Vidéo macabre de l'Etat islamique: la guerre psychologique en Irak

Vidéo macabre de l'Etat islamique
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Les jihadistes de l'Etat islamique qui progressent depuis deux mois en Irak publient une vidéo de propagande à la mise en scène d'une rare violence. Il s'agit de terroriser la population pour en obtenir la soumission, de mener une guerre psychologique. Une stratégie de communication très offensive sur les réseaux sociaux, qui soutient une avance militaire rapide sur le terrain.

Des chants militants, des images sur lesquelles apparaît en permanence le drapeau noir de l'Etat Islamique, des cohortes de prisonniers maltraités avant leur exécution une balle dans la nuque, la préparation d'un attentat-suicide, des destructions de mosquées au bulldozer ou à l'explosif, le tout entrecoupé de petits extraits de prêches : le registre de la vidéo de propagande de l'Etat Islamique fait appel à tous les canons du genre, avec le curseur de l'ultra-violence poussé à fond.

Ses militants, armés jusqu'aux dents en permanence, se lèvent comme un seul homme à l'appel au combat. On les voit aussi parader en gros 4X4 voire à cheval.

Mais ce qui frappe le plus, ce sont les violences, le mépris de la vie humaine, des hommes abattus par dizaines, les mitraillages de convois ou les explosions destructrices.

Le tout est filmé par une caméra très mobile et souvent idéalement placée pour rendre l'action et le point de vue des combattants.

C'est la nouvelle vidéo de propagande en date du mouvement dont rien ne semble freiner l'avance en Irak. Six minutes d'images à la limite du supportable, dont voici un montage des extraits les moins violents.

La violence de cette vidéo vise à terroriser la population et l'armée régulière et à démontrer la détermination sanglante des combattants jihadistes face à leurs ennemis.

L'utilisation de vidéos et de photos correspond à la guerre psychologique 2.0, qui se mène sur les réseaux sociaux. Depuis longtemps, les jihadistes utilisent internet comme moyen de communication, mais l'Etat islamique semble avoir décidé d'aller encore plus loin en se montrant encore plus offensif et plus violent.

Les jihadistes documentent leurs faits de guerre quasiment en direct sur Twitter et Facebook. Ils disposent pour cela de leur propre service de communication et développent des applications dédiées, comme celle qui a permis d'envoyer 40 000 tweets en une journée lors de prise de Mossoul.

Leurs services n'hésitent pas à rehausser la couleur du sang sur les photos et les vidéos, afin de choquer les esprits. Une société de production prend soin de tourner des images de standard professionnels qui tranche avec l'amateurisme habituel des vidéos publiés par les groupes terroristes.

Un Etat islamique non reconnu mais conquérant

Qui sont ces jihadistes ? Ce sont les combattants de l'Etat islamique, un Etat ultra-radical sunnite, internationalement non reconnu qui contrôle d'importants territoires en Syrie et en Irak.

Il s'est autoproclamé le 13 octobre 2006 en Irak, avant de profiter du conflit en Syrie voisine pour s'étendre et proclamer un Etat islamique en Irak et au Levant en avril 2013.

Il contrôle 7 provinces dans le nord de la Syrie et 9 à l'est de l'Irak.

Emirat jusqu'au 29 juin 2014, il s'est depuis proclamé califat.

C'est l'émir Ibrahim Awad Ibrahim Ali al-Badri, qui aurait 43 ans, qui est devenu calife sous le nom d'Ibrahim.

Outre ses territoires irakiens et syriens, son Etat disposerait de partisans dans le sud de la Turquie, au Liban, en Jordanie, à Gaza, dans le Sinaï et ailleurs. Il revendique d'ailleurs le leadership sur le monde musulman et sur les groupes armés islamistes. En cela, il concurrence Al-Qaïda et demande aux groupes armés jihadistes salafistes de reconnaître son autorité.

Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) a rejeté cette annonce de l'Etat islamique.

Le prédicateur islamiste Abou Qatada, un temps considéré comme "l'ambassadeur en Europe de (Oussama) Ben Laden", le fondateur d'Al-Qaïda, et jugé pour terrorisme en Jordanie, a lui aussi dénoncé l'annonce du califat par l'EI comme "nulle et non avenue, et sans aucun sens parce qu'elle n'a pas été approuvée par les jihadistes dans d'autres parties du monde".

Du point de vue politique, l'Etat islamique est théocratique, il prône l'application rigoureuse de la charia et rejette démocratie, laïcité et nationalisme.

Ses principaux ennemis sont les chiites, et donc l'Iran voisin. En Irak, l'armé régulière, chiite et incapable de lui reprendre les territoires conquis, est son adversaire, mais il s'oppose aussi au Kurdes d'Irak. L'effondrement de l'armée irakienne a livré à ces Peshmergas un immense territoire qu'ils revendiquaient. Désormais, ils partagent une ligne de démarcation d'un millier de kilomètres avec l'Etat islamique.

Outre ses exigences envers les femmes qui ne peuvent sortir que portant le niqab et accompagnée d'un membre de leur famille, l'Etat islamique a rétabli le statut dhimmi pour les membres des autres religions (révélées), chrétiens, juifs et zoroastriens : ceux-ci sont tenus de s'acquitter d'un impôt de protection s'ils veulent rester sur son territoire sans se convertir à l'islam. Cette mesure et les exactions dont ils sont victimes entraînent un exode des chrétiens d'Orient.

JFH

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