Veneto Nanotech: à la recherche de l'or en nanobarre

Dans les laboratoires de Veneto Nanotech, les chercheurs mettent au point les matériaux du futur
Dans les laboratoires de Veneto Nanotech, les chercheurs mettent au point les matériaux du futur - © RTBF

Les nanotechnologies prennent une place de plus en plus prépondérante dans les processus industriels et dans les produits de la vie courante. Au risque d'occulter le côté obscur des nouveaux matériaux, l'Europe ne peut se permettre de passer à côté de cette mine d'or. En Italie, Veneto Nanotech voudrait jouer un rôle pionnier.

Les nanomatériaux – ces matériaux nouveaux produits au départ de manipulations de la matière à l’échelle atomique ou moléculaire - c’est un peu la pierre philosophale pour les scientifiques contemporains. La course à l’infiniment petit est un enjeu majeur pour le développement de nouveaux procédés ou de nouveaux produits. Une véritable révolution industrielle dont les dimensions économiques sont flagrantes.

Poussées par l’Union européenne qui, dans le cadre des programmes-cadres sur la recherche, a développé uns stratégie spécifique en faveur des nanotechnologies, de nombreuses initiatives ont vu le jour un peu partout en Europe. Objectif : faire de l’Europe une plate-forme incontournable tant au niveau de la recherche qu’au niveau de la mise en œuvre des procédés. A la clé : des milliers de nouvelles entreprises, des dizaines de milliers d’emplois… Rater ou seulement mal négocier le virage des nanotechnologies, ce serait, pour l’Europe, se placer dans l’obligation de devoir importer la plupart des technologies du futur.

Le nombre des brevets déposés dans les différentes applications des nanotechnologies dans le monde a connu une évolution exponentielle depuis le début des années 2000. De quelques centaines dans les années 90, leur nombre est passé à plus de 10 000 à la fin de la décennie. L’Europe ne se taille pas pour autant la part du lion : derrière les Etats Unis et le Japon, elle "pèse" 20% du total des brevets déposés, n’endossant le maillot de leader que dans la seule catégorie des applications nanos destinées à la construction.

Veneto Nanotech s’inscrit dans cette démarche européenne. Fruit d’un partenariat entre la région de Vénétie, l’Etat italien et l’Union européenne, Veneto Nanotech sert de coordinateur pour les activités de recherche et de production liées aux nanotechnologies appliquées aux matériaux. Veneto Nanotech coordonne le "cluster" d’entreprises situées dans le parc scientifiques de Venise et joue le rôle d’interface pour mettre les acteurs en présence.

Dans le laboratoire NanoFab, qui dépend de Veneto Nanotech, des dizaines de chercheurs issus des universités proches de Venise ou de Padoue, s’affairent autour d’étranges machines. De l’optique à la résistance des matériaux en passant par les surfaces nanostructurées ou le diagnostic médical, toutes les disciplines sont mises à l’épreuve dans ce laboratoire qui fait figure de tête de proue en Italie pour ce type de procédés.

Des technologies qui posent question

Si elles constituent une "nouvelle frontière" pour le tissu industriel européen, les nanotechnologies ne sont pas pour autant à l’abri des critiques. La société civile s’émeut déjà de la dissémination des nanomatériaux dans une multitude d’applications et de produits quotidiens, sans que l’innocuité de ces produits ait été formellement établie. Les autorités européennes se disent conscientes du problème : "Nous devons (…) apporter des réponses [aux citoyens]. Nous ne devons pas fuir la question des risques, nous devons nous emparer de toutes les questions, même les plus dérangeantes.", disait ainsi Christos Tokamanis, responsable des nanotechnologies à la DG Recherche de la Commission européenne, lors d’un congrès en Hongrie.

Un message que les responsables de Veneto Nanotech s’emploient aussi à relayer. Veneto Nanonotech est ainsi le coordinateur du Centre européen pour le développement durable des nanotechnologies (ECSIN), un réseau dans lequel s’inscrit un autre partenaire du réseau vénitien : le Ciga, une centre de recherche universitaire sur les aspects sociaux, légaux et éthiques liés aux nanotechnologies. 

Alibi ou véritable souci d’une intégration harmonieuse des nanotechnologies dans le quotidien des Européens ? Du côté des promoteurs des matériaux nano, en tout cas, on ne tarit pas d’éloge sur les facultés des produits nanostructurés. Car les innovations potentielles pourraient s’avérer bénéfiques pour l’environnement. 

On espère ainsi utiliser des nanocâbles ou d’autres matériaux nanostructurés pour la fabrication de cellules photovoltaïques de nouvelle génération, moins onéreuses et plus efficaces que les cellules actuelles à base de silicium. Les nanotechnologies pourraient par exemple aussi permettre de fabriquer des batteries capables de stocker de plus grandes quantités d’énergie, ce qui réduirait le volume des batteries à éliminer. Les nanomatériaux donneraient ainsi aux industriels la capacité d’améliorer les performances environnementales de leurs produits : moindre toxicité, durabilité plus longue, meilleures performances énergétiques… 

Les avis d’experts sont moins euphoriques : "Il est encore trop tôt pour affirmer ou infirmer que les nanoparticules sont dangereuses pour la santé ou l’environnement. La réponse se situe probablement entre les deux positions" souligne un rapport du groupe de recherche multidisciplinaire Cirano, dans un rapport datant de 2006.

Clairement, l’Europe ne veut pas qu’un nouveau "syndrome OGM" se développe autour de ces technologies si séduisantes et si stratégiques. Mais personne aujourd’hui ne peut affirmer que l’on ne sacrifie pas la santé et l’environnement au nom d’impératifs économiques et industriels.

Thomas Nagant

 

 

 

 


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