Violences policières contre les Afro-Américains : qui est Breonna Taylor, cette infirmière de 26 ans morte sous les balles de la police ?

Depuis la mort de George Floyd le 25 mai dernier, le mouvement de lutte contre le racisme et les violences policières aux États-Unis se poursuit. Dans cette lame de fond qui touche la société américaine, des voix s’élèvent pour mettre en lumière des cas de violences policières envers des Afro-Américains ou pour demander que justice soit rendue.

Dernier exemple en date, la chanteuse Beyoncé a écrit au procureur général de l’Etat du Kentucky afin de réclamer que "justice soit faite" pour Breonna Taylor, une femme noire de 26 ans tuée par la police dans son appartement de Louisville en mars dernier.


►►► À lire aussi : Manifestations antiracisme aux Etats-Unis : un nouveau drame à Atlanta ravive la colère


 

Dans un courrier, publié dimanche sur son site, la diva interpelle le procureur général, Daniel Cameron, chargé d’enquêter sur la mort de la jeune femme : "Trois mois ont passé et la famille de Breonna Taylor attend encore que justice soit rendue", a écrit Beyoncé dans une lettre au procureur. "Trois mois ont passé et aucune arrestation n’a été faite, aucun des agents n’a été licencié […] Trois mois ont passé et les enquêtes de la police ont soulevé plus de questions que de réponses", a-t-elle ajouté.

La chanteuse a également demandé au procureur de poursuivre les trois policiers impliqués, de "s’engager à ce que l’enquête et les poursuites soient transparentes" et à ouvrir une enquête sur la réponse de la police de Louisville "au meurtre de Breonna Taylor", ainsi que sur "les pratiques généralisées qui aboutissent aux morts répétées de citoyens noirs non armés".

Qu’est-il arrivé à Breonna Taylor ?

Breonna Taylor, c’est une jeune femme de Louisville, dans le Kentucky qui travaille comme infirmière/ambulancière. Elle a été tuée après que des policiers se sont introduits de force dans sa maison et aient échangé des coups de feu avec son petit ami.

Breonna Taylor est une jeune femme née à Grand Rapids dans le Michigan, le 5 juin 1993. En 2011 elle obtient son diplôme du lycée Western High School et a poursuivi ses études à l’université du Kentucky.

Après ses études Breonna Taylor devient ambulancière pour la ville de Louisville, elle travaille également dans deux hôpitaux de la ville. Engagée à temps plein comme "technicienne d’urgence" pour l’hôpital juif de l’université de Louisville, elle travaille aussi selon les besoins pour un autre hôpital : Norton Healthcare.

Une perquisition qui se transforme en fusillade mortelle

Nous sommes le 13 mars, juste avant 1 heure du matin le 13 mars. Des agents du LMPD (Louisville Metro Police Department) exécutent un mandat de perquisition dans le cadre d’une enquête sur un trafic de stupéfiants dans l’appartement de Breonna Taylor. Ils suspectent son petit ami d’être complice d’un trafiquant de drogue avec lequel il aurait été vu et qui se ferait livrer des paquets chez lui.

Le mandat de perquisition autorise la police à fouiller l’appartement de Taylor, deux véhicules et trois personnes, dont Taylor, et à saisir, entre autres, de la drogue et du matériel de consommation de drogue, de l’argent, des coffres-forts, des armes, des documents et des ordinateurs.

Ted Eidem est un lieutenant de l’unité d’intégrité publique du département de police. Lors d’une conférence de presse le 13 mars il a donné sa version des faits.

Au moment de la descente, les policiers frappent à la porte à plusieurs reprises et s’annoncent comme étant de la police avec un mandat de perquisition, mais sans réponse. Les officiers pénètrent de force dans l’appartement. Ils défoncent la porte à l’aide d’un bélier.

Kenneth Walker, le petit ami de Breonna Taylor, ouvre le feu et touche un agent à la jambe. Les policiers ripostent. Les balles fusent et ricochent sur des objets dans le salon, la salle à manger, la cuisine, le couloir, la salle de bains et les deux chambres à coucher.

Breonna Taylor est touchée à huit reprises. Elle succombe à ses blessures et est déclarée morte sur les lieux de la fusillade. Aucune drogue n’est finalement retrouvée dans l’appartement.

Un rapport de police quasiment vierge

Suite à la fusillade, la police remplit un "rapport d’incident" presque entièrement vierge. Le PV indique que Breonna Taylor n’a pas été blessée, alors qu’elle est morte de ses blessures par balle. Il indique également qu’il n’y a pas eu d’effraction, même si les officiers ont utilisé un bélier. Après coup, le service de police déclarera que ce sont "des erreurs techniques" qui ont conduit à ce rapport déformé.

Suite au décès de l’infirmière, les trois officiers impliqués sont placés en "réaffectation administrative" en attendant les résultats d’une enquête.

Le petit ami arrêté puis libéré deux mois plus tard

Le petit ami de Breonna Taylor, Kenneth Walker, est accusé de voies de fait au premier degré et de tentative de meurtre sur un officier de police.

