Viktor Orban au Parlement européen: "Vous souhaitez exclure un peuple!"

Un âpre débat a débuté au Parlement européen ce mardi à Strasbourg entre les eurodéputés et le Premier ministre hongrois Viktor Orban en personne pour décider si l'UE doit agir pour prévenir du "risque de violation grave de ses valeurs" en Hongrie.

Le vote qui suivra le débat se tiendra mercredi midi et s'annonce serré. Un vote qui devra déterminer si la Hongrie sera sanctionnée selon l'article 7 du Traité sur l'Union européenne. C'est la première fois que le Parlement fait usage de son droit d'initiative en la matière.

Les députés ont commencé à s'exprimer à 15h. Le Premier ministre hongrois, arrivé en retard, a interrompu l'introduction de Judith Sargentini (Verts) rapporteure du texte qui précise les griefs des parlementaires

Viktor Orban a pris alors la parole, qu'il aura une seule fois mardi après-midi, en préambule du débat, intervenant après la rapporteure, le Conseil et la Commission.

"Vous souhaitez exclure un peuple!" s'est-il écrié devant les élus européens, se référant au passé anticommuniste et à la tradition chrétienne de son pays.

Vous souhaitez exclure un peuple!

"Mon intervention ne fera pas changer votre opinion. Vous n'allez pas condamner un gouvernement mais un pays et un peuple, une Hongrie qui depuis 1000 ans est membre de cette famille des peuples chrétiens d'Europe", a lancé le nationaliste devant l'assemblée européenne. "Vous souhaitez exclure un peuple des décisions européennes, faire taire ceux qui ne sont pas d'accord avec vous", a affirmé Viktor Orban, ne montrant aucun signe d'ouverture sur les critiques exposées. "Vous nous condamnez parce que notre patrie n'a pas accepté devenir un pays d'immigration, mais nous ne céderons pas au chantage, la Hongrie défendra ses droits, y compris contre vous s'il le faut".

"Vous n'êtes pas la Hongrie, vous n'êtes que le gouvernement! La Hongrie est bien plus que cela", a répondu Guy Verhofstadt, chef de file du groupe ALD (Libéraux et démocrates) au Parlement européen.

Positionnement du PPE attendu

Ligne dure anti-immigration, style autoritaire, prises de position anti-UE, Viktor Orban incarne la vague populiste qui déferle en Europe. Le PPE, formation de droite modérée, est régulièrement interpellé sur son attitude ambivalente envers le dirigeant ultra conservateur. "La grande question c'est de voir comment le PPE va voter, et particulièrement (le président du groupe) Manfred Weber", avait résumé la vice-présidente du groupe des socio-démocrates Maria Joao Rodrigues. L'Allemand issu de la CSU, l'alliée bavaroise d'Angela Merkel, vient en effet d'annoncer ses ambitions de devenir le futur président de la Commission européenne. -

En attendant, l'un des dirigeants plutôt proches du Premier ministre hongrois, le chancelier autrichien Sebastian Kurz, allié à l'extrême droite dans le gouvernement autrichien, a estimé ce mardi que la Hongrie ne devait pas échapper à une sanction selon l'article 7 du Traité européen:

Les eurodéputés sont appelés à se prononcer sur une résolution demandant au Conseil (les Etats membres) de "constater l'existence d'un risque clair de violation grave par la Hongrie des valeurs sur lesquelles l'UE est fondée" dans le cadre de l'article 7 du traité sur l'UE.

Le rapport de l'eurodéputée Judith Sargentini (Verts) énumère les "préoccupations" du Parlement, qui portent sur le "fonctionnement du système constitutionnel et électoral", "l'indépendance de la justice", "la corruption et les conflits d'intérêts" ou encore diverses libertés individuelles ainsi que les droits des réfugiés.

Une procédure rarissime

La procédure de l'article 7 est rarissime: elle a été lancée pour la première fois fin décembre 2017 contre la Pologne, à l'initiative de la Commission européenne.

La validation du lancement de la procédure dite de l'article 7 se fait selon des règles contraignantes: outre la simple majorité des voix (376), la résolution doit recueillir au moins les deux-tiers des suffrages exprimés. Un résultat d'autant plus difficile à obtenir que le principal groupe politique au Parlement européen, le Parti populaire européen (PPE, droite, 218 eurodéputés), accueille en son sein le Fidesz, le parti de Viktor Orban (12 représentants dans l'hémicycle). Le PPE regroupe aussi des formations comme la CDU d'Angela Merkel, le parti chrétien-social du président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker ou encore les Républicains en France.

Contre la Hongrie, l'exécutif européen a jusqu'à présent recouru à plusieurs procédures d'infraction pour exprimer son mécontentement: sur le non-respect de la législation de l'UE en matière d'asile, sur la loi qui rend passible de poursuites pénales l'aide aux migrants, sur le financement des ONG et sur la loi sur l'enseignement supérieur.

"La grande question c'est de voir comment le PPE (Parti popumaire européen, ou siège le Fidesz, parti de Viktor Orban) va voter, et particulièrement (le président du groupe) Manfred Weber", a résumé la vice-présidente du groupe des socio-démocrates Maria Joao Rodrigues.

L'Allemand issu de la CSU, l'alliée bavaroise d'Angela Merkel, vient en effet d'annoncer ses ambitions de devenir le futur président de la Commission européenne. - Enjeu politique - Dans un entretien au quotidien autrichien Standard, Manfred Weber a assuré qu'il n'y avait au sein du PPE "pas de traitement de faveur" en faveur de Viktor Orban. "Si Orban se montre prêt au compromis (...) et explique comment il veut résoudre le problème, nous serons prêts à discuter", a expliqué Manfred Weber. Vote de groupe ou choix laissés à ses membres, le PPE décidera à l'issue du débat.

L'enjeu politique de ce vote n'échappe à personne à l'approche des élections européennes. Fin août, Viktor Orban, après une rencontre avec le ministre de l'Intérieur italien Matteo Salvini a désigné le président français Emmanuel Macron comme son adversaire principal en Europe. Déclenchant une réponse immédiate de ce dernier, qui a assuré qu'il ne "céderai(t) rien aux nationalistes et à ceux qui prônent un discours de haine".

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