Viande de cheval dans les lasagnes: deux abattoirs roumains impliqués

"Nous avons diligenté une enquête, une enquête pour d'abord connaître la vérité et puis pour établir bien évidemment les responsabilités, parce que nous devons ça aux consommateurs", a-t-il déclaré sur BFM TV. "Cette enquête permettra de remonter toute la chaîne de la traçabilité pour connaître exactement ce qui s'est passé", a-t-il ajouté. "S'il y a défaillance, s'il y a responsabilité avec faute, il y aura des sanctions, cela va de soi."

Deux abattoirs roumains impliqués

Le ministère roumain de l'Agriculture a annoncé mener une enquête sur les livraisons de viande vers la France, après avoir été informé par les autorités françaises que deux abattoirs roumains seraient impliqués dans le scandale des lasagnes au cheval en Grande-Bretagne.

"L'autorité sanitaire vétérinaire roumaine (ANSVSA) a contacté les autorités vétérinaires françaises qui ont confirmé qu'il s'agit de deux sociétés de Roumanie disposant d'une autorisation sanitaire vétérinaire pour l'abattage et le dépeçage du boeuf, du porc, du mouton et du cheval", a indiqué le ministère dans un communiqué transmis à l'AFP.

"Un complot criminel"

"Il est possible que nous ayons d'autres mauvaises nouvelles. (...) Je pense que nous devons être réalistes", a déclaré M. Paterson, à l'issue d'une réunion d'urgence à Londres avec les autorités sanitaires et les principales chaînes de supermarchés, dont Tesco, Asda, Morrisons et Sainsbury's.

Le ministre a rappelé qu'il avait demandé des tests sur tous les plats préparés à la viande de boeuf et qu'il attendait des "résultats significatifs" d'ici vendredi. Dans ce scandale, on a soit affaire à "une grave négligence", soit à "un complot international criminel", consistant à mettre volontairement du cheval  dans des produits étiquetés "viande de boeuf", a estimé M. Paterson.

Une plainte contre X

Une enquête avait été lancée il y a quelques semaines en Grande-Bretagne à la suite de la découverte de produits non conformes vendus dans les supermarchés Tesco et dans des restaurants de la chaîne Burger King. On a découvert des traces ou parfois des quantités importantes de viande de cheval et/ou de porc dans des préparations censées être au bœuf.

La filiale britannique du fabricant de produits surgelés Findus a commencé cette semaine à rappeler les lots concernés, après avoir été avertie par l'un de ses fournisseurs, le français Comigel. Vendredi, le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, avait assuré qu'une enquête serait menée. Comigel, dont le siège est à Metz, dit avoir identifié "le fournisseur responsable" et avoir retiré tous les produits qui lui sont liés.

Le groupe agroalimentaire Findus a annoncé samedi qu'il déposerait dès lundi une plainte contre X. "Nous avons été trompés", a déclaré le directeur général de Findus France Matthieu Lambeaux dans un communiqué.

Spanghero, le fournisseur français de la viande pour des lasagnes de Findus, a lui affirmé samedi qu'il poursuivrait le producteur roumain auprès duquel il s'était approvisionné : "Nous avons acheté de la viande de boeuf origine Europe et nous l'avons revendue. S'il s'agissait bien de cheval, nous allons nous retourner contre le fournisseur roumain", a déclaré Barthélémy Aguerre, président de Spanghero.

Peut-être une fraude depuis août

Findus a appris "dans une lettre du 2 février 2013 émanant du fournisseur" de lasagnes Comigel que la fraude pouvait dater "du mois d'août 2012", a déclaré le groupe de produits surgelés dans un communiqué publié à Londres. Findus a insisté sur le fait qu'il n'était pas "au courant l'an dernier du problème de contamination à la viande chevaline".

Findus réagissait à l'extrait d'une lettre reproduite par le député britannique travailliste (opposition) Tom Watson sur son site internet et envoyée selon lui par Findus à ses détaillants. Des enquêtes "ont conduit l'un des nos fournisseurs basés en France à nous informer par écrit le 2 février 2013 que les produits de base fournis depuis le 1er août 2012 sont probablement non conformes et en conséquence que l'étiquetage des produits finis est incorrect", peut-on lire dans le texte reproduit. "Le fournisseur nous a demandé de retirer les lots" en question, selon la même source.

