Venezuela: pourquoi la Russie soutiendra Maduro à tout prix

Rencontre entre Maduro et Poutine à Moscou en décembre 2018
Rencontre entre Maduro et Poutine à Moscou en décembre 2018 - © MAXIM SHEMETOV - AFP

Un parfum de guerre froide plane sur la crise au Vénézuela depuis que la Russie a envoyé deux avions militaires en direction de Caracas le weekend dernier. Les USA ont vivement critiqué ce débarquement d’une centaine de militaires russes et de plusieurs tonnes de matériel dans la capitale vénézuélienne.

Depuis lors, Russes et Américains s’accusent mutuellement d’exacerber les tensions, Washington soutenant fermement l’opposant Juan Guaido alors que Moscou est l’allié le plus fervent du régime en place.

Ce lien qui apparaît comme indéfectible entre Poutine et Maduro, il peut paraître surprenant au vue de la situation délicate de la Russie sur le plan international, déjà empêtrée dans les conflits syrien et ukrainien. Pourtant, cette alliance s’explique par plusieurs facteurs qui sont détaillés dans un rapport publié en février par le Centre de Recherche Woodrow Wilson de Washington. Il est signé par Vladimir Rouvinski, un politologue russe respecté spécialiste des relations de son pays d’origine avec l’Amérique Latine.

Un allié historique

Le rapprochement entre les deux pays ne date pas d’hier, il remonte en réalité à la fin des années 90, au moment où l’ex-président Chavez accède au pouvoir. A ce moment-là, on assiste rapidement à une dégradation spectaculaire des relations américano-vénézuéliennes, sur fond de passe d'armes entre G.W. Bush et Hugo Chavez.

Une fois au pouvoir, Vladimir Poutine flaire l’opportunité de faire du Venezuela un partenaire privilégié afin d’étendre la sphère d’influence russe en Amérique Latine. Une stratégie qui s’inscrit dans une ambition globale de rendre à la Russie son lustre d’antan sur la scène internationale et d’ainsi contrebalancer l’hégémonie américaine.

En deux décennies d’idylle entre les deux pays, l’alliance a largement dépassé le cadre diplomatique. Le Venezuela est devenu un client privilégié pour le complexe militaro-industriel russe. Au fil des années, les dépenses militaires vénézuéliennes se chiffrent en milliards et ce, exclusivement auprès de l’industrie russe.

Un enjeu primordial : le pétrole

Le Venezuela regorge de pétrole et son exploitation est depuis longtemps la colonne vertébrale de l’économie du pays. C’est d’ailleurs la chute spectaculaire des cours du pétrole en 2014 qui est à la source de la crise actuelle.

Naturellement, les ressources en hydrocarbures sont aussi la pièce centrale des relations économiques entre Caracas et Moscou. Depuis 2010, la société pétrolière d’Etat russe Rosneft a investi environ 9 milliards de dollars dans des projets pétroliers au Venezuela. Des investissements qui n’ont pas encore été rentabilisé.  

En tout, c’est 3 milliards de dollar que le Venezuela doit encore aux Russes. Dans ce contexte, on imagine mal Poutine lâcher son allié alors que cela se traduirait en perte colossales pour les acteurs économiques russes.

Vladimir Poutine recevant Nicolas Maduro à Moscou, le 04 octobre 2017

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