Les agents du LMPD déclarent qu’ils s’étaient annoncés avant d’entrer dans la maison et qu’ils ont immédiatement essuyé des tirs de Walker. Selon leur déclaration, Walker a d’abord déchargé son arme à feu sur eux, blessant un de leurs agents.

Cette version est contestée par l’avocat de Walker qui estime que ce dernier pensait que quelqu’un entrait illégalement dans la résidence et qu’il n’avait agi qu’en état de légitime défense. L’homme est titulaire d’une licence de port d’arme et se sentant menacé, à ouvert le feu.

Des appels aux services d’urgence ont ensuite été rendus publics et Walker a déclaré à l’opérateur du 911. Dans les rapports, on peut y lire que Kenneth Walker a appelé le 911 en leur disant : "Quelqu’un a enfoncé la porte et a tiré sur ma petite amie".

Walker sort de prison quelques semaines plus tard en raison de problèmes liés à l’épidémie de coronavirus. Il doit cependant rester chez lui, à la disposition de la police. Une décision qui suscite des critiques de la part du chef de la police métropolitaine de Louisville.

Le jeune homme est libéré définitivement de son assignation à domicile le 22 mai et le procureur du Commonwealth Tom Wine demande l’abandon de toutes les charges contre lui fin mai.

Des amis proches de Walker ont déclaré qu’il voulait protéger sa petite amie à tout prix. L’un de ses avocats, Rob Eggert, a publié une déclaration disant qu’il "voulait juste reprendre sa vie". Dans le même temps, son avocat a déclaré qu’il pourrait être inculpé à nouveau plus tard, à mesure que d’autres faits seraient révélés par l’enquête sur la fusillade.

Depuis le FBI s’est aussi lancé sur l’affaire. Le 21 mai le bureau de Louisville du Federal Bureau of Investigation annonce qu’il ouvre une enquête. Robert Brown, agent spécial en charge du bureau, déclare : "Le FBI rassemblera tous les faits et preuves disponibles et s’assurera que l’enquête soit menée de manière équitable, approfondie et impartiale".

Cette affaire pourrait donc être présentée à nouveau à un grand jury après un examen des résultats de ces enquêtes du FBI et du bureau du procureur général du Kentucky dirigé par Daniel Cameron, cet homme est premier procureur général afro-américain du Kentucky et celui auquel Beyoncé a adressé son courrier. CNN annonce que la prochaine audience de Kenneth Walker est fixée au 25 juin prochain.

La famille lance des actions en justice, le gouverneur du Kentucky réagit

2 images
Une pierre tombale à la mémoire de Breonna Taylor, dans le cimetière de "Say Their Names", lors d’une veillée à la bougie le 7 juin 2020 à Minneapolis, Minnesota. © 2020 Getty Images

Depuis la mort de sa fille, la mère de Breonna Taylor et sa famille ont lancé des actions en justice. Dans leur plainte datant du 27 avril, la famille prétend que la police ne s’est pas annoncée et n’a pas frappé à la porte du tout. Ils accusent les policiers d’avoir ensuite tiré des coups de feu dans le domicile "avec un mépris total pour la valeur de la vie humaine".

La famille de la victime estime que toute la force défensive utilisée contre les policiers était due à leur entrée forcée et illégale dans au domicile de Breonna.

"Malgré les circonstances tragiques entourant sa mort, le ministère n’a fourni aucune réponse concernant les faits et les circonstances de cette tragédie, ni n’a pris la responsabilité de son meurtre insensé", a déclaré l’un des avocats de la famille.

Il soutient que les agents auraient dû annuler la perquisition de l’appartement de Taylor parce qu’un suspect recherché par la police avait déjà été arrêté par d’autres officiers exécutant un mandat dans un autre lieu.

La famille réclame des dommages-intérêts compensatoires pour coups et blessures, mort injustifiée, usage excessif de la force, de négligence et négligence grave.

Suite aux faits, le gouverneur du Kentucky, Andy Beshear, a publié une déclaration, envoyée à CNN. "Les rapports publics concernant la mort de Breonna Taylor sont troublants", a-t-il déclaré. "Sa famille et le public en général méritent d’avoir tous les faits concernant sa mort. Le procureur du Commonwealth, le procureur américain et le procureur général du Kentucky devraient examiner attentivement les résultats de l’enquête initiale pour s’assurer que justice soit faite à un moment où beaucoup s’inquiètent que la justice ne soit pas aveugle".

La mort de Geroge Floyd et les autres victimes de violence policière

Et puis, il y a eu la mort de George Floyd. Et des manifestations aux quatre coins des États-Unis pour demander que justice soit faite pour ces victimes afro-américaines de violence policière. La mobilisation met en lumière des cas comme celui de Breonna Taylor ou Rayshard Brooks.

Des morts tragiques qui ne sont pas des événements isolés puisque dans une enquête chiffrée sur le racisme et les violences policières publiée par Le Monde, le quotidien estime que : "comme George Floyd, plus de mille personnes sont tuées par la police chaque année, et près d’un quart d’entre elles sont noires".

Manifestations contre le racisme dans le monde, dans notre JT du 13 juin:

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK