Viktor Orban et Jean-Claude Juncker, à couteaux tirés

Les affiches du Fidesz ciblant Jean-Claude Juncker
Les affiches du Fidesz ciblant Jean-Claude Juncker - © @twitter

Une querelle de famille agite le PPE, le Parti Populaire européen. Le groupe politique le plus important au sein du Parlement européen assiste à une passe d'armes entre deux de ses figures marquantes: d’un côté,  Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne; de l’autre, Viktor Orbán, le premier ministre hongrois.

S'il n'est pas nouveau que les deux hommes ne s'apprécient pas beaucoup, les choses se sont envenimées cette semaine. La raison: une nouvelle campagne du gouvernement hongrois, une campagne anti-européenne et anti-migration.
Rien de surprenant quand on sait que Viktor Orbán est un nationaliste eurosceptique. Son refus obstiné d'accueillir des migrants est constant. Mais pour la première fois, le gouvernement de Viktor Orbán lance une campagne qui s’en prend directement, et nommément, au président de la Commission.
 

Des affiches ont en effet été rendues publiques dans tout le pays, et leur message est très direct: le président de la Commission met en danger la sécurité de la Hongrie. On y voit un photo-montage, avec en avant-plan, Jean-Claude Juncker, hilare, dans une photo pas très avantageuse. Derrière lui, tout aussi hilare, Georges Soros, le milliardaire américain d’origine hongroise, bouc-émissaire privilégié de Viktor Orbán. En-dessous de leur visage, un slogan : "Vous avez aussi le droit de savoir ce que Bruxelles prépare". Puis trois affirmations : "ils veulent instaurer le quota de réinstallation obligatoire de migrants ; affaiblir les droits des Etats membres à défendre leurs frontières et faciliter l’immigration au moyen d’un visa de migrant". 

Réplique cinglante de la Commission

Tout est faux, a immédiatement rétorqué mardi la Commission. Via son porte-parole et sur les réseaux sociaux, elle a dénoncé une campagne choquante, des théories conspirationnistes ridicules. En anglais et en hongrois, elle a répondu points par points aux accusations du gouvernement de Budapest. 

Ce n'est pas la première fois que Viktor Orbán s'en prend à la Commission et à certains élus. En novembre dernier, c'est contre Guy Verhofstadt qu'il a mis sur pied une campagne d'affichage.

Personnellement ciblé aujourd'hui, Jean-Claude Juncker, n’a que peu apprécié la charge de son partenaire au sein du PPE. Et il s'en est expliqué lors d’une rencontre publique à Stuttgart, en Allemagne. "Contre les mensonges, il n’y a pas grand-chose à faire", a-t-il regretté. Selon lui, les conservateurs hongrois du parti Fidesz ne représentent en rien les valeurs de la démocratie chrétienne. Et sa conclusion est limpide : le Fidesz n’a pas sa place au sein du PPE.

Vers une exclusion du PPE?

Sur Twitter, le président du PPE, Joseph Daul, a qualifié les affirmations du gouvernement hongrois de "mensongères et fallacieuses". Il a aussi rappelé que les décisions de l’Union sont prises collectivement par les gouvernements des 28 Etats membres et par le Parlement européen, deux institutions dans lesquelles la Hongrie est représentée. 


Fait peu anodin, Manfred Weber, le candidat du PPE pour succéder à Jean-Claude à la tête de la Commission, a retweeté les messages de Joseph Daul.


En attendant, même si Viktor Orbán agace pas mal de monde au sein de sa famille politique européenne, aucune demande d’exclusion n’a encore été formulée. La question est très sensible à l'approche des élections européennes de mai. Les sondages prédisent un tassement du PPE qui perdrait des députés mais pas sa place de principal parti au sein du Parlement européen.
Et puis une exclusion pourrait jeter Viktor Orban dans les bras de l'extrême droite européenne. A moins que le premier ministre hongrois ne décide de prendre cette voie de son propre gré.

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