Venezuela: Maduro prête déjà serment pour un mandat qui débutera le 10 janvier

Le président vénézuélien Nicolas Maduro a prêté serment le 24 mai 2018 à Caracas
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Le président vénézuélien Nicolas Maduro a prêté serment le 24 mai 2018 à Caracas - © Federico Parra

Faisant fi des critiques de la communauté internationale sur sa réélection dimanche, le président vénézuélien Nicolas Maduro a prêté serment dès jeudi, bien que son second mandat de six ans ne commence que le 10 janvier.

Vêtu d'une écharpe aux couleurs jaune, bleue et rouge de son pays, le dirigeant socialiste est apparu lors d'une cérémonie devant les membres de l'Assemblée constituante, uniquement composée de ses partisans, et devant les hauts responsables de l’État et de l'armée.

"Je jure devant ce pouvoir de l'Assemblée constituante toute-puissante, devant la Constitution (...), devant le peuple du Venezuela, de respecter et faire respecter la Constitution et mener tous les changements révolutionnaires", a déclaré le chef de l’État socialiste.

Au pouvoir depuis 2013, le président de 55 ans a assuré que ces "changements" mèneraient le Venezuela à "la paix, la prospérité et au bonheur".

Une inflation de 13.800%

Le pays pétrolier, autrefois le plus riche d'Amérique latine, est plongé dans une crise économique historique, se débattant entre hyperinflation (attendue à 13.800% cette année par le FMI) et graves pénuries d'aliments et de médicaments.

Malgré ce paysage de désolation et la forte impopularité qui en découle, Nicolas Maduro a été réélu dimanche, avec 68% des voix contre 21,2% pour son principal adversaire, Henri Falcon.

14 pays ont rappelé leurs ambassadeurs

Le scrutin, boycotté par l'opposition qui y voyait une "supercherie", a immédiatement été dénoncé par une grande partie de la communauté internationale, dont le groupe de Lima, alliance de 14 pays du continent américain, qui ont retiré dès lundi leurs ambassadeurs à Caracas.

L'Union européenne a critiqué des irrégularités et le ton est vite monté avec les États-Unis, cible traditionnelle du gouvernement chaviste: M. Maduro a ordonné l'expulsion des deux plus hauts représentants diplomatiques américains dans son pays.

Washington a répliqué en ordonnant mercredi l'expulsion de deux diplomates vénézuéliens sous 48 heures.

"Besoin de légitimité"

Malgré la tempête diplomatique, Nicolas Maduro a prêté serment devant Delcy Rodriguez, présidente de l'Assemblée constituante, qui avait avancé l'élection présidentielle de décembre à mai.

"Le président avance la prestation de serment car il ne veut pas laisser de vide d'ici janvier", expliquait l'analyste Luis Vicente Leon. "Il a besoin de se donner une légitimité dans ce processus, même s'il s'agit de la légitimité chaviste".

Le chef de l’État ne peut en effet se prévaloir de la légitimité des urnes alors que le scrutin a été marqué par une abstention de 54%, son record depuis les débuts de la démocratie dans le pays en 1958.

Le second mandat, qui s'achèvera en 2025

"Vous jurez de renforcer le caractère anti-impérialiste et anti-oligarchique de la révolution bolivarienne et le caractère socialiste de ce processus en profondeur de transformation", a demandé Mme Rodriguez au chef de l’État, qui a réitéré sa loyauté à son défunt mentor, Hugo Chavez (1999-2013).

Elle a précisé qu'une cérémonie d'investiture aurait lieu à la date prévue initialement, le 10 janvier, pour donner le coup d'envoi du second mandat, qui s'achèvera en 2025.

La Constitution prévoit pourtant que le président élu soit investi par le Parlement, unique institution contrôlée par l'opposition. Mais celle-ci est privée depuis quelques mois de l'essentiel de ses prérogatives par la Constituante.

Il doit recevoir le soutien de l'armée

"Il faut une rectification en profondeur, il faut refaire les choses en mieux. Nous ne faisons pas bien les choses et nous devons changer ce pays", a reconnu dans son discours le président Maduro, qui doit se rendre ensuite à une cérémonie au ministère de la Défense où il recevra de l'armée, son soutien le plus crucial, une "réaffirmation de loyauté".

Mais de nombreux experts prédisent une aggravation de la crise sociale et économique du Venezuela, de plus en plus isolé sur la scène diplomatique et menacé d'un embargo pétrolier par les États-Unis, qui lui achètent un tiers de son brut.

Le pays est déjà classé en défaut de paiement partiel par les agences de notation.

Elections Vénézuela : victoire contestée de Nicolas Maduro au JT 19h30 du 21/05/2018

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