Victoire du FN en France: "Un début d'adhésion à Marine Le Pen", "une défaite de Sarkozy"

Victoire du FN en France: "Un début d'adhésion à Marine Le Pen", "une défaite de Sarkozy"
Victoire du FN en France: "Un début d'adhésion à Marine Le Pen", "une défaite de Sarkozy" - © ERIC FEFERBERG - AFP

La victoire du Front national (FN) au premier tour des élections régionales en France, n'est pas un avertissement de l'électorat aux autres formations politiques, estime Stéphane Rozès, président de Cap (Conseils, analyses et perspectives), enseignant à Sciences-Po et HEC, invité de L'Acteur en Direct de Matin Première ce lundi.

Cette fois, dit-il, il s'agit "d'assumer positivement le fait que le Front national puisse diriger des régions et c'est en cohérence avec l'évolution même de Marine Le Pen qui a rompu avec son père en reprenant des thématiques républicaines, contrairement à son père, et en prétendant défendre et incarner la nation républicaine".

Autrement dit, il y voit "un vote de début d'adhésion" et non plus un vote contestataire ou de sanction vis à vis des formations au pouvoir. 

Les Français attachés à l'idée républicaine

Cette "montée spectaculaire" de l’extrême droite résulte, selon ce politologue, "de la difficulté de la droite et de la gauche de porter l'idée républicaine à laquelle les Français sont attachés depuis le début des années 90".

L'électorat reproche aux partis traditionnels de droite et de gauche "de porter les intérêts de minorités, mais pas ceux de la nation"

C'est pour cette raison, dit-il, qu'il y a "une montée du nationalisme dans les pays européens. Parce que les politiques européennes prétendent, par le haut, fusionner des peuples à partir de politiques économiques et de gouvernances politiques uniques. Or justement, ce qui fait la spécificité de l'Europe depuis des siècles, c'est le contraire : c'est faire de la diversité culturelle du commun".

La progression du FN en France (plus que partout ailleurs en Europe) provient donc "d'une volonté du peuple français et du peuple européen d'être maître de leur destin". En d'autres mots, les Français veulent que les décisions viennent de l'intérieur et pas de l'extérieur. 

Nicolas Sarkozy, "le perdant"

C'est ce qui explique pourquoi Nicolas Sarkozy (Les Républicains) est, sans doute, le grand perdant de ces élections, affirme Stéphane Rozès. Car l'idée du président de la droite est de combattre l'extrême droite en reprenant ses thèmes.

"Or le sujet n'est pas de combattre le Front national mais de redresser la République. Or, on ne redresse la République qu'à partir d'un projet ou d'une vision, non pas en entretenant le terreau du Front national qui est de se distinguer par rapport aux autres, mais en proposant un projet positif à la France. C'est ça que la droite, sous Nicolas Sarkozy, n'a pas été en mesure de faire. Alain Juppé l'incarne plus. D'où le fait que le peuple de droite préfère Alain Juppé à Nicolas Sarkozy. Mais très certainement, ce sera plus Nicolas Sarkozy, selon moi, que François Hollande, qui apparaîtra comme le perdant de cette progression du Front national".

D'ailleurs, "les nombres de régions conservés ou gagnés par les uns et les autres devraient montrer que, finalement, la gauche s'en sort pas si mal que ça alors que la progression du Front national s'est fait au détriment de l'orientation de Nicolas Sarkozy", ajoute-t-il.

Un signe pour l'élection présidentielle de 2017 ?

Ces résultats ouvrent-ils la voie à Marine Le Pen pour l'élection présidentielle française de 2017 ? C'est en tout cas ce que pense Stéphane Rozès : "Il y a six mois dans mes analyses, je disais qu'il était illusoire de penser que le candidat face à Marine Le Pen au deuxième tour automatiquement l'emporterait. Justement parce que Marine Le Pen a fait bouger le Front national sous la pression du pays parce qu'elle, contrairement à son père, veut aller au pouvoir".

"Si Marine Le Pen semble pour certains incarner la nation (et non pas des minorités) et la volonté de la France de reprendre son destin en main, il y a effectivement un risque pour qu'elle puisse emporter la présidentielle. Mais si elle emporte la présidentielle, le Front national qui emportera la présidentielle ne sera pas le front national d'hier", conclut-il.

Ecoutez ou réécoutez Stéphane Rozès : 

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