Victoire de la droite conservatrice en Grèce : " Il y a un véritable vote sanction contre Alexis Tsipras"

Les Grecs n’ont donc pas renouvelé leur confiance à Alexis Tsipras et son parti, Syriza. C’est le parti de la droite conservatrice, et son leader Kyriakos Mitsotakis, qui remporte le scrutin avec 158 sièges sur 300. Alexis Tsipras, le Premier ministre sortant, décroche lui 86 sièges. L’autre enseignement de ces élections législatives est le taux d’abstention qui a atteint 42%. "C’est un record inégalé depuis le retour de la démocratie en Grèce, en 1974," affirme Alexia Kefalas, correspondante de la RTBF en Grèce. Pour elle, l’explication de ce taux d’abstention record est l’enchaînement des élections européennes, municipales et régionales dans un laps de temps court. "Il y a une forme de lassitude qui s’est installée, d’autant plus que le message des Grecs était vraiment passé pendant les Européennes. Il y avait eu 10 points d’écart entre Nouvelle Démocratie, le parti conservateur qui était devant, et le Parti de la Gauche radicale d’Alexis Tsipras. Les messages étaient donc passés. Pour les Grecs, il y avait une forte mobilisation, ce qui était rare pour les Européennes. Mais beaucoup n’ont pas pu voter, parce qu’en Grèce, le deuxième pilier de l’économie est le tourisme, donc beaucoup ont des emplois saisonniers et ils ne pouvaient pas quitter leur emploi, pour aller voter."

Qui est Kyriakos Mitsotakis, le futur Premier ministre ?

Le successeur d’Alexis Tsipras n’est pas un inconnu en Grèce. Kyriakos Mitsotakis est le fils de l’ancien Premier ministre, Constantin Mitsotakis, qui a occupé ce poste de 1990 à 1993. Il est aussi le frère de l’ancienne ministre des Affaires étrangères., Dora Bakoyannis, aussi maire d’Athènes entre 2004 et 2006 et enfin, il est l’oncle du nouvellement élu maire d’Athènes, Kostas Bakoyannis. "Il a donc tous les ingrédients pour qu’on le compare à l’un de ses descendants des dynasties politiques comme la Grèce sait très bien en faire et qui dirige le pays depuis une cinquantaine d’années. Sauf que Kyriakos Mitsotakis a réussi à se faire un prénom. Même s’il est conservateur, il a quand même réussi à dépoussiérer un peu le parti avec son style sans cravate et sans cheveux grisonnants et il a vraiment été la surprise de ce parti, parce qu’il était donné outsider et il a finalement remporté la victoire au sein de Nouvelle Démocratie." assure Alexia Kefalas. " Pendant trois ans et demi, il a vraiment sillonné la Grèce pour rassurer les Grecs, pour montrer qu’il était effectivement le fils de l’ancien Mitsotakis qui était très libéral, mais que lui avait une politique un peu plus sociale, à commencer par la baisse des impôts. ​​​​​​"

Ce qu’il veut ? "Un retour à la normalité"

Lors de sa campagne, Kyriakos Mitsotakis a défendu un programme axé sur des réformes d’un point de vue économique, et un programme présentant des aspects sécuritaires, comme l’explique Alexia Kefalas. " Ce que veut Kyriakos Mitsotakis, c’est un retour à la normalité. Dans le mot " normalité ", il y a le mot " norme ", et pour lui, un État doit fonctionner avec des normes. Il a alors décidé d’aller très vite. Après l’annonce de son gouvernement, la Vouli, qui est le Parlement, va rouvrir pour faire passer directement trois projets de loi, dont l’un est la réforme du Code pénal parce qu’il considère que les attaques de groupuscules d’extrême gauche contre des médias et contre des civils qui n’ont jamais été condamnées par le gouvernement d’Alexis Tsipras doivent non seulement être condamnées, mais également être punies." Il a aussi mis en avant une réforme économique, non seulement avec la baisse des impôts, mais aussi avec un régime fiscal complètement revu qui passe notamment par la numérisation du système. Et, enfin, qu’en est-il du dossier de la migration ? " Sur l’immigration, il a une politique conservatrice, comme la lignée traditionnelle de son parti. Lui, ce qu’il considère, c’est que le problème du dossier migratoire n’est pas un problème grec, mais est un problème européen et qu’il va falloir le gérer de manière beaucoup plus coordonnée avec l’Union européenne."

"Les Grecs espèrent de meilleures conditions de vie"

La crise, et les cures d’austérité durent depuis 10 ans maintenant en Grèce. Les Grecs attendent donc de leur nouveau Premier ministre qu’il améliore leurs conditions de vie. Les Grecs ont été saignés par ces trois cures d’austérité à répétition : des coupes en permanence sur les salaires et les retraites, des kyrielles de taxes tous les jours… Ils n’ont jamais vu le bout du tunnel. Ce qu’on peut dire, c’est qu’il y a un véritable vote sanction contre Alexis Tsipras qui, quand il est arrivé au pouvoir en 2015, devait affronter l’Union européenne et le Fonds monétaire international et qui dictait, comme il disait, une austérité qui ne servait à rien. Sauf que quelques mois plus tard, il a tourné le dos à ses engagements. Il n’y a pas véritablement de vote d’adhésion pour Kyriakos Mitsotakis, mais ils se disent qu’il faut maintenant un vrai retour à la normalité et que s’il faut tourner la page Tsipras, c’est peut-être aussi tourner définitivement cette page de l’austérité," explique la journaliste.

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