant des poubelles pour se protéger des gaz et bloquer les rues. Un certain nombre de policiers auraient été blessés.

Les affrontements ont été particulièrement violents à proximité des places Enghelab et Imam Hossein, distantes de plusieurs kilomètres, où plusieurs milliers de personnes étaient parvenues à se rassembler avant que la police n'intervienne, selon ces sources.

De nombreux manifestants, battus ou pourchassés par la police anti-émeute, à pied ou en moto, et les bassidjis (miliciens islamiques), ont trouvé refuge dans des immeubles voisins.

D'autres affrontements ont également eu lieu en plusieurs endroits sur l'avenue Enghelab, notamment à proximité de la place Ferdoussi.

Contre-manifestation

Après la dispersion des manifestants de l'opposition, plusieurs milliers de partisans du pouvoir se sont rassemblés pour une contre-manifestation organisée sur l'avenue Engelhab. Ils scandaient des slogans favorables au guide suprême iranien, l'atyatollah Ali Khamenei.

L'opposition, qui accuse le pouvoir de fraude massive lors de l'éléction de juin, avait appelé à de nouvelles manifestations dimanche matin dans le centre de Téhéran, en marge des rassemblements et processions prévues pour l'Achoura, journée de deuil religieux commémorant la mort de l'imam Hossein (appelé Hussein dans le monde arabe), figure centrale de l'islam chiite.

Les manifestants, dont certains se frappaient la poitrine en signe de deuil, criaient notamment "Mort au dictateur" (allusion au président Ahmadinejad) et "Ya Hossein, Mir Hossein", cri de ralliement de l'opposition associant au nom de l'Imam Hossein à celui de l'ancien premier ministre Mir Hossein Moussavi, rival malheureux du président Ahmadinejad devenu l'une des principales figures de la résistance au gouvernement.

"Nous nous battrons, nous mourrons mais nous reprendrons l'Iran", scandaient également les manifestants, criant aussi: "C'est le mois du sang, et les bassidjis vont tomber", dans une double allusion au mois de deuil de Moharram dont l'Achoura est le point culminant et les miliciens largement utilisés au cours des derniers mois par le gouvernement contre les manifestations.

Un neveu du leader de l'opposition Mir Hossein Moussavi tué

"Seyyed Ali Moussavi, neveu âgé de 35 ans de Mir Hossein Moussavi, a été atteint ce midi d'une balle à la poitrine place Enghelab et est mort après avoir été transféré à l'hôpital Ibn Sina", affirme Parlemannews.ir.

L'opposition était déjà parvenue samedi à mener plusieurs manifestations de moindre ampleur à Téhéran. Ces manifestations ont toutes été violemment dispersées

par la police, qui a procédé à de nombreuses arrestations.

L'ancien ministre des Affaires étrangères arrêté

Ibrahim Yazdi, chef du Mouvement de Libération de l'Iran (MLI, opposition libérale) a été arrêté dans la nuit de dimanche à lundi à son domicile par les services de sécurité, selon un site internet d'opposition.

"Des membres des services de sécurité ont arrêté Ibrahim Yazdi à trois heures du matin chez lui et l'ont emmené vers une destination inconnue", a indiqué le site Rahesabz.

Le chef du MLI, un mouvement d'opposition sans existence légale mais toléré depuis de nombreuses années, avait été convoqué la semaine dernière au ministère des Renseignements mais ne s'était pas rendu à cette convocation, a précisé le site.

Rahesabz, l'un des principaux forums de l'opposition au président Mahmoud Ahmadinejad, n'a pas donné d'autres précisions.

Ibrahim Yazdi, âgé de 78 ans, a été ministre des Affaires étrangères de l'éphémère gouvernement de Mehdi Bazargan au début de la Révolution islamique de 1979.

Secrétaire général du MLI, mouvement d'inspiration libérale dont plusieurs membres ont été arrêtés à diverses occasions, Ibrahim Yazdi a lui même été arrêté en 1997 avant d'être placé en liberté surveillée. Il a à nouveau été brièvement détenu lors des troubles qui ont suivi la réélection contestée du président Mahmoud Ahmadinejad le 12 juin dernier.


AFP et Belga

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