Venezuela: comment en est-on arrivé là?

Venezuela: Comment en est-on arrivé là?
Venezuela: Comment en est-on arrivé là? - © YURI CORTEZ - AFP

Le président autoproclamé Juan Guaido a appelé les citoyens à descendre dans la rue ce mercredi et samedi pour tenter indirectement de faire basculer l’armée en sa faveur. L’armée qui, jusqu’à présent, soutient toujours le président élu, Nicolas Maduro. Nicolas Maduro a lui accepté d’entamer des pourparlers avec l’opposition et qui s’est dit prêt à organiser des élections législatives anticipées. Elections législatives oui, mais certainement pas présidentielles. Une situation politique critique sur fond de crise économique... Alors comment le Venezuela en est-il arrivé là ? Regard dans le rétroviseur avec deux experts.


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Economie: le pétrole, le nerf de la guerre

Les ressources pétrolières sont extrêmement importantes pour ce pays d’Amérique du sud, elles sont d’ailleurs plus importantes que celle de l’Arabie Saoudite, c’est dire. Son économie repose largement sur son exploitation. Pourtant, l’économie vénézuélienne est pour le moins chancelante : le Venezuela détient notamment le (malheureux) record du monde de l’inflation la plus forte, estimée à 2 000% en 2018 par le Fond monétaire international et à 10 millions % en 2019.

Pour Xavier Dupret, économiste à l’Association culturelle Joseph Jacquemotte et interrogé dans Soir première, cela peut en partie s’expliquer par la nature des réserves de pétrole dont dispose le pays. Les réserves sont nombreuses certes, mais ce sont majoritairement des réserves de pétrole non-conventionnel. Pour pouvoir utiliser cette ressource, il faut dès lors traiter le pétrole pour pouvoir ensuite l’utiliser comme un carburant.

Or, le Venezuela ne dispose pas de l’ensemble des technologies pour travailler sur la fracturation hydraulique (fracking) qui permet d’extraire le gaz et le pétrole de schiste, explique l’expert. Le Venezuela doit donc se reposer sur des compagnies étrangères pour le faire, et c’est là que se trouve "la faille" pour le pays.

"C’est le pétrole conventionnel qui est exploitable par le Venezuela, or le pic de ce pétrole a été atteint dans les années 70. Et 50% des réserves auraient été épuisées dans les années 2000. Il faut donc désormais creuser de plus en plus loin, ce qui coûte de plus en plus cher. Ce qui explique que lorsque le prix du baril est descendu à 30 dollars en 2015, qu’on a vu une vraie chute de la production pétrolière vénézuélienne. Ce n’était plus rentable", détaille Xavier Dupret. Or, une économie qui ne repose que sur quelques matières premières est une économie périlleuse "si ces matières premières venaient à manquer, on arriverait à des polarisations politiques ou ethniques qui seraient tout aussi dangereuses pour la stabilité".

Politique: un pouvoir affaiblit devenu autoritaire

Mais comment le Venezuela en est-il arrivé là politiquement ? Pour le comprendre, il faut revenir 20 ans en arrière, selon Frédéric Leveque fondateur du blog Barril.info, spécialisé sur le Venezuela. A l’époque, c’était Hugo Chávez qui était au pouvoir.

"Pendant des années, le mouvement chaviste, d'abord mené par Hugo Chávez et ensuite par son descendant Nicolas Maduro, a eu la mainmise sur l’ensemble des institutions. En 2015, l’opposition gagne les élections législatives et conquiert les deux tiers de l’Assemblée nationale. Donc soit on va vers un blocage entre le gouvernement et l’opposition présente au Parlement, soit on va vers une cohabitation", explique Frédéric Leveque.

Et c’est la deuxième option qui se réalisera avec notamment la tentative du gouvernement de "neutraliser" le pouvoir du parlement, en août 2017.  "A cause de l’effondrement des prix et de la production du pétrole, le gouvernement était donc affaibli économiquement, privé de sa vache à lait. Et puis il était affaibli politiquement puisqu’il avait de moins en moins de légitimité suite à des années de mauvaise gestion et à cette perte de pouvoir à l’Assemblée" précise le spécialiste. "Pour rester au pouvoir, Maduro est devenu de plus en plus dur, autoritaire".    

L'armée: le bon allié

Aujourd’hui, ce pouvoir est contesté. Notamment, suite à ces années de mauvaise gestion et des élections controversées. Et il y a un acteur qui est également important, c’est l’armée. Juan Guaido aimerait d'ailleurs bien l'avoir dans son camp. Pourtant jusqu’ici, elle reste fidèle au président élu Nicolas Maduro.

"Le mouvement d’Hugo Chávez, dont Maduro est le descendant, est né à la base dans les casernes militaires dans les années 80. Hugo Chávez a d’ailleurs construit son projet avec l’aide de nombreux militaires et civiles de différents milieux, et sa révolution est le symbole d’une alliance entre l’armée et les citoyens", on ne peut pas pour autant parler de gouvernement militaire précise Frédéric Leveque, mais cela peut expliquer en partie pourquoi la position de l’armée est tant scrutée actuellement.

L'armée serait en réalité plus divisée en interne qu’il n’y parait. "Nicolas Maduro a depuis son arrivée au pouvoir, renforcé la présence de l’armée dans l’économie ainsi qu’au sein du gouvernement. Cependant, il ne s’agit que de l’état-major. On ne parle pas de la base qui elle, vit comme le peuple et où il y a beaucoup de mécontentement. Juan Guaido essaye donc de faire du pied à cette base militaire pour fracturer l’armée. Une fracture qui pourrait déboucher sur un renversement du pouvoir", explique Frederic Leveque.  

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