Verhofstadt: comment la tragédie grecque s'est transformée en drame européen

Guy Verhofstadt: Comment la tragédie grecque s'est transformée en drame européen
Guy Verhofstadt: Comment la tragédie grecque s'est transformée en drame européen - © GEORGES GOBET - IMAGEGLOBE

Ce mercredi, l'eurodéputé Guy Verhofstadt, chef du groupe des libéraux (ADLE) au Parlement européen, s'est exprimé sur l'accord obtenu ce mardi entre les ministres des Finances de la zone euro et qui concerne le déblocage de nouveaux prêts à destination de la Grèce pour un montant de 10,3 milliards d'euros. 

En compagnie de Stavros Theodorakis, leader du parti centriste grec To Potami, de Jean Arthuis, président de la commission des budgets du Parlement européen et de l'eurodéputé grec Miltos Kyrkos, Guy Verhofstadt dresse le bilan de la gestion de la crise grecque par les institutions européennes mais aussi par la Grèce. La conférence de presse organisée par les quatre participants s'intitulaient "La vérité sur la Grèce: comment une tragédie grecque se transforme en drame européen". Le ton est donné.

Sur le déblocage de ces nouveaux prêts à Athènes, Guy Verhofstadt se réjouit mais tempère aussitôt : "Pour la Grèce et les citoyens grecs, c’est une bonne nouvelle, autrement, c’était la faillite. Mais ça ne va pas résoudre les problèmes. Si on analyse très consciencieusement ce qui a été fait ces dernières années, on voit qu’on s’attaque aux conséquences de la crise grecque mais pas aux vrais sources de cette crise".

Parmi les sources de cette crise, Guy Verhofstadt identifie notamment le système clientéliste grec, la mauvaise gestion, voire l'absence de gestion, des administrations publiques ou encore le manque d'investissements dans l'économie grecque : "Voilà les vrais problèmes, il faut s’attaquer à ça et il faut un plan de réformes pour ça. C’est beaucoup plus important que le solde primaire, le montant de la dette publique ou le déficit fiscal par exemple".

Alors pourquoi les institutions européennes et la Grèce continuent-elles à s'accorder sur des mauvaises solutions ? Pour Guy Verhofstadt, c'est simple, on a toujours fait comme ça : "C’est le modèle qu’on a utilisé dès le début de cette crise, c’est un modèle purement mathématique qui s’exprime en solde primaire, en dette publique, en déficit fiscal,… Et on a nié l’existence des vrais problèmes de société qui font que la Grèce est tombée dans ces problèmes-là".

On n’a même pas encore commencé à résoudre les problèmes en Grèce

Si Guy Verhofstadt dénonce les méthodes des institutions, il pointe aussi la responsabilité des gouvernements grecs successifs, trop attachés, selon lui, à leur système clientéliste : "En plus, les institutions qui appliquent ces méthodes sont aidées par les gouvernements successifs en Grèce qui ne veulent pas changer le système parce qu’ils en profitent. Ils aiment le système clientéliste, ils veulent continuer cette administration dans laquelle ils nomment leurs amis politiques. Samaras l’a fait, Tsipras continue simplement cette mauvais habitude". Mais l'eurodéputé insiste, c'est aux institutions européennes que revient la plus grande part de responsabilité : "C’est à nous de dire qu’on ne peut plus continuer comme ça, qu’on doit changer de cap. En plus, ce qu’on constate aussi, c’est que parmi les mesures demandées à la Grèce, il n’y en a que  14% implémentée. Officiellement c’est 43%. Ce n’est même pas assez pour réussir à l’école, mais en politique, ça marche. En réalité, ce n’est que 14% des mesures demandées par les institutions qui sont réalisées sur le terrain en Grèce".

Verhofstadt en est convaincu, la perspective d'une relance économique en Grèce est inexistante si on continue sur cette voie-là. Selon lui, le décalage se creuse entre la "non-croissance" de la Grèce et la croissance des autres membres de la zone euro, il faut une autre approche : "Il faut en finir avec ces MoU (de l’anglais Memorandum of Understanding, le protocole d’accord signé entre la Grèce et la Commission européenne qui balise les conditions d’aide à la Grèce, NDLR), les adjustment programmes, tout 'ce bidule' très bureaucratique qu’on a mis en place. (...) Aujourd’hui, on donne de nouveau l’impression qu’après la décision de l’Eurogroupe, tous les problèmes sont résolus. Ce n’est pas le cas. On n’a même pas encore commencé à résoudre les problèmes en Grèce. Il faut le faire maintenant".

S'attaquer au système clientéliste, à la justice - trop politisée -, promouvoir les investissements privés, ... Guy Verhofstadt propose une série de solutions pour en finir avec le mal grec. Et il en est persuadé, beaucoup de Grecs ne veulent plus de l'approche des institutions européennes : "Il y a certainement une majorité de citoyens. Les gens en ont marre de ces soi-disant réformes qui en fait ne changent rien si ce n’est qu’ils doivent toujours payer plus. Ça, c’est la réalité. Les seules mesures qui sont vraiment réalisées sont des augmentations d’impôt ou des diminutions de salaire. Surtout pour les gens simples, surtout pour les petites et moyennes entreprises, ce qui tue encore davantage cette économie ".

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