Violences faites aux femmes: violée à 7 ans, Emmanuella fait de son traumatisme sa force pour briser les tabous en RDC

"Quel âge as-tu, Brenda ? 7 ans ? Eh bien, vous voyez, moi, quand j’avais l’âge de Brenda, j’ai été violée", dit Emmanuella Zandi, devant quelques dizaines de personnes rassemblées dans le quartier populaire de Kinbanseke, dans la capitale congolaise Kinshasa.

Emmanuella Zandi, 22 ans, est une survivante. Quand elle n’était qu’une petite fille, elle a été violée par des soldats près de la ville de Goma, dans l’Est de la République démocratique du Congo, une région meurtrie par plusieurs conflits successifs. Quelques années plus tard, c’est un cousin qui abuse d’elle. "J’ai tenté de me suicider plusieurs fois. Je ne voyais plus de raison de rester en vie", raconte-t-elle.

"Des enfants étaient battus parce qu’ils jouaient avec moi"

Dans une société conservatrice et patriarcale, Emmanuella doit aussi faire face à la stigmatisation que subissent souvent les victimes de violences sexuelles. Elle devient une paria au sein de sa communauté : "J’ai été rejetée, dit-elle. Certains parents battaient leurs enfants parce qu’ils jouaient avec moi".

Mais un jour, l’adolescente décide de partager son expérience dans une émission diffusée par une radio communautaire. "Ça a été le début de ma guérison", confie-t-elle.

A Kinshasa, elle fonde "Ma voisine", une association qui vise à sensibiliser sur les violences faites aux femmes et au sexisme qui gangrène la société. Emmanuella et ses collègues font du porte à porte dans les rues de la capitale. Elles parlent à tous ceux qui veulent bien les écouter.


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En racontant ouvertement son histoire, la jeune femme brise le tabou et devient une source d’inspiration pour beaucoup d’adolescentes, pour qui elle met en place des groupes de parole auxquels participent aussi des garçons. "Parler de ce qui ne va pas, en discuter ouvertement, sans gêne, est la première étape pour améliorer les choses", dit-elle.

Contribuer à l’émancipation des femmes

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Dans son appartement transformé en atelier, des femmes fabriquent des serviettes hygiéniques lavables. © Patricia HUON

Mais rapidement, Emmanuella veut aller plus loin. Et proposer des solutions concrètes pour contribuer à l’émancipation des femmes. "La santé reproductive reste également un tabou en RDC, dit-elle. Les difficultés d’accès aux protections hygiéniques, par exemple, ont un impact important sur la scolarité des filles. Une fille ne peut pas aller à l’école pendant ses règles sans protection efficace. Or beaucoup n’en ont pas les moyens."

Emmanuella a transformé son appartement en atelier et a lancé sa propre entreprise, "Nkento", qui signifie "Femme" en lingala. Elle y emploie six femmes qui fabriquent des serviettes hygiéniques réutilisables, lavables, en coton biologique. "C’est économique, explique-t-elle. Ces serviettes peuvent supporter jusqu’à 400 cycles de lavage, donc cela veut dire plus d’une année, voire même deux ans, avec la même serviette."

Les serviettes hygiéniques ne sont qu’une première étape. Emmanuella tente aussi de convaincre des médecins de la soutenir dans sa démarche. Elle voudrait conclure des partenariats avec des cliniques et hôpitaux, afin de proposer des consultations gynécologiques gratuites pour les jeunes filles dans le besoin.

Emmanuella a fait de son traumatisme sa force. En quelques années, elle a déjà parcouru un long chemin dans la poursuite de son rêve d’améliorer la vie des femmes et des filles dans son pays. Et elle espère que d’autres la rejoindront sur cette voie.

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