Virus en Chine: villes en quarantaine, craintes de pénuries… 3 questions à notre correspondant sur place

25 morts et plus de 830 personnes contaminées : c’est le dernier bilan des autorités chinoises sur l’épidémie de coronavirus. Pour la première fois, des victimes du virus ont été recensées en dehors de Wuhan, le foyer de départ de la maladie.

Comment les Chinois vivent-ils cette situation ? Comment le gouvernement réagit-il ? Zhifan Liu, correspondant de la RTBF à Pékin, a fait le point ce vendredi dans Matin Première.

La préfecture de la province de Hubei, ainsi que plusieurs villes aux alentours, ont été mises en quarantaine ce jeudi. Quelle est la situation sur place ?

"C’est une mesure très forte annoncée par les autorités chinoises que d’isoler une ville de 11 millions d’habitants comme Wuhan. Pour donner un ordre de comparaison, c’est une ville plus peuplée que New York ou encore Londres. En tout, c’est près de 20 millions de personnes qui sont forcées au confinement, du jamais vu dans l’histoire de la santé publique.

Sur place, la population a été surprise par le timing de cette annonce. En effet, la mise à l’isolement a été rendue publique dans la nuit de mercredi à jeudi à 2 heures du matin et beaucoup ont été pris au piège. Cette quarantaine a débuté officiellement hier matin [jeudi, ndlr] à 10 heures, tous les trains au départ ou à destination de Wuhan ont été annulés et des barrages installés aux sorties de la ville.

La population craint désormais des pénuries. Hier, des foules se massaient dans les supermarchés pour faire des provisions à la veille du réveillon du Nouvel An lunaire. Les hôpitaux de la ville sont également bondés, des images en ligne montrent un personnel médical débordé. Les témoignages de personnes fiévreuses renvoyées chez elles faute de places se multiplient aussi sur les réseaux sociaux."

Ce vendredi, les Chinois s’apprêtent à fêter l’entrée dans l’année du rat dans une ambiance morose, on l’imagine ?

"La fête est très clairement gâchée. Ces vacances, semblables à Noël en Occident, sont l’occasion de se réunir en famille au sens large, mais devant la menace du virus, certains à Wuhan ont décidé de rester en petit comité. Dans les autres villes du pays, beaucoup de célébrations ont été annulées. Pékin a notamment fermé ses temples, où les Chinois ont l’habitude de se rendre pendant les vacances.

Signe de la mobilisation, la Cité interdite, ancien palais des empereurs et un des monuments les plus visités du pays, est inaccessible aux touristes jusqu’à nouvel ordre. Les rues de la capitale chinoise, mégalopole de plus de 20 millions d’habitants, sont silencieuses et désertes, les Pékinois étant incités à rester cloîtrés chez eux.

Les bars et restaurants, eux, sont fermés ou très peu fréquentés, et dans les salles obscures, cinq films chinois ont repoussé leur sortie, alors que cette période est traditionnellement très prolifique pour le cinéma chinois."

En 2003, la Chine était touchée par l’épidémie du SRAS, le syndrome respiratoire aigu sévère, virus semblable à celui originaire de Wuhan. Il avait fait plus de 600 morts en Chine continentale. À l’époque, l’OMS avait critiqué Pékin pour son manque de transparence et pour avoir tardé à réagir. Comment est-ce que la Chine réagit cette fois ?

"Mieux, d’après l’OMS, qui se déclare satisfaite de la réaction des autorités chinoises. Hier encore, son antenne à Pékin saluait la décision de la mise en quarantaine de 20 millions de citoyens, signe pour l’institution onusienne de l’engagement très fort de la Chine et d’une volonté de prendre des mesures drastiques. Le gouvernement chinois se sait observé par la communauté internationale et il est vrai que Pékin a rapidement partagé les premiers cas de personnes infectées, ainsi que les informations relatives à la maladie.

Mais l’épidémie de SRAS reste encore très présente dans la mémoire collective de la population, habituée également à subir divers scandales sanitaires ou alimentaires. En découle une certaine méfiance envers les autorités. En ligne, beaucoup doutent du nombre de cas infectés, tandis que les médias officiels font très peu état du virus. Par exemple, la une du Quotidien du Peuple, journal officiel du Parti communiste chinois, n’en fait pas mention alors que le journal télévisé le plus regardé du pays a diffusé hier des reportages sur les festivités du Nouvel An dans le pays avant d’accorder quelques minutes au coronavirus.

En début de semaine, le président chinois Xi Jinping est monté au front et a appelé à la transparence dans la divulgation de l’information. En 2003, le SRAS avait entamé une grande partie de la confiance accordée au Parti communiste chinois et avait fait perdre un point de croissance à la Chine. À l’heure où l’économie de la deuxième puissance mondiale a ralenti, Pékin et Xi Jinping ne peuvent se permettre un nouveau scandale."

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