Vague de chaleur en Sibérie et au Groenland : "Les effets sont inquiétants, mais pas irréversibles"

La fonte des glaces des régions arctiques, comme cet iceberg du sud est du Groenland, est inquiétante après cet hiver doux et ce printemps chaud, selon les climatologues.
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La fonte des glaces des régions arctiques, comme cet iceberg du sud est du Groenland, est inquiétante après cet hiver doux et ce printemps chaud, selon les climatologues. - © JONATHAN NACKSTRAND - AFP

Cet hiver a été doux et ce printemps est chaud dans les régions arctiques.

L’impact de ces températures se lit sur les paysages du Grand Nord : les glaces fondent. Au Groenland, la fonte saisonnière des glaces a commencé de façon précoce, cette année. Et en Sibérie, la fonte des terres gelées depuis des millénaires, le permafrost, s’accélère.

Deux observations qui confortent l’inquiétude des climatologues. Jean-Pascal Van Ypersele en fait partie. "La situation est inquiétante, répète-t-il, mais pas irréversible".

Voici pourquoi.

En Sibérie, les sols décongelés libèrent des gaz à effet de serre

Ce soleil de printemps rend la Sibérie plus hospitalière… à première vue.

Mais il fait fondre le pergélisol (ou permafrost) de cette région russe : il s’agit de terres qui restent gelées, hiver comme été, en sous-sol. Dans l’hémisphère nord, plus de 20% des terres émergées sont ainsi gelées en permanence au nord du Canada, en Sibérie, en Alaska.

La Sibérie occidentale a enregistré des températures record, à son échelle, en ce mois de mai. Et comme le reste de l’Arctique, elle a connu une hausse de température moyenne de deux degrés depuis le milieu du 19e siècle, soit deux fois plus que la moyenne mondiale.

Ce réchauffement provoque le dégel progressif du permafrost. Et ses matières organiques, en dégelant, libèrent alors des gaz à effet de serre : du méthane et du CO2. Des gaz qui amplifient le réchauffement climatique et qui dès lors… accentuent le dégel du permafrost.

"C’est un cercle vicieux" commente Jean-Pascal Van Ypersele, professeur de climatologie à l’UCLouvain. "Parce que le réchauffement global est l’un des facteurs majeurs des phénomènes que l’on voit aujourd’hui au Groenland et en Sibérie. Et on sait que si les gaz s’échappent du pergélisol en Sibérie, ils vont venir aggraver ce réchauffement global. "

Le dégel du permafrost peut libérer encore d’autres mauvaises surprises : du mercure, hautement toxique et présent en quantité, dans ces sols congelés. Et des carcasses d’animaux potentiellement porteuses de bactéries et de virus oubliés, venus du fond des âges et conservés jusqu’ici par la glace.

Au Groenland, un déséquilibre

La fonte saisonnière des glaces a commencé plus tôt que d’habitude cette année, au Groenland : deux semaines plus tôt que la date médiane de ces quatre dernières décennies.

Et peu de neige est tombée cet hiver. L’équilibre entre la nouvelle neige et la fonte des glaces n’est pas atteint.

"C’est ce qu’on appelle le 'bilan de masse de surface': C’est un peu comme un budget, qui est à l’équilibre si on ne dépense pas plus que l’on ne gagne. La calotte glaciaire du Groenland va se maintenir en équilibre si elle ne perd pas plus de glace, par la fonte ou le détachement des icebergs, que la masse de neige qui s’accumule chaque année et devient glace. S’il y a un équilibre parfait entre les deux, la calotte glaciaire reste en équilibre."

Mais si, inversement, les neiges d’une année sont trop rares pour contrebalancer la fonte d’été, la calotte glaciaire va diminuer et son eau faire monter le niveau des océans.

"Ces derniers mois", constate le climatologue, "il y a eu plutôt une tendance à la baisse des quantités de neige tombées sur le Groenland, donc on n’a pas de compensation, par un excès de neige, de la fonte des glaces".

Le climatologue conclut : "cette année a l’air bien partie pour confirmer les tendances de ces dernières années, cela semble indiquer que le Groenland est en train de fondre de plus en plus vite. Et ce sont des quantités d’eau gigantesques ! On parle de l’équivalent, en moyenne annuelle, de milliards de mètres cubes d’eau perdus chaque jour ou tous les deux jours."

Ce n’est pas une fatalité

L’ampleur de ce réchauffement de l’Arctique et la disparition accélérée de la calotte glaciaire… ce n’est pas une fatalité, répète Jean-Pascal van Ypersele.

"Si l’Accord de Paris qui ambitionne de limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C venait à être respecté, la fonte des glaces du Groenland notamment serait maîtrisée, à long terme. Le pire n’est pas une fatalité. Le futur dépend en grande partie de nos décisions notamment en matière de consommation et en matière de production d’énergie. Voir fondre complètement ces glaces du Groenland, ce n’est pas une fatalité mais c’est une possibilité."