Pas de risque pour le consommateur, du moins en principe

Cela dit, vu du côté du consommateur, on ne peut reprocher au fabricant qu’une faute relativement mineure (du moins par rapport à l’ampleur du scandale) : celle d’avoir fourni un produit non conforme à l’étiquetage. Car a priori la santé des consommateurs n’a pas été menacée par la présence de viande de cheval, qui est très saine. Du moins si la provenance de cette viande de cheval est sûre. En effet, soit elle provient d'un élevage de chevaux de boucherie et ceux-ci sont nourris et soignés conformément aux normes sanitaires, soit il s'agit de chevaux de réforme, ex-chevaux de trait ou de monte en fin de carrière. Dans ce dernier cas, ils ne peuvent servir à l'alimentation humaine que si leur carnet sanitaire présente toutes les garanties qu'aucun médicament les rendant impropres à la consommation ne leur a été administré au cours de leur vie.

Or dans le cas qui nous occupe, l'origine de la viande de cheval n'est pas encore connue. Pire encore, le fait qu'elle ait été mélangée ou substituée à une autre viande la rend d'office suspecte. Ce qui inquiète à juste titre Robin Heargraves de l'Association des vétérinaires britanniques : "Les quantités de médicament que vous pourriez avoir ingéré en mangeant des animaux qui ont été traités avec des médicaments sont très faibles. Mais comme ici les risques sont non quantifiables, vous ne devriez pas y être exposé."

Surtout une question de psychologie

Au Royaume-Uni, la consommation de viande de cheval est un puissant tabou culturel. De même que celle de lapin, considéré actuellement plus comme un animal de compagnie que comme un gibier.

Ce n’est pas le seul blocage alimentaire lié à la culture : les Occidentaux rechignent majoritairement à manger des insectes mais se régalent de crevettes, les Japonais refusent souvent le fromage, certains peuples Africains n’absorbent pas de poisson mais mangent du chien, du singe ou des larves, plusieurs peuples d’Amérique du Sud dégustent les cochons d’Inde, les Finlandais et les Canadiens mangent de l’ours, et en ce qui concerne le kangourou, dont certaines espèces qui prolifèrent sont devenues nuisibles, les avis sont partagés, aussi bien dans leurs pays d’origine que dans leur pays d’export.

Des chevaux élevés pour la viande

Pour en revenir au cheval, "il était couramment consommé en Belgique jusque dans les années 50 ou 60", rappelle Eric Boschman, élu meilleur sommelier du monde en 2010 et l’un des spécialistes belges de la gastronomie. Il a écrit avec Nathalie Derny "Le goût des Belges" (Ed. Racine).

Même si les boucheries chevalines se raréfient, elles existent encore, "mais il n’y a plus d’élevages de chevaux de boucherie chez nous", explique-t-il. "La viande de cheval consommée en Belgique provient d’animaux élevés dès le départ pour leur viande, principalement dans des pays de l’Est de l’Europe. On ne risque pas de retrouver son compagnon d’équitation dans son assiette."

Il faut d’ailleurs savoir que les propriétaires d’un cheval peuvent s’opposer par une mention sur les papiers d’identité du cheval, à ce qu’il termine dans la filière de la boucherie. "Ils finissent alors au clos d’équarrissage où ils sont incinérés ou ils sont recyclés en savonnerie, relève Eric Boschmann, est-ce mieux ? Par contre consommer la viande de cheval est sain : elle est beaucoup plus maigre, plus pauvre en cholestérol, plus riche en fer que celle de boeuf. Et l’impact de la production de viande de cheval est beaucoup moins négatif sur l’environnement que celui de la production de bœuf. Il faut beaucoup moins d’eau et les chevaux émettent beaucoup moins de gaz à effet de serre. Enfin la filière économique de la boucherie chevaline permet de conserver l'existence de certaines races qui autrement disparaîtraient. Bref, refuser la viande de cheval, c’est un tabou culturel récent. Mais les choses changent, les contours sont flous."

Manger du cheval n’est pas incompatible avec l’amour du cheval, comme le montrent de nombreux cavaliers qui en consomment sans états d’âme, de même que la plupart des grands peuples de cavaliers, comme les Mongols. Il se dit même que le "filet américain", une spécialité belge, et qui traditionnellement est fait avec du steak de cheval, trouve son origine dans l’abattage massif des chevaux américains de l’armée US démobilisés à la fin de la guerre de 14-18.

Patrick Bartholomé